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Ces best sellers que personne ne lit...

 
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Lunatik
Plume de Griffon


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MessagePosté le: 22/12/2014 08:59:57    Sujet du message: Ces best sellers que personne ne lit... Répondre en citant

Un article de Rue89 qui met du baume au coeur après les ventes record des bouquins de Zemmour et Valérie Trilili.

Selon une étude de Kobo (les liseuses de la Fnac, entre autres), seuls 7,3% des clampins qui ont acheté le livre de Zemmour (au hasard) l'ont lu jusqu'au bout.

Je suis fort aise d'apprendre que les romans à l'eau de rose, eux, sont lus jusqu'au bout, ça nous promet des lendemains qui chantent Mr. Green
(ceci étant, je trouve très contestable qu'on puisse espionner les pratiques de lecture des gens à leur insu...)


Citation:
Zemmour, Trierweiler et Piketty ont chacun vendu des centaines de milliers de livres – mais qui les a lus jusqu’au bout ?
Une étude de la société Kobo, une plateforme de vente d’ebooks, montre que les acheteurs ont souvent arrêté de lire leurs best-sellers avant la fin.
C’est une nouveauté des ebooks : les divers logiciels espions qui s’y cachent permettent de recueillir des données fines sur les pratiques de lecture. Ça pose de nombreuses questions (de vie privée, de modification des pratiques éditoriales etc.), sur lesquelles on reviendra dans un prochain article.

Kobo, start-up canadienne rachetée par le géant japonais Rakuten, fabrique des liseuses et vend des ebooks. C’est un des leaders mondiaux du secteur ; en France, elle est associée à la Fnac notamment. L’étude dont sont extraits ces chiffres a été réalisée à l’échelle mondiale, sur 21 millions d’utilisateurs. En revanche, il nous a été impossible d’obtenir de Kobo le nombre d’utilisateurs français (et donc la valeur absolue d’exemplaires sur lesquels reposaient les pourcentages cités dans l’étude, et donc dans l’article).

Mais Kobo révèle une donnée intéressante : les livres que les lecteurs abandonnent et ceux qu’ils ne lâchent pas. Bien sûr, on savait déjà que les gens parlent des « livres qu’ils n’ont pas lus », comme le dit Pierre Bayard, mais c’était quand même plus compliqué à prouver avec les livres de poche (même si, comme me l’a fait remarquer mon rédacteur en chef, pas né de la dernière pluie, on pouvait quand même scruter les tranches des livres pour savoir si les gens les avaient vraiment lus ou juste achetés pour faire joli).
Voici donc ce que nous apprennent les chiffres de Kobo :

Seuls 7,3% des lecteurs ont lu Zemmour jusqu’au bout
Zemmour a beau accabler les féminazies et les fumeurs de pétard de 68, ça n’a pas suffi à intéresser les lecteurs. Seuls 7,3% des lecteurs qui ont acheté « Le Suicide français » l’ont lu jusqu’au bout. Ce qui, à tout prendre, est vraiment rassurant (mais le lectorat de Kobo ne semble pas très zemmourien : le livre est classé 99e sur la liste des 100 meilleures ventes).

Moins de 10% ont fini Piketty
« Le Capital du XXIe siècle » est le best-seller économique de l’année (plus de 150 000 ventes en France et 450 000 à l’étranger) mais 9,6% des lecteurs l’ont fini. Les 91,4% restants ont abandonné en cours de route, leur joie d’avoir en main la Bible du nouveau marxisme douchée sans doute par la taille, les graphes et les termes techniques.

Un tiers des lecteurs ont lâché Trierweiler

Parce qu’ils en connaissaient déjà la fin ?

Les prix littéraires n’emballent pas les lecteurs

Les deux prix littéraires qui figurent sur la liste des 100 meilleures ventes n’ont pas passionné les lecteurs. Malgré le récent Nobel décerné à Patrick Modiano, moins de la moitié des lecteurs ont fini son dernier livre « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier ». De même, seul un tiers des lecteurs ont fini « Le Royaume », d’Emmanuel Carrère.

