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Le vieux roi en son exil - Arno Geiger

 
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Guylou
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Messages: 4 691

MessagePosté le: 13/02/2013 12:57:26    Sujet du message: Le vieux roi en son exil - Arno Geiger Répondre en citant

Il est des livres dont on ne ressort pas indemne. J’avoue que de plus en plus, je recherche ça dans la lecture : qu’elle fasse éclater en moi un morceau de certitude, qu’elle bouscule mon quotidien et dissémine dans mon esprit des petites étincelles de réflexion. Ce n’est pas toujours gagné. Avec le temps, cela gagne même en difficulté. Il suffit cependant parfois que je me pose la question suivante : pourquoi ai-je tant aimé ce livre ?
Cette question, je me la suis posée pour « Le vieux roi en son exil ». Pourquoi ai-je tant aimé ce livre, hormis pour le titre qui déjà me fait rêver… A première vue, ce n’est qu’un xième récit sur la maladie d’Alzheimer. Tous ceux que j’ai lus par ailleurs étaient sincères, émouvants et vrais. Et j’ai été émue, je dois le dire, à chaque fois. Alors pourquoi davantage par celui-là ? Qu’est-ce qu’Arno Geiger apporte de plus dans la relation qu’il fait de la « glissade » de son père dans la maladie ?
La vie prend parfois de drôles de chemin pour répondre à vos questions. Deux jours après avoir terminé « Le vieux roi en son exil », je lisais les mots suivants dans un article de Frédéric Ricot : « Mais la fragilité croissante de la vie qui va vers son terme (…) est le signe de la précarité de toutes les existences et pas seulement celles qui s’achèvent, elle souligne que la vulnérabilité de la personne âgée ne peut être authentiquement accueillie que par une autre vulnérabilité assumée. Et par dessus-tout, cette fragilité est le signe que l’utilité n’est pas le dernier mot de l’existence, que la disposition à recevoir est aussi précieuse que la capacité à donner. La vieillesse, pour ceux qui la vivent autant que pour ceux qui l’accompagnent, et de la sorte s’y préparent, est l’apprentissage de la vertu de disponibilité. »
Je serai toujours émerveillée par le miracle du lien, et particulièrement du lien qui survient avec un tel à-propos. Sans le vouloir, Frédéric Ricot répondait à ma question sur « Le vieux roi en son exil ». Car ce qui frappe dans le récit d’Arno Geiger, c’est précisément la vulnérabilité qu’il offre en retour à celle de son père. Il s’agit ni plus ni moins que d’accepter d’entrer dans la réalité de l’autre, aussi peu rationnelle soit-elle, à première vue.
Le choix d’avoir écrit durant la maladie n’est sans doute pas sans incidences sur l’impression qui ressort du récit. En effet, la prévenance du fils envers son père se renforce ici de l’attention que l’écrivain porte à son personnage. Double cocon précautionneux, qui explique sans doute la douceur émanant du récit. Le fils se rend à ce point disponible à son père qu’il considère sans aucune suspicion ce que lui relate ce dernier et accepte d’y prendre part. Ainsi un soir, le père semble inquiet. Son fils pour l’engager à aller se coucher déclare que la journée est terminée.
« Il me demanda, soucieux :
-       Mais qui libérera les gens ?
Je pris sa main, la serrait un peu : 
-       Je vais les libérer, ils peuvent rentrer chez eux, maintenant.
Un léger sourire pointa sous l’inquiétude. Il me dit, d’un air de connivence :
-       Tu es mon meilleur ami ! »
 
Ou : « - Voici ton chapeau.
-       C’est très bien. Mais où est mon cerveau ?
-       Ton cerveau est sous le chapeau.
Il ôta son chapeau, regarda à l’intérieur et répliqua :
-       Ce serait un miracle.
Il réfléchit, irrésolu, et, tout en recoiffant son chapeau, il me demanda d’une voix timide :
-       Il est vraiment sous mon chapeau ?
-       Oui, il est à sa place. »
 
Le récit est émaillé d’extraits de dialogue entre le père et le fils, retranscrits avec toute l’étrangeté que confère l’éloignement de la réalité, de notre réalité de « bien portant », bien sûr. Car comment dire que de tels échanges ne relèvent pas d’une réalité, dont nous avons beaucoup à apprendre ?
« Pour autant que j’en puisse juger, je vais bien, me disait-il. Je suis un homme d’un certain âge maintenant, il faut que je fasse ce qui me plait et advienne que pourra.
-       Et que veux-tu faire, Papa ?
-       Rien, justement. C’est le plus beau, vois-tu. Ce n’est pas donné à tout le monde. »
-        
J’espère que je vous ai convaincus. Si ce n’était pas déjà le cas, je laisse une dernière fois ce soin à Arno Geiger lui-même.
« Mon père ne tire assurément aucun profit de la maladie d’Alzheimer, mais ses enfants et petits-enfants y trouvent certains enseignements. Après tout c’est bien la tâche des parents que d’enseigner quelque chose à leurs enfants.
L’âge avancé come dernière étape de la vie est une forme de culture sans cesse changeante et qu’il nous faut réapprendre toujours à neuf. Et puisqu’il se trouve que mon père ne peut plus rien inculquer d’autre à ses enfants, que ce soit au moins ce que cela signifie d’être vieux et malade. Cela peut aussi être un lien entre un père et ses enfants, dans de bonnes conditions. Car ce n’est que de notre vivant que nous prendrons une revanche sur la mort. »
 
Je ne voudrais pas finir cette critique, sans tirer mon chapeau au traducteur Olivier Le Lay. Je ne suis pas une grande spécialiste de la langue allemande, même si je l’aime beaucoup, et je n’ai pas en ma possession l’ouvrage en version originale. Néanmoins, je suis infiniment persuadée que la traduction est parfaitement réussie. Le lecteur sent en effet dans ce livre la densité particulière de l’allemand, cette extrême précision des mots qui veulent toujours dire ce qu’ils veulent dire, sans nuance ni double sens. Par ailleurs, le rythme des phrases me semble être très représentatif de celui conféré généralement par la langue allemande. Peut-être me trompé-je totalement, mais je ne crois pas…
_________________
Avant le jour de sa mort, personne ne sait exactement son courage... Jean Anouilh
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MessagePosté le: 13/02/2013 12:57:26    Sujet du message: Publicité

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frehelle
Modérateur


Inscrit le: 06 Juin 2007
Messages: 2 013

MessagePosté le: 15/02/2013 20:42:00    Sujet du message: Le vieux roi en son exil - Arno Geiger Répondre en citant

Bien. Je sais ce que je vais lire prochainement, quand j'aurais fini "14".
_________________
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MessagePosté le: 26/05/2017 20:02:02    Sujet du message: Le vieux roi en son exil - Arno Geiger

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