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Les Mange-pas-cher de Thomas Bernhard

 
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Gorky
Plume de Benu


Inscrit le: 17 Juil 2009
Messages: 171

MessagePosté le: 21/08/2009 10:42:52    Sujet du message: Les Mange-pas-cher de Thomas Bernhard Répondre en citant

Curieux titre que "Les mange-pas-cher". On s'attend à trouver le récit d'un malheureux miséreux, une sorte de version plus acide des "Misérables" modernes. Mais, bien sûr, ce n’est pas de ça qu’il s’agit…
Le héros est un obsessionnel, travaillant à une œuvre, sa grande œuvre : sa "physiognomonie". Le lecteur « normal » ne comprendra jamais exactement en quoi consiste cette "physiognomonie" mystérieuse. Koller est persuadé d'être "un homme de l'esprit" et un accident assez horrible lui semble avoir été téléguidé par la providence pour lui donner l'opportunité de vivre encore plus qu'auparavant encore, pour et par ce qu'il appelle l'esprit.
Les phrases de Bernhard sont longues, "emberlificotées", répétitives. Elle traduisent l'état d'esprit de Koller, le héros, raconté par le narrateur qui fut un camarade de lycée du personnage qui, comme nous le découvrons au fil des pages, est un grand malade, d'une prétention folle et grotesque.
Koller est véritablement misérable, son destin est tragique, mais à aucun moment nous n'avons pitié de lui, tellement il est insupportable et ridicule et tellement par moments nous avons du mal à suivre la prose de Bernhard, qui revient toujours sur les mêmes détails absurdes, répète les mots, les expressions, les situations qui sont d'une terrible médiocrité, d'une fatigante banalité.

Cet homme-là est misérable, mais repoussant, prétentieux et fou. On voit de plus en plus clairement que l'ouvrage auquel il travaille n'est qu'une bizarre chimère, une fantaisie de maniaque. Koller va tous les jours manger à la Cantine Publique Viennoise, dite « CPV » et Bernhard ne nous épargne, par l’intermédiaire de son héros, aucun détail sur les circonstances de l’intégration de Koller à la communauté des "mange-pas-cher", conçue visiblement par cet homme de l’esprit », Koller, comme une sorte d’aristocratie, de façon arbitraire, mais pas beaucoup plus arbitraire, si l'on y réfléchit un peu, que ceux de nos contemporains qui se qualifient de façon éhontée "d'élite" sans plus savoir de quoi il parlent que le héros de l'ouvrage de Bernhard, du moins c'est ce qui m'est venu à l'esprit en lisant cela.

Pour Koller la notion de hasard est une absurdité, pour Koller il était écrit qu’il irait vers le vieux chêne et non vers le vieux frêne :

« […] Il aurait pu, dit-il, de manière tout à fait automatique comme les jours précédents, aller vers le vieux frêne et non vers le vieux chêne, mais tout à coup il n’était pas allé vers le vieux frêne, mais vers le vieux chêne, car si, dit Koller, il était allé le jour en question vers le vieux frêne, il est possible qu’il n’en soit pas venu aux Mange-pas cher , mais à quelque chose de tout à fait différent, de même que dans tous les cas, s’il avait pris un autre chemin que celui qu’il avait pris ce jour-là, c’est-à-dire celui du vieux chêne et non celui du vieux frêne, il serait tombé sur un sujet différent, peut-être même un sujet opposé, un sujet parfaitement différent, dit-il, de celui sur lequel il était tombé parce qu’il avait pris ce chemin et aucun autre, et donc il était tombé le jour en question sur les Mange-pas-cher parce qu’il était allé vers le vieux chêne et non vers le vieux frêne. […] » (p. 12, Ed. Folio)

Dernière phrase du livre :
[...] Les mange-pas-cher avaient été perdus, comme tant de productions de l’esprit dont leurs inventeurs nous ont parlé.

Cela fait me fait un peu penser à l’univers désespéré de Beckett, avec un humour grinçant qui met quand même un peu de gaité et moins de métaphysique. Il faut impérativement aimer l’humour noir, très noir, pour apprécier. Il faut aimer ça, avouons- le.

J’adore, ne serait-ce que parce que Bernhard me montre par l’exemple que les répétitions sont autorisées et mêmes recommandées si le sujet s’y prête et que peu importe l’esthétique et les jolis mots, si le fond suit la forme.
_________________
L'esprit fait plus de chemin que le coeur, mais il ne va jamais aussi loin.
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Dernière édition par Gorky le 22/08/2009 23:38:41; édité 1 fois
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MessagePosté le: 21/08/2009 10:42:52    Sujet du message: Publicité

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Don Lo
Administrateur


Inscrit le: 02 Juin 2007
Messages: 1 980

MessagePosté le: 22/08/2009 13:08:53    Sujet du message: Les Mange-pas-cher de Thomas Bernhard Répondre en citant

Il faut reconnaître que dans l'exemple que tu cites, tout est sauvé par le "dit-il". Le caractère de ce Koller m'a l'air un brin obsessionnel, non ?
_________________
Si je ne suis pas là, demandez à Guylou ou Wiliam.
Si je suis là aussi.

(un blog, moi ? Non, quand même pas... Disons plutôt deux)
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Gorky
Plume de Benu


Inscrit le: 17 Juil 2009
Messages: 171

MessagePosté le: 22/08/2009 22:04:29    Sujet du message: Les Mange-pas-cher de Thomas Bernhard Répondre en citant

Ha ! Oui, Koller ne peut être plus complètement obsessionnel qu'il ne l'est.
Il est aussi prétentieux et a la mégalomanie discrète de ceux qui n'ont même pas besoin de l'admiration des autres pour être convaincu de leur caractère remarquable.
S'ils sont méprisés, cela peut même renforcer leur bonne opinion d'eux-même : ces pauvres crétins -le reste de l'humanité- n'ont même pas assez d'esprit pour les reconnaître à leur juste valeur, tellement ils sont considérablement au-dessous des merveilleuses personnes du genre de Koller.
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Gorky
Plume de Benu


Inscrit le: 17 Juil 2009
Messages: 171

MessagePosté le: 22/08/2009 23:24:56    Sujet du message: Les Mange-pas-cher de Thomas Bernhard Répondre en citant

Ha ! Don Lo, je viens de faire un tour sur ton blog et sur les liens de ton blog. J'adore ton humour. Noir de chez noir comme je l'aime. En plus, tu es un auteur édité ! Je suis impressionnée. C'est pas le coin des paumés, par ici !

Je me suis permis de copier et de remettre en page le poisson rouge suicidaire, que j'ai ensuite collé sur ma porte d'entrée. Moi aussi, je suis un brin suicidaire (because les voisins...).
Mais ça fait tellement longtemps qu'il n'y a plus beaucoup de risques...

OUI ! JE M'AMUSE AVEC LES SMILIES.
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MessagePosté le: 22/05/2017 16:32:27    Sujet du message: Les Mange-pas-cher de Thomas Bernhard

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