A vos plumes ! Index du ForumA vos plumes !
Forum littéraire, qu'on se le dise !

 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

L'oeuf

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    A vos plumes ! Index du Forum -> Plumes d'écrits -> Petits textes sans conséquences
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Hori
Administrateur


Inscrit le: 21 Aoû 2009
Messages: 2 034

MessagePosté le: 05/11/2012 13:34:01    Sujet du message: L'oeuf Répondre en citant

J’avais ce jour-là décidé de me faire un bon petit déjeuner complet, avec des toasts, du bacon et puis un œuf à la coque. J’avais acheté la veille des œufs bio frais tout exprès au supermarché ; et ils étaient d’une grosseur surnaturelle, presque ronds. Une fois cuit, j’ai posé l’œuf dans son coquetier et j’ai découpé le sommet de l’œuf avec le couteau à beurre, avec délicatesse.

Un peu de blanc liquide est sorti et a coulé le long de la coquille. Je me suis levée pour aller chercher du sopalin et en revenant, j’ai vu que le blanc continuait à couler. Le petit chapeau de coquille avait glissé dans l’assiette et le blanc bouillonnait de l’ouverture, qui faisait comme une petite fontaine. Il y avait du blanc partout sur la table. Il semblait qu’il jaillissait de plus en plus fort, comme si l’œuf était inépuisable.

Je me suis approchée avec prudence, et j’ai essayé d’écraser l’œuf avec une cuillère en bois. Mais la matière visqueuse et à la fois transparente a coulé de plus belle sans que je parvienne ne serait-ce qu’à fendre l’œuf. J’ai dû sortir de mon appartement et verrouiller la porte. Je suis alors restée sur le palier, hors d’haleine. Le blanc a commencé à filtrer de dessous la porte et d’un seul coup elle a cédé sous un flot de blanc d’œuf. J’ai couru dans l’escalier en criant et je suis sortie dans la rue. D’autres personnes hurlaient, coincées dans l’immeuble. Le blanc sortait par la fenêtre et envahissait la rue.
Les pompiers sont arrivés mais ils se sont contentés de regarder puis de battre en retraite. J’ai continué à courir vers le centre-ville et des sirènes ont commencé à s’élever. Les gens sortaient partout dans la rue et prenaient leur voiture pour partir, et il y a très vite eu un grand embouteillage.

L’armée est arrivée alors que la moitié de la ville était recouverte de blanc. J’étais alors en haut d’une colline avec quelques rescapés. Mais l’armée n’a pu rien faire. Puis il a fallu se remettre en route. Le blanc s’étendait à une grande vitesse, mais sur les autoroutes les voitures arrivaient encore à le distancer si le trafic était fluide. J’ai pris un bus où beaucoup de gens s’entassaient, et le conducteur a roulé tombeau ouvert toute la nuit et toute la journée. Quand il s’arrêtait pour prendre de l’essence, tout le monde regardait à l’arrière en silence, et les enfants se mettaient à pleurer.

Enfin, on est arrivé dans une grande ville portuaire. L’aéroport ne fonctionnait plus ; aucun avion n’acceptait de prendre le risque de se poser ici, alors que le blanc allait tout submerger dans quelques minutes. J’ai couru vers le port, bousculée, traînée par une foule innombrable. Mais presque tous les bateaux étaient partis.
J’étais très fatiguée, et j’ai erré sur les quais encombrés. Des gens se battaient et d’autres criaient. Il y avait un attroupement autour d’un chalutier qui allait larguer les amarres. Le pont était plein d’enfants ; à quai, des gens pressaient le capitaine d’accepter de l’argent pour les prendre à bord. Les enchères sont montées rapidement, surtout quand on a entendu des cris venir d’une autre rue et qu’on a vu le blanc déborder au-dessus des toits.
Je me suis alors rappelée que j’avais emmené beaucoup de liquide sur moi, et j’ai présenté une grosse liasse de billets qui a semblé faire l’affaire, puisque un marin m’a hissée à bord. Un type a voulu s’accrocher à mes jambes, mais il a fini par glisser.

Nous avons levé l’encre juste à temps, et au contact de l’eau le blanc a semblé ralentir. Il ressemblait à un grand tsunami figé; c’était un immense mur blanc qui émergeait de la mer, et qui gargouillait au niveau de sa base. Le chalutier a mis cap vers le large et nous avons commencé une traversée de quinze jours. Nous n’avions emmené aucune provision, il n’y avait que la nourriture du bord qu’il a vite fallu rationner à l’extrême. Les enfants n’arrêtaient pas de se chamailler et ils criaient dès que le mur blanc se rapprochait. Il était loin à l’horizon mais le seizième jour, nous sommes tombés en panne sèche et nous avons bricolé dans l’urgence une voile de fortune qui ne nous a pas fait gagner beaucoup de temps. Un bateau plus rapide est venu nous prendre in extremis en remorque, mais plus tard dans la soirée nous avons vu un petit chalutier perdre irrémédiablement de la vitesse et finir englouti. Il était trop loin pour que nous puissions faire quoi que ce soit.