Mais « En finir avec Eddy Bellegueule » les a rivés à leurs tablettes
Le livre d’Edouard Louis, « En finir avec Eddy Bellegueule », est 15e sur la liste des ventes, mais plus des trois quarts des lecteurs l’ont lu jusqu’au bout.
Ce récit violent et cru a plus passionné les lecteurs que tous les polars et les histoires d’amour, ainsi que les romans de Guillaume Musso, Stephen King, Maylis de Kerangal, et Marc Levy.

Ils adorent un auteur (quasi) inconnu
Dans la liste des 100 meilleures ventes, un nom revient cinq fois : Gilles Legardinier, auteur prolifique et à succès – dont le nom est presque ignoré des pages littéraires des journaux. Pourtant, il cartonne, comme le montrent les succès de la nouvelle « Un sourire à tomber » et des romans « Complètement cramé ! », « Demain j’arrête ! », « Et soudain tout change » et « Ça peut pas rater ! » (tous aux éditions Fleuve noir).

Polars, romans roses et fantasy

Sans surprise, ce sont les polars, les romans roses et les livres de fantasy que les lecteurs finissent le plus volontiers.
Bref, pour résumer, voici la recette pour harponner votre lecteur : un polar signé Gilles Legardinier, dont le héros est pauvre et gay, ne connaît rien à l’économie et n’admire pas de Gaulle, mais trouve quand même l’amour à la fin (pas forcément avec le président de la République).

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MessagePosté le: 22/12/2014 08:59:57    Sujet du message: Publicité

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danielle
Plume de Simurgh


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MessagePosté le: 22/12/2014 09:34:10    Sujet du message: Ces best sellers que personne ne lit... Répondre en citant

C'est vrai ça, comment ont-ils fait pour réaliser cette étude ?

Je n'ai lu ni Zemmour(qui me donne envie de vomir quand je le vois); ni Valérie Trucmuche, ni Modiano qui m'endort, ni romans roses mais beaucoup de polars super bien écrits et ma KOBO s'est enrichie de quelques auteurs qui ne sont pas des têtes de gondole et que vous ne connaissez sûrement pas: Dominique Guérin, Frédérique Trigodet, Louisa Kern et quelques autres...
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Orcus
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MessagePosté le: 22/12/2014 10:58:55    Sujet du message: Ces best sellers que personne ne lit... Répondre en citant

il y a pire que ne pas être lu : ne pas être achetė.
Legardinnier, je connais. Meilleur que moi, d'après une lectrice qui a commenté un de mes livres sur Amazon. Du coup, ça ne donne pas envie de le lire.
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jveuxdusoleil
Plume de Griffon


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MessagePosté le: 22/12/2014 22:45:34    Sujet du message: Ces best sellers que personne ne lit... Répondre en citant

Pas sûr que les lecteurs et les habitudes de lecture soient les mêmes en papier.

Puis-je me permettre (oui ? chic Mr. Green ) de critiquer un peu.
Vous avez retenu que Trierweiler a été peu lue jusqu'au bout et Eddy Bellegueule vachement ( ) plus ?
Eh bien non...

Citation:
Un tiers des lecteurs ont lâché Trierweiler
Donc, 66% l'ont lue jusqu'au bout

Citation:
« En finir avec Eddy Bellegueule » les a rivés à leurs tablettes (...) plus des trois quarts des lecteurs l’ont lu jusqu’au bout.
Plus de trois quarts... Allez, je vous le fais à 76% et on n'en parle plus.

