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Confiteor de Jaume Cabre

 
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Guylou
Administrateur


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Messages: 4 691

MessagePosté le: 17/02/2014 17:56:35    Sujet du message: Confiteor de Jaume Cabre Répondre en citant

Je ne sais pas très bien par où commencer. Confiteor se présente comme une très longue lettre, un testament écrit à la première personne à un interlocuteur dont l’identité n’apparaît que tardivement, croisée d’un récit à la troisième personne. Le narrateur étant un homme malade, à la fin de sa vie, on pourrait croire que ce procédé agit comme un miroir de sa confusion intellectuelle. Cette analyse serait, de mon point de vue, très réductrice. Cette double utilisation du « je » et du « il » tend davantage à créer chez le lecteur une attention particulière au récit, le forçant parfois à pénétrer l’intimité de la vie du narrateur, parfois à s’en éloigner pour n’être plus que spectateur.
Las, le mot est lâché. Effectivement, dans Confiteor, Jaume Cabre nous invite à un véritable spectacle. Au travers d’Adria, le narrateur, il nous convie à entrer dans de multiples histoires, dont les traces émaillent la vie du héros. De l’inquisition à la dictature de Franco, en passant par la Shoah, sur les pas d’un précieux violon, qui de fait ne sort pas, ou presque, de l’appartement barcelonais d’Adria, le lecteur est entraîné dans différentes scènes de la grande Histoire qui ne lui sont jamais révélées entièrement, mais le laissent toujours en attente d’une suite.
Si je devais représenter ce livre visuellement, j’en ferais une scène de théâtre, partagée en multiples cases, dans chacune desquelles se jouerait une histoire à part entière. Chacune s’éclairerait à son tour, dans un ordre a priori aléatoire, pour que les personnages présents puissent jouer la partition prévue, avant que l’ombre ne les recouvre, mais une ombre de moins en moins forte au fur et à mesure de l’avancée dans le temps. Cela ne rendrait hélas pas compte de la perméabilité et de l’imbrication des différentes situations, à travers l’espace et le temps. J’oublierais également ce faisant la patine philosophique et le questionnement sous-tendant tout l’ouvrage sur le mal, son origine et sa raison, et sur la réponse constituée par l’amour, l’art et la soif de connaissance.
En fait, ce roman me semble tellement brillant, tellement intelligent que je ne sais comment le décrire. Je vais donc le laisser se dévoiler à vous, un peu, en commençant par l’incipit :

« Ce n’est qu’hier, alors que je marchais dans les rues trempées de Vallarca, que j’ai compris que naître dans cette famille avait été une erreur impardonnable. »

« Une fois qu’on a goûté à la beauté artistique, la vie change. Une fois qu’on a entendu chanter le chœur Monteverdi, la vie change. Une fois qu’on a contemplé Vermeer de près, la vie change. Quand on a lu Proust, on n’est plus le même. Ce que je ne sais pas, c’est pourquoi. »

« Je ne peux éviter de faire référence à l’idée selon laquelle il ne peut y avoir de poésie après Auschwitz. (…) Après Auschwitz, après les innombrables progroms, après l’extermination des cathares, liquidés jusqu’au dernier, après les massacres de toutes les époques, en tous lieux… Il y a tellement de siècles que la cruauté est présente que l’histoire de l’humanité serait l’histoire de l’impossibilité de la poésie ‘après’. Et pourtant, il n’en a pas été ainsi, parce que justement, qui peut raconter Auschwitz ?
- Ceux qui l’ont vécu. Ceux qui l’ont créé. Les chercheurs.
- Oui. Tout cela comptera. Et on fait des musées pour s’en souvenir. Mais il manque une chose : la vérité de l’expérience vécue, et cela ne peut être transmis par une étude. (…) Cela ne peut être transmis que par l’art, par l’artifice littéraire, qui est ce qu’il y a de plus proche de l’expérience vécue. (…) Oui. Il faut de la poésie, plus que jamais, après Auschwitz. »
-
« Je lis tous les jours et tous les jours je m’aperçois qu’il me reste tout à lire. Et de temps en temps, je dois relire, même si je ne relis que ce qui est digne du privilège de la relecture. (…)
La capacité de fasciner le lecteur ; de le faire s’émerveiller de l’intelligence qui se trouve dans le livre qu’il relit, ou de la beauté qu’il génère.
Cela dit, la relecture, par sa nature même nous entraîne dans une contradiction. (…) Un livre qui ne mérite pas d’être relu ne méritait pas davantage d’être lu, mais avant de le lire nous ne savions pas qu’il ne méritait pas une relecture. La vie est cruelle. »

« Avec le préfixe ‘tetra’, qui veut dire ‘quatre’ et le suffixe ‘plégie’ qui veut dire ‘coup’ ou ‘malheur’, on avait décrit l’état de Sara. Quatre coups de malheur pour ma Sara. Que ferions-nous sans le grec ? Nous ne pourrions mesurer ni connaître les grandes tragédies de l’humanité ».
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MessagePosté le: 17/02/2014 17:56:35    Sujet du message: Publicité

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jveuxdusoleil
Plume de Griffon


Inscrit le: 05 Déc 2007
Messages: 1 668

MessagePosté le: 26/02/2014 20:57:26    Sujet du message: Confiteor de Jaume Cabre Répondre en citant

Première fois, je crois, que je lis un livre avant Guylou. J'en suis toute ébouriffée !