Quand nous avons enfin vu la côte, nous étions trop faibles pour manœuvrer la bateau. Nous nous sommes échoués sur une plage et nous avons compris que notre situation était sans issue. Personne ne nous attendait ; nous arrivons dans un pays mort, où tout le monde avait fui. Les enfants se sont égayés dans la nature en pleurant. Certains sont restés avec moi parce que j’avais trouvé une voiture. Nous avons mis une demi-heure à trafiquer le démarreur, et quand elle a démarré, nous étions déjà dans l’ombre du grand mur blanc que seuls les oiseaux osaient approcher.
J’ai roulé jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’essence. Nous étions en rase campagne ; la nuit tombait. Mais j’ai aperçu une lumière dans un champ, et en désespoir de cause nous avons couru là pour trouver l’entrée de cet abri souterrain.

C’est une ancienne base militaire rénovée, où on avait installé en hâte des vivres, et où se sont réfugiées de nombreuses personnes. Vous êtes tous des ingénieurs, des médecins, des scientifiques, des hommes politiques, et entre vos pattes courent des tout petits enfants surdoués pour qui tout ceci semble normal. C’est ici que je rédige ma déposition. Nous vivons sous terre depuis plusieurs mois, les vivres s’épuisent et l’oxygène se raréfie peu à peu. Je n’ai pas pu m’empêcher de raconter mon histoire et maintenant, vous voulez me faire un procès.

Je ne savais pas. Je n’ai jamais voulu ça. Je croyais que c’était un œuf normal et ça ne l'a jamais fait avant avec les œufs de la même marque. Pardonnez-moi.

Pandore.
_________________
"Rien d'autre qu'aujourd'hui
que d'aller dans le printemps
rien de plus"

Buson
Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: 05/11/2012 13:34:01    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Khéops
Plume de Simurgh


Inscrit le: 06 Juin 2007
Messages: 5 594

MessagePosté le: 05/11/2012 13:38:14    Sujet du message: L'oeuf Répondre en citant

Shocked Shocked
_________________
http://gcm-ecriture.com
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Lal Behi
Plume de Phoenix


Inscrit le: 16 Déc 2008
Messages: 1 423

MessagePosté le: 05/11/2012 13:46:18    Sujet du message: L'oeuf Répondre en citant

Il faut quand même nous donner la marque de ces œufs, au cas où...

Voilà pourquoi il faut, de préférence, manger les œufs au plat car la chaleur fige le blanc avant qu'une quelconque catastrophe arrive. Mieux encore, les faire durs, le raz-de-marée est ainsi anéanti, si j'ose dire, dans l’œuf.

Je me demande quand même si Hori n'a pas mangé autre chose que des œufs,...

_________________
En quatre saisons
Le monde entier a tout dit –
Ta main m’a frôlé

Lalbehyrinthes devient Łálßєħўrιnтђeș, là où naissent les poèmes-capsules
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Hori
Administrateur


Inscrit le: 21 Aoû 2009
Messages: 2 034

MessagePosté le: 05/11/2012 13:54:53    Sujet du message: L'oeuf Répondre en citant

Hm oui bon bref. Mr. Green On ne contrôle pas toujours les idées farfelues qui nous viennent en tête, ni celles qui nous inspirent des textes qu'on tente maladroitement de raccrocher à quelque chose de connu (le mythe moderne de la base souterraine en cas de fin du monde, et le mythe plus classique de Pandore). Gloire à l'écriture qui nous permet d'écrire des phrases du genre "soudain, le monde fut envahi par du blanc d'oeuf!"
_________________
"Rien d'autre qu'aujourd'hui
que d'aller dans le printemps
rien de plus"

Buson
Revenir en haut
Juju
Plume de Kinor


Inscrit le: 24 Aoû 2011
Messages: 145

MessagePosté le: 05/11/2012 21:35:09    Sujet du message: L'oeuf Répondre en citant

génial! ca pourrait être la base d'un chef d'oeuvre de la science fiction! Mort de Rire j'imagine bien le film avec tom cruise en acteur principal Okay
Revenir en haut
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: 27/05/2017 14:41:48    Sujet du message: L'oeuf

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    A vos plumes ! Index du Forum -> Plumes d'écrits -> Petits textes sans conséquences Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | créer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com