Les lecteurs de Trierweiler n'étaient pas loin d'être "rivés à leur tablette" Razz
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Lunatik
Plume de Griffon


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MessagePosté le: 15/02/2015 09:04:09    Sujet du message: Ces best sellers que personne ne lit... Répondre en citant

@ Soleil : moi j'ai surtout retenu que, pour être lu jusqu'au bout, mieux vaut écrire des romans de gare que des nobels.
Ce qui me va plutôt bien parce que je serais incapable d'écrire un nobel...

Quant au cas Trilili... ça me désespère d'autant plus qu'il y a même un film de prévu d'après son bouquin
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danielle
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MessagePosté le: 15/02/2015 09:29:13    Sujet du message: Ces best sellers que personne ne lit... Répondre en citant

Ils ont oublié Grégoire Delacourt, Foenkinos, entre autres que j'aime beaucoup.
ET l'étude porte sur les e-books: personnellement, je privilégie le e-book quand j'ai un petite doute quant au fait que je vais aimer ou pas, ou pour faire connaissance avec de des auteurs que je ne connais pas. (exception faite pour ceux qui ne publient qu'en ebook.)

Exemple: fan de Foenkinos, j'ai téléchargé Charlotte dont les extraits ne m'emballaient pas. Je le regrette, Charlotte m' a emballée !
J'ai découvert Legardinier, Karine Giebel grâce au e-book.
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Lunatik
Plume de Griffon


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MessagePosté le: 16/02/2015 08:41:16    Sujet du message: Ces best sellers que personne ne lit... Répondre en citant

C'est sûr que l'étude laisse sur sa faim, Danielle. Comme beaucoup trop d'articles de presse, à mon goût...

Pour continuer sur cette idée de liseuses délatrices, un autre article intéressant sur Rue89 :
(lien pour le lire sur le site)

Ce que mes eBooks balancent sur moi, par Claire Richard

Amazon, Apple, Kobo... On sait que nos livres électroniques en savent long sur nos habitudes de lecture. Mais jusqu’où vont-ils ? Et que font les plateformes de ces données ? Enquête.

Dans ma bibliothèque, règne l’omerta. Mes livres ne révèlent rien. Personne ne sait que je n’ai ouvert « Ulysse » de Joyce qu’une fois avant de le ranger sur un rayon, mais que j’ai lu au moins trente fois « Les Trois Mousquetaires » depuis que je l’ai acheté en 1992.
Je crains que cette situation ne tire à sa fin. En décembre, une étude publiée par le géant du livre électronique Kobo révélait que seuls 7,3% des lecteurs qui avaient acheté le dernier Zemmour l’avaient lu jusqu’au bout. C’étaient les e-books qui avaient balancé, évidemment.
Ma bibliothèque numérique dévoilera-t-elle tous les secrets de mon imposture culturelle ? Pour évaluer ma marge de manœuvre, j’ai enquêté sur les données récoltées par nos ebooks.


Chez Kobo : « Nous avons un marque-page »

Premier constat : les ebooks des trois principaux acteurs du secteur, Amazon, Apple et Kobo, recueillent des données à foison.
Mais lesquelles ? Contactés, Amazon, Apple et Kobo ne sont pas diserts sur la question. Apple est injoignable. Le canadien Kobo, partenaire de la Fnac, s’en tient à cette déclaration :
« Dans le domaine de la lecture numérique, nous devons avoir un marque-page. Lorsque vous changez de page sur une liseuse Kobo (ou sur Kindle, iBooks ou quoi que ce soit d’autre), nous en prenons note sur nos serveurs afin que vous puissiez passer d’un appareil à l’autre et reprendre votre lecture où vous en étiez.
Et par cette action transparente, nous pouvons tirer des enseignements sur la manière dont les livres sont lus, de façon totalement anonyme, agrégée et statistiquement très précise. »

Plus détaillées, les conditions d’utilisation précisent que les tablettes Kobo enregistrent :
le type de navigateur et l’adresse IP ;
des informations relatives à l’utilisation : le moment et la fréquence de recours au service Kobo ; « quelles informations vous affichez ou sur quelles informations vous cliquez au sein du Service Kobo (y compris les éléments d’interface utilisateur, les paramètres et autres informations) ».