M'a été conseillé par la libraire de Charybde, the best of bookstores in Paris.
Lu et (très) approuvé.
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Les maisons aussi ont leur jardin secret
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tobermory
Administrateur


Inscrit le: 06 Juin 2007
Messages: 7 204

MessagePosté le: 16/03/2014 10:28:54    Sujet du message: Confiteor de Jaume Cabre Répondre en citant

La couverture de ce roman m’avait attiré l’œil sur la table d’une librairie. Un enfant, une bibliothèque et comme me l’a appris la quatrième, Barcelone. J’ai tout de suite pensé que l’auteur surfait sur le succès de « L’ombre du vent ». Mais Guylou d’après ta critique, ça n’a rien à voir. Je me laisserai peut-être tenter, même si étant un lecteur plutôt lent, j’y regarde à deux fois avant de me lancer dans un aussi gros roman ( et l'avis de Guylou est quand même un peu mitigé.)
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Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles mais uniquement par manque d’émerveillement (G. K. Chesterton)
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Guylou
Administrateur


Inscrit le: 01 Juin 2007
Messages: 4 691

MessagePosté le: 17/03/2014 08:47:13    Sujet du message: Confiteor de Jaume Cabre Répondre en citant

Aie, j'ai dû mal m'exprimer, car je place ce roman extrêmement brillant dans la liste de mes lectures préférées (avec L'ombre du vent) et notamment, si je devais classer les livres lus depuis septembre 2013, je le mettrais en tête avec Comme les amours de Javier Marias et Réparer les vivants de Maylis de Kérangal, lu ce week-end.
Vraiment, Tober, te connaissant au travers de ce forum, je suis sûre à 99% que tu adoreras Confiteor, vraiment.
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tobermory
Administrateur


Inscrit le: 06 Juin 2007
Messages: 7 204

MessagePosté le: 17/03/2014 09:48:34    Sujet du message: Confiteor de Jaume Cabre Répondre en citant

c'est ton "Las" qui me faisait voir une réticence dans ton appréciation. Mais je te fais confiance, il sera dans mes lectures de l'année !
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Lunatik
Plume de Griffon


Inscrit le: 16 Nov 2008
Messages: 2 378

MessagePosté le: 25/06/2014 23:42:09    Sujet du message: Confiteor de Jaume Cabre Répondre en citant

C'est un bouquin un peu ardu pour les faignasses dans mon genre mais ça vaut le coup de s'y mettre. Pas question de l'ouvrir distraitement, d'en lire trente pages, d'aller manger une pizza, de le reprendre dans son bain, puis de l'oublier sur la table de chevet pendant le week end et de le reprendre aux WC. À moins que vous ne passiez douze heures aux chiottes ou dans votre baignoire, vous ne pourrez pas suivre et apprécier l'histoire en lisant par fragments. Il est trop dense, trop foisonnant, vous risquez de vous y perdre.
Confiteor, il faut se plonger dedans, et ne plus en ressortir. Travailler son apnée. Sinon vous êtes foutus.
Vous voilà prévenus. Maintenant, vous pouvez y aller, et vous faire plaisir.

L'histoire s'étend sur plusieurs époques qui se croisent et s'entremêlent en suivant la destinée d'un violon (et de ses propriétaires) depuis la naissance de l'arbre qui a servi à sa fabrication. La narration est assez complexe puisque le narrateur passe du "je" au "il" sans crier gare, d'une époque à une autre, d'un personnage à un autre... tout ça parfois au sein d'une même phrase. Je vous laisse imaginer le bordel que ça peut foutre dans les esprits les plus rationnels...
Mais c'est bien foutu et ça fonctionne. On est désorienté mais, pour peu qu'on reste vigilant, pas perdu.
Il y a dans ce bouquin une certaine dose d'horreur (peut on parler d'Auschwitz sans qu'il y en ait ?) mais aussi de l'humour, discret mais bien là, surtout dans la première partie. Par contre, vous n'y trouverez ni espoir (c'est une superbe illustration de l'adage qui prétend que l'Histoire ne fait que se répéter) ni plaisir (à un point que c'en est hallucinant ; ce n'est jamais dit explicitement mais le narrateur, Adria, traverse la vie sans jamais, semble-t-il, éprouver le moindre plaisir et ça m'a choqué) Les dialogues sont joliment ficelés, avec une liberté de ton qui tranche sur le reste de la narration.

C'est aussi une histoire d'amour, qui, pour ma part, ne m'a ni convaincu ni fait rêver. Avec, je le déplore, un schéma rencontre/rupture/retrouvailles digne des pires Harlequins... C'est donc mon gros bémol dans cette lecture par ailleurs enrichissante.

Il y aurait mille autres choses à dire mais j'ai la flemme de faire le tri. Ce sera donc tout pour ce soir...
_________________
"La douleur des veaux n'intéresse personne : avec un peu de riz, tout s'arrange" B.Fontaine
Tous crocs dehors.
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MessagePosté le: 28/05/2017 02:04:25    Sujet du message: Confiteor de Jaume Cabre

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