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Un conte de noël?

 
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EmmaBovary
Modérateur


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Messages: 2 993

MessagePosté le: 25/12/2013 18:57:35    Sujet du message: Un conte de noël? Répondre en citant

Sur le départ

A la télévision, Météo France annonçait des pointes à plus de cent vingt kilomètres à l’heure. Tu m’as dit : « On y va quand même ! ». Bien sûr que nous en avions envie : repartir là-bas, marcher sur la plage en plein hiver, nous nous en étions fait la promesse. L’Atlantique, océan aimant. Attendre l’été prochain et nos immuables quinze jours du mois d’août nous semblait impossible, trop lointain. Trois heures de route, même ventées, n’allaient pas nous effrayer… En plus, cette escapade nous donnerait l’occasion de roder la voiture neuve.
Dehors, les branches du rosier dodelinaient de la tête. Les oiseaux filaient par grappes vers l’est. A l’intérieur, les mots « alerte orange » s’étalaient sur l’écran de la télé.

Je revois le pin allongé en travers de la voiture. Sa tête verte caresse l’asphalte. L’avant du capot est pulvérisé, la carrosserie rouge couverte d’aiguilles. Il y a des feuilles et des branchages partout. Un liquide noirâtre s’écoule du moteur. Sur le pare-brise fendu, une large étoile se dessine. Eclats de vent, éclats de verre, éclats de tôle.

La télé ne ment pas. Le présentateur de la météo l’avait dit : de la pluie, l’apocalypse, et peut-être même de la neige en plaine. Le risque de tempête était à la hauteur de celui de 1999. Il fallait être prudent, rentrer tous les objets présentant un risque éventuel et surtout ne pas sortir. Pourtant, nous nous imaginions déjà, installés dans un restaurant de la promenade d’Arcachon, en train de trinquer à la fin du crédit du pavillon, à la nouvelle voiture, à notre audace d’avoir renoncé au réveillon en famille. J’ai ressenti ce grand calme qui précède les catastrophes. Le temps de faire nos bagages, elle était là. Tu as fermé la porte de la maison, glissé la clé dans la serrure et un grand fracas a traversé l’air.
La mer n’était qu’à trois petites heures de route. Nous aurions dormi dans un de ces hôtels bon marché en périphérie de ville, pour ne pas trop dépenser. Ce noël fou et iodé, nous en rêvions depuis des semaines. Mais le vieux pin avait fini par craquer. Sous les assauts de la tempête, il avait lâché prise et s’était couché sur l’avant du capot, débordant sur le portail, étalant sa fière tête verte hors du jardin jusque sur le trottoir. La voiture, pliée, ne démarrerait pas. Je pensais à nos enfants, ces adultes gâtés et boudeurs qui n’avaient pas aimé nos projets en amoureux. Pas grave, on le ferait quand même notre réveillon et on partirait à la mer pour la Saint-Valentin ! Il me restait un magret et de la bûche dans le congélateur.
C’était sans compter sur le vieux tilleul qui en tombant une heure plus tard avait entraîné un poteau, quelques fils électriques et une canalisation d’eau.
Alertés par des voisins cafteurs, les enfants nous avaient trouvés le lendemain matin, nus, échevelés et enroulés dans des couvertures devant la cheminée, occupés à petit-déjeuner de toasts au foie gras et de champagne. Autour de nous, brillaient des dizaines de bougies dégoulinantes. Avant même de nous souhaiter un bon noël, notre fille aînée s’était exclamée : « Mais vous êtes inconscients ! Vous auriez pu foutre le feu avec toutes ces bougies ! ».

Le mois dernier, l’assurance a fini par accepter de nous dédommager pour les dégâts causés lors du noël précédent. Finalement, la tempête nous aura fait un joli cadeau… Assis sur la terrasse de notre appartement, profitant d’un pâle soleil de fin décembre, nous trinquons à la somme plutôt sympathique que nous avons touchée mais aussi au pavillon vendu, à nos pré-retraites et à nos gamins ingrats qui se remettront de notre départ. Un vague brise aux senteurs de pin et de sel nous enrobe. Tout à l’heure nous irons marcher sur la plage.

_________________
"Mais si vous n’avez pas envie de vous casser le cul, ce n’est pas la peine de vous imaginer que vous écrirez bien un jour ; contentez-vous de la compétence que vous avez et réjouissez-vous de pouvoir au moins compter dessus."
Stephen King
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MessagePosté le: 25/12/2013 18:57:35    Sujet du message: Publicité

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