Concrètement, la société canadienne sait à quels moments les gens lisent le plus (le dimanche et l’été), quels titres sont achetés et jusqu’où ils sont lus.


Chez Amazon : « Nous analysons les profils »

Chez Amazon, on reste vague sur les données recueillies mais on admet qu’elles permettent de construire des profils personnalisés :
« Nous analysons les profils de consommation en fonction des ebooks achetés et procédons ainsi à des recommandations personnalisées – en fonction de l’historique d’achat du client et du profil d’achat de clients ayant acheté des ouvrages similaires.
En revanche, nous ne recueillons pas d’informations “ sociologiques ” (âge, sexe, etc.) et ne divulguons pas les informations concernant les comportements d’achat. »

L’entreprise américaine n’en dit pas plus. Mais on sait que les passages surlignés par les lecteurs dans ses ebooks sont partagés (et donc préalablement recueillis) et que, selon les conditions d’utilisation du Kindle, celui-ci enregistre :
« la dernière page lue,
le contenu archivé,
la mémoire disponible,
l’historique et les données de connexion,
l’information vocale,
la puissance du signal ».

Je considère maintenant mes ebooks d’un autre œil.


« Des données à caractère personnel »

J’ai téléchargé « Les Américains » de Gertrude Stein sur Amazon il y a six mois, mais ne l’ai jamais ouvert. S’il était en poche sur mes rayons, on n’y aurait vu que du feu. Mais quelque part chez Amazon, une base de données voit clair dans mon vernis culturel.

Heureusement, il existe des alternatives pour préserver mon imposture, comme l’explique Elisa Boulard, directrice commerciale de la librairie numérique Immatériel :
« Mettre des DRM [en français, gestion des droits numériques, ou mesures techniques de protection : dispositifs qui contrôlent l’utilisation des œuvres numériques, ndlr] sur les livres relève du choix des éditeurs. Nous préférons le simple “tatouage numérique” : on appose l’e-mail de l’utilisateur sur le fichier pour le lui attribuer et celui-ci en fait ce qu’il en veut. »

Cependant :

« Quand on lit dans un environnement fermé et propriétaire [se dit par opposition aux environnements “libres”, qui utilisent des logiciels libres, ndlr], comme ceux d’Amazon, Apple et Kobo, c’est différent.
Même à nous qui sommes partenaires, ils ne nous disent rien. »

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) précise que toutes ces données ne sont pas anonymisées, puisqu’elles sont associées au compte des utilisateurs. (Les plateformes n’anonymisent les données que lorsqu’elles les partagent avec les éditeurs.)
« Bien que les données soient non nominatives, il s’agit de données à caractère personnel (et donc pas complètement anonymes) dans la mesure où la liste de lecture d’une personne est généralement unique, au même titre que la liste des films qu’elle a vus. »


YouBoox, YouScribe : indiscret streaming

Un nouveau modèle promet une incursion beaucoup plus grande dans les modes de lecture : la lecture en streaming.

En France, les deux principaux acteurs de ce marché émergent, YouBoox et YouScribe, fondent leur modèle économique sur la collecte de données de lecture :
YouBoox propose aux éditeurs un site dédié sur lequel ils peuvent suivre les données de profil du lectorat.
Quant à YouScribe, il ne collecte pas directement de données, mais permet à ses clients de le faire via des formulaires.

