A vos plumes ! Index du ForumA vos plumes !
Forum littéraire, qu'on se le dise !

 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

Les réputations de Juan Gabriel Vasquez

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    A vos plumes ! Index du Forum -> Plumes parlantes -> En ce moment, vous lisez quoi ?
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Guylou
Administrateur


Inscrit le: 01 Juin 2007
Messages: 4 691

MessagePosté le: 19/11/2014 08:21:51    Sujet du message: Les réputations de Juan Gabriel Vasquez Répondre en citant

Les romanciers hispanophones ne cesseront de me séduire, je crois. Il y a chez eux une patte spécifique et une originalité dans le traitement des sujets et l’écriture, qu’on ne retrouve dans nulle autre culture. Parfois même, ils s’affranchissent assez allègrement de la frontière entre la réalité et le fantastique. Ce n’est pas vraiment le cas dans Les réputations, où le sujet traité est tout à fait terre à terre et actuel. Pourtant, le rideau ne se lève pas complètement sur les zones d’ombre qu’explore ce roman, ce qui laisse au lecteur une impression d’étrangeté et le force à s’interroger sur le dessein de l’auteur.
Ce dernier met en scène un caricaturiste colombien, Javier Mallarino, fort de 40 ans de notoriété, qui a, par ses dessins, épinglé à peu près tous les grands de ce monde, et en particulier de son pays. Las, ce pouvoir de croquer les hommes n’est pas sans impact, car comme le dit Mallarino, lui-même : « Quand un nouvel homme politique possède un de ces traits distinctifs (…), on se dit : pourvu qu’il soit malhonnête, imprudent et mauvais politicien, sinon, je ne pourrai pas l’utiliser. » et : « Certains politiciens n’ont pas de traits : ce sont des visages absents (…), ils n’ont pas de personnalité et je leur en donne une. Ils devraient m’être reconnaissants. Je ne sais pas pourquoi, ils ne le sont presque jamais. »
Au moment où Mallarino fait l’objet d’un hommage national, il est approché par une jeune femme, qui le contraint par ses questions à revenir 28 ans en arrière, lors d’une fête qu’il avait organisée à l'époque dans sa maison de la montagne, à l’écart de Bogota. Le lendemain, il avait livré à la presse une caricature sans lien réel avec l’actualité, mais qui avait peut-être conduit au suicide d’un homme. S’ensuit une recherche au sein de la mémoire, qui semble oubliée, et une belle réflexion sur ses arcanes.
Je ne vous dis rien de plus de l’intrigue. La construction est très intéressante, qui boucle sur le cireur de chaussures décrit à la première page et sur un mirage, qui a fait entrevoir à Marallino la silhouette d’un autre célèbre caricaturiste s’étant donné la mort des années auparavant. Les descriptions des personnages et les réflexions sur la caricature sont passionnantes.
Deux petits passages supplémentaires, pour vous donner une idée :

« On vit une époque détraquée. Nos dirigeants ne dirigent plus rien et se gardent bien de nous raconter ce qui se passe. (…) On ne peut pas leur faire confiance, on ne peut pas se contenter de leur version, il faut en chercher une autre, celles d’autres personnes ayant d’autres intérêts, celle des humanistes. C’est ce que je suis : un humaniste. (…) Je suis un dessinateur satirique, une activité qui comporte des risques, inutile de vous le préciser. Le risque du dessin, c’est de devenir un analgésique social : sous forme de dessins, les choses sont plus compréhensibles, plus assimilables. »

« Les certitudes acquises à un moment donné du passé pouvaient avec le temps cesser d’être des certitudes : un événement survenait, un fait fortuit ou volontaire, et, brusquement, son évidence était invalidée, les choses avérées cessaient d’être vraies, les choses vues n’avaient jamais été vues et celles qui étaient survenues n’avaient jamais eu lieu : toutes les réalités perdaient leur place dans le temps et l’espace pour être englouties, pénétrer dans un autre monde ou une dimension différente et inconnue. Mais où étaient-elles ? Où allait le passé quand il se modifiait ? Dans quel repli de notre univers, se cachaient, lâches et honteux, les faits qui n’avaient su perdurer, rester réels en dépit de l’usure infligée par le temps ou occuper une place dans l’histoire des hommes ? »
_________________
Avant le jour de sa mort, personne ne sait exactement son courage... Jean Anouilh
Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: 19/11/2014 08:21:51    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    A vos plumes ! Index du Forum -> Plumes parlantes -> En ce moment, vous lisez quoi ? Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Portail | Index | créer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com