Surtout, les deux entreprises parisiennes mettent en place des formules d’abonnements illimitées, qui permettraient de collecter des données beaucoup plus fines et précises. Hélène Mérillon, cofondatrice et directrice de YouBoox, explique avec enthousiasme :
« Ces données nous permettent d’en apprendre beaucoup sur la lecture, et de mieux comprendre comment sont lus les livres.
On voit quels livres sont lus en entier ou pas, on recueille des données sur le moment de lecture : les gens attendent parfois longtemps avant de commencer un livre acheté. De même, certains livres sont lus en deux mois et d’autres en une semaine.
On a aussi des données sur combien de temps dure une session de lecture, quand est-ce qu’on lit le plus... On peut aussi savoir qui sont les lecteurs qui ont accroché ou décroché, ceux qui sont allés jusqu’au bout des livres... »

Juan Pirlot de Corbion, directeur de YouScribe, indique ce qu’il fournit aux éditeurs présents sur sa plateforme (Hachette, Gallimard, Le Seuil, etc.) :
« On leur dit aussi pour chaque livre quelles pages ont été lues, combien de fois... On connaît aussi l’origine géographique des lecteurs, si c’est lu sur un iPad, un iOs, un Samsung... »

YouBoox comme YouScribe affirment n’exploiter aucune donnée individuelle, seulement des données agrégées – se conformant ainsi aux directives de la Cnil.


En savoir autant que le libraire du coin


L’idée, bien sûr, est d’utiliser ces données pour créer des algorithmes de recommandation plus fiables, parce que fondés non sur votre être social, cette outre pleine de vent, mais sur votre comportement réel.

Ainsi, si vous achetez Piketty mais dévorez Pif et Hercule, l’algorithme verra clair dans votre jeu et vous proposera d’acheter l’intégrale de Spirou plutôt que celle de Marx. Hélène Mérillon explique :
« Au lieu de conseiller le lecteur sur ses achats [comme le fait l’algorithme d’Amazon, ndlr], nous allons pouvoir le conseiller de manière personnalisée sur ses comportements de lecteurs.
C’est là que le numérique peut apporter quelque chose au livre : il permet de découvrir de façon à la fois plus pointue et plus large. Dans le monde physique, on est plus souvent contraint par les têtes de gondole. »

Juan Pirlot de Corbion, pour sa part, n’est pas convaincu que les algorithmes personnalisés soient adaptés :
« Le fait que quelqu’un lise “Le Rouge et le noir”, puis “Charlotte” de Foenkinos puis “Le Grand Meaulnes”, qu’est-ce que ça veut dire ? Le lecteur peut avoir intérêt à ce qu’on recommande Proust... Ce n’est pas comme ça que fonctionne le secteur du livre. »

YouScribe utilise donc des « algorithmes sémantiques », qui proposent de la publicité en fonction des textes que vous êtes en train de lire. Pour Juan Pirlot de Corbion, les données de lecture changent surtout les choses pour les éditeurs.
« Un éditeur sait très peu de choses de ses lecteurs. Tout est confié aux libraires, qui eux connaissent bien leurs clients. Les Big Data offrent aux éditeurs la possibilité de connaître les goûts et comportements des lecteurs.
Prenons l’exemple de la zone géographique des lecteurs : pour un éditeur, c’est très intéressant de savoir si le lectorat est citadin, provincial, étranger, etc. Ça peut lui être très utile pour la distribution, par exemple.
De même, si l’éditeur remarque que tel ou tel chapitre d’un livre est systématiquement plus lu, il pourra en proposer des tronçons – des versions plus courtes, avec juste certains chapitres par exemple. »

Je pense à mon « Ulysse » avec inquiétude. Voudra-t-on le tronçonner parce que je ne l’ai jamais lu ? J’ai envie de demander pardon à Joyce, dont j’entends déjà siffler les mânes.


Ce qui se dit sur les réseaux sociaux

Heureusement pour ma mauvaise conscience, il s’avère que les éditeurs de littérature sont encore loin d’utiliser ces données.

Flore Roumens, éditrice numérique au Seuil, et Hélène Patrelle, responsable du développement numérique du groupe La Martinière, expliquent :
« Nous utilisons la plateforme de distribution et de diffusion Eden, et nous ne collectons que des données commerciales et aucune donnée de lecture. Le temps de lecture, le taux d’engagement [jusqu’où lisent les lecteurs, ndlr]... nous n’en savons rien.
Ces données sont souvent payantes : Kobo les monnaie. Et nous n’en sommes pas à consacrer du budget à ça.
Bien sûr, ces données peuvent être intéressantes et permettre de repérer des ouvrages sur lesquels on n’avait pas misé au départ. Aujourd’hui, tout le monde est très demandeur de données. Mais nous n’avons pas encore la capacité de les exploiter. »

D’autres refusent de les utiliser, les éditions Publie.net par exemple, comme s’en targue leur directeur Gwen Catala :
« Chez nous, il s’agit d’une vraie volonté. Nous n’utilisons même pas de DRM ou de marquage numérique. Nous partons du principe que si on traite les lecteurs comme des voleurs, ils finiront par moins venir... »

Pour lui, les données ne reflètent pas ce qui a vraiment lieu et ce qui nous meut quand on lit :
« Pourquoi telle personne a passé 43 minutes sur une page avec 50 mots ? C’est totalement arbitraire : pourquoi ai-je besoin, tel soir, de relire tel ou tel passage ? C’est très difficile d’établir un schéma ou un algorithme pour ça. »

Enfin, il n’est pas nécessaire de collecter des données pour connaître les habitudes de lecture :
« On peut observer finement les modes de lecture grâce aux paroles prononcées en ligne et hors ligne, sur les réseaux sociaux, dans les salons du livre... Nous préférons être transparents et utiliser ce que les internautes nous apportent d’eux-mêmes plutôt que de récolter des données de façon un peu intrusive. »


Mieux charpenter les livres pratiques

Toujours préoccupée par Joyce, je demande si des données de lecture pourraient finir par dicter des choix éditoriaux ( « Dis coco, on s’est rendu compte que personne ne lisait tes descriptions, tu voudrais pas t’en passer la prochaine fois ? »). Flore Roumens me rassure :
« Imposer à un auteur telle ou telle forme parce que tel mode de lecture marche bien sur tablette, ça me semble impensable.
Dans certains domaines, comme les œuvres pratiques [livres de cuisine, de jardinage, de mécanique, etc., ndlr], ça pourra peut-être influencer la structure des œuvres. Mais en ce qui concerne la littérature, ça me semble compliqué. »

Gwen Catala partage ce point de vue : les données de lecture ont du sens pour les livres pratiques (où l’efficacité prime) et les livres de genre (qui s’inscrivent dans des cycles de tendance qu’il peut être intéressant de prévoir) – mais pas nécessairement pour la littérature générale ou classique.
De fait, chez YouBoox, on me confirme qu’une large partie de la clientèle relève de livres pratiques.

Les mânes de Joyce sifflent moins fort et ma mauvaise conscience s’apaise.


Bien au chaud dans nos contradictions


Malgré tout, ces données de lecture jettent un éclairage sans précédent sur nos façons de lire et vont chercher très loin dans notre intimité.
Quand je lis, j’entre dans un espace très privé et les ebooks cafteurs l’ouvrent soudain aux quatre vents. Ce que je lis à 2 heures du matin, dans le métro, les passages que je relis ou que je saute... je préfère, et de loin, que cela reste secret.
Non seulement parce que je tiens aux espaces privés mais aussi parce que sur le fond, ça ne dit pas grand-chose : je n’ai pas terminé des livres qui m’ont bouleversée, tout comme j’ai dévoré des titres ensuite oubliés très vite.

Mes livres et moi, on va donc continuer l’omerta. Mais on accueillera volontiers les ebooks sans DRM dans le clan des taiseux.
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danielle
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MessagePosté le: 16/02/2015 10:03:19    Sujet du message: Ces best sellers que personne ne lit... Répondre en citant

Savoir que l'on m'espionne quand j'utilise ma liseuse, ça me met mal à l'aise ! Mr. Green
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Khéops
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MessagePosté le: 16/02/2015 10:38:13    Sujet du message: Ces best sellers que personne ne lit... Répondre en citant

Tout a fait et cela n'incite pas a en acheter une quand on n'en a pas... Je crois que je vais rester au livre papier encore longtemps !
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danielle
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MessagePosté le: 16/02/2015 12:12:02    Sujet du message: Ces best sellers que personne ne lit... Répondre en citant

Mais c'est trop pratique ! Je ne renoncerai pas ! J'ai déjà trop de livres papier que j'ai abandonnés au bout de quelques chapitres !
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Khéops
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MessagePosté le: 18/02/2015 21:55:22    Sujet du message: Ces best sellers que personne ne lit... Répondre en citant

Ben j'emprunte en bibliothèque donc si le livre ne me plait pas, je le rends. S'il me plait je le lis et je le rends aussi : problème de place résolu !
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SirMK
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MessagePosté le: 29/03/2015 08:06:27    Sujet du message: Ces best sellers que personne ne lit... Répondre en citant

Khéops a écrit:
Tout a fait et cela n'incite pas a en acheter une quand on n'en a pas... Je crois que je vais rester au livre papier encore longtemps !


Touché.

Certains articles sont faits pour dissuader d'acheter : je ne douterai pas que certains articles soient commandés par les éditeurs majeurs traditionnels pour créer de la peur et plomber le marché du numérique.
A l'époque de l'émergence des mp3 et lorsque Steam est apparu pour proposer des jeux en téléchargement légal et payant, il y a eu la même contestation : vous êtes espionnés, big brother et compagnie en veulent contre vous, bla bla bla. Tout comme le message "le téléchargement nuit à la créativité artistique", ce genre d'articles est ringard et à prendre avec des pincettes. Il ne t'arrivera rien.
Déjà, tu es sur Internet, et déjà dans ce cas tu es fiché (je ne mets pas au féminin, c'est un tu général). Tu es dans une banque, on sait qui tu es, ce que tu achètes, où et quand. Tu as un téléphone, on peut t'espionner, te suivre si c'est un portable. Tu as une adresse, on peut te filer, croiser les infos selon les courriers. A partir du moment où l'on entre dans le circuit, forcément on prend le risque de se dévoiler. Mais rien de gravissime.

Je trouve ces pavés lamentables : tu peux mettre en garde, mais tu peux aussi donner des pistes pour concilier technologie émergente et bonnes pratiques. Une fois que tu as acheté ton livre sur le Net, mets-toi en mode avion. Tu n'envoies ni ne reçois aucune donnée.

J'ai vraiment l'impression, sur ce genre d'articles, de voir de vieux réacs' agiter les bras et brailler ce qu'on leur a soufflé au cul, au profit du conservatisme. "Refusez le progrès, générez de la peur, ne donnez aucun conseil, pourvu que rien ne change !"
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danielle
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MessagePosté le: 29/03/2015 08:23:05    Sujet du message: Ces best sellers que personne ne lit... Répondre en citant

Au risque de me répéter, je suis ravie de télécharger des textes et de les lire sur ma liseuse. C'est pratique, et le plaisir de tourner les pages du livre papier est remplacé par celui de toucher d'un doigt léger le bas de l'écran ! Razz
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SirMK
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MessagePosté le: 29/03/2015 08:59:50    Sujet du message: Ces best sellers que personne ne lit... Répondre en citant

Bien sûr que c'est super les liseuses Smile
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Lunatik
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MessagePosté le: 20/04/2015 14:45:40    Sujet du message: Ces best sellers que personne ne lit... Répondre en citant

SirMK a écrit:
Une fois que tu as acheté ton livre sur le Net, mets-toi en mode avion. Tu n'envoies ni ne reçois aucune donnée.


Certes... mais dès que tu désactives le mode avion (pour télécharger un autre bouquin...), tu recommences à envoyer des données. Dès que tu te reconnectes, tes données (gentiment enregistrées hors connexion) sont envoyées, donc ça ne sert à rien de passer en mode avion, sauf si tu y restes à vie... Et je ne parle pas de ceux qui lisent sur tablette et pas sur liseuse. L'intérêt de la tablette sur la liseuse étant de rester connectée, pour recevoir tes mails, aller sur le net etc.

Pour moi, quand on utilise les nouvelles technologies, il faut en connaître les possibilités, les avantages et les inconvénients. La collecte de données fait partie des inconvénients majeurs mais difficilement contournables.
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Genovanna
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MessagePosté le: 27/04/2015 14:44:52    Sujet du message: Ces best sellers que personne ne lit... Répondre en citant

Très intéressante cette discussion.

Mon libraire indépendant favori propose un service de livre numérique avec une liseuse proposée par TEA=The Book Alternative.
Les livres proposés sont sous différents formats non propriétaires
(pas comme Amazon qui propose des fichiers *.amz lisibles seulement sur Kindle - si on veut lire des e-pub sur kindle, il faut voir si on peut les transformer avec le logiciel "calibre" (gratuit))

Donc le libraire propose les format e-pub, pdf... ou encore .acsm lorsque les ePub et PDF sont protégés par Adobe DRM. Dans ce cas il faut installer adobe digital editions.
DRM = Digital Rights Management = gestion des droits numériques.

D'une façon générale, la fiche technique doit indiquer si le fichier est protégé (il peut l'être par DRM ou par watermarking (tatouage numérique qui ne limite pas techniquement mais trace l'acheteur par ses coordonnées)
Et pour savoir ce que le DRM d’Adobe recouvre, il faut sans doute lire toutes les informations lorsque l’on installe le logiciel d’Adobe digital editions

Bref tout cela n'est pas évident si on ne creuse pas un peu la question.

Pour le moment je reste avec mes livres objets réels

Nota : la remarque de J'veuxdusoleil est très judicieuse. Il faut toujours écrire les chiffres et pourcentages en vrai de vrai, car on peut faire dire ce que l'on veut aux statistiques selon la façon de les présenter...
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Yaka
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MessagePosté le: 04/05/2015 23:03:52    Sujet du message: Ces best sellers que personne ne lit... Répondre en citant

Intéressante discussion. Merci d'avoir partagé tout ça. Je rechigne à la diffusion d'informations me concernant, j'y vais au compte-goutte, lâche et reprends la protection de mon intimité d'être humain - oscillant entre praticité et principes. Heureusement je ne fais pas partie des gens qui se sentent traqués, surveillés. Mais une personne de ma famille si, et ses arguments sont assez convaincants, me laissant à penser que si, il est possible qu'on soit surveillé personnellement pour des opinions que je n'aurais pas pensées dérangeantes au premier abord - ou pour des prises de parole surtout.

Bon là on parle lecture, mais ça peut se rejoindre.
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Yaka
Plume de Garuda


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Messages: 309

MessagePosté le: 04/05/2015 23:11:03    Sujet du message: Ces best sellers que personne ne lit... Répondre en citant

Après, sirMK, je suis assez d'accord avec toi qu'on a tendance à se montrer réactionnaire avec la nouveauté - mais n'est-ce pas aussi ce qui va permettre d'aboutir à un encadrement légal des pratiques pour éviter les plus graves dérives ?

Les réactions que nous avons sont intéressantes pour permettre d'accompagner une technologie, dans cette protection de l'individu comme dans la dédramatisation et la diffusion de cette nouveauté. Enfin tu le dis toi-même : c'est cette partie qui manque à l'article.
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MessagePosté le: 06/12/2016 03:54:49    Sujet du message: Ces best sellers que personne ne lit...

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