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Les cachous

 
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Geache
Plume de Kookaburra


Inscrit le: 09 Oct 2008
Messages: 533

MessagePosté le: 12/03/2015 13:21:11    Sujet du message: Les cachous Répondre en citant

Les cachous.

Cela faisait un moment, maintenant, que mon Christian tournait en rond, masquant son chagrin à grand peine. Il n’est pas expansif, mon Christian, et je savais qu’il fallait le laisser venir. Tôt ou tard, il viendrait et il me confierait son désarroi. L’avantage d’être grand père, sans doute. Je ne l’observais que du coin de l’œil, vaquant à mes occupations de retraité. En le regardant, je me demandais pourquoi son petit front était froncé, pour quelle raison les larmes perlaient dans ses yeux.

Il n’était pas à ce qu’il faisait. Distrait. Contrarié. Cela devait être la quatrième fois qu’il ouvrait la même cage à lapins. La troisième fois qu’il se rendait compte qu’il l’avait déjà nettoyée. Je faisais mine de rien. M’occupant des cages que je m’étais attribuées.

Il se décida alors à se planter devant moi. Un poing sur la hanche, comme chaque fois qu’un tracas le rongeait.

- Papy ?
- Oui, Christian ?
- Y’a longtemps que tu connais mamy ?
- Oh ! Ca ne date pas d’hier ! Cinquante-trois ans.
- Cinquante-trois ans ? Mais…
- Mais ?
- Tu avais quel âge quand tu l’as connue ?
- Vingt-deux ans.
- Comment tu as su que tu allais vivre toute ta vie avec elle ?
- Je ne l’ai jamais su, Christian. Seulement ces dernières années.
- Tu ne savais pas ? Mais pourquoi tu es resté avec elle alors ?
- Ben… Tu sais… Quand on aime vraiment quelqu’un, on ne se demande pas combien de temps on va rester avec lui, ou avec elle. On reste. - C’est tout.
- Oh… Je vois. Mais…
- Mais ?
- Tu as connu d’autres femmes avant Mamy ?
- Quelques unes, oui.
T’as déjà eu un chagrin d’amour, Papy ?
- Oh, plus d’un, oui.
- Ca fait mal, hein ?
- Tu as un chagrin d’amour, Christian ?
- Je crois bien que oui, Papy.
- Tu as eu des crosses avec Mélanie ?
- Elle veut plus me voir. Elle veut plus me parler.
- Tu sais pourquoi ?
- Oui. C’est depuis que je ne veux plus faire du judo.
- Ah.
- Mais je ne vais pas faire du judo rien que pour qu’elle me parle encore, hein, Papy ? J’aime pas le judo. Je déteste.
- Non, en effet, ça ne servirait à rien que tu ne fasses du judo que parce que Mélanie voudrait que tu en fasses. Tu ne le ferais pas correctement.
- Pourquoi elle comprend pas ça, Mélanie ?
- J’en sais rien. Peut-être qu’elle espérait que tu serais grand et fort et que tu la protègerais.
- Ben… J’peux encore devenir grand et fort sans faire du judo, non ?
- Oui, bien sûr, oui.
- J’ai vraiment très mal, tu sais Papy.
- Je crois que je sais, oui.
- Tu avais mal aussi, toi ?
- J’en ai été malade pendant des semaines.
- Tu me racontes ?
- Ok, assieds-toi.

Mon Christian s’est assis sur un seau retourné. Et j’ai entrepris de lui raconter mon chagrin d’amour.

- Je l’avais rencontrée sur le chemin de l’école. C’était un superbe canon de fille. Avec des longues jambes à n’en plus finir, une peau dorée, gorgée de soleil et les cheveux les plus blonds et les plus longs que j’aie jamais vu. Ses yeux azur riaient dans son visage frondeur où les taches de rousseur se bousculaient pour envahir son nez.
- Comment elle s’appelait ?
- Emilie.
- Emilie ? C’est joli !
- Et moi, j’étais timide comme c’était pas permis. J’en rêvais de cette fille ! J’aurais donné tout l’or du monde pour lui prendre la main. - Mais j’étais paralysé. Je n’osais pas l’approcher et encore moins lui parler.
- Pourquoi ?
- Parce qu’à cette époque là, j’étais gros. Tout le monde se moquait de moi. Alors, tu penses ! Une fille qui faisait tourner la tête à tous les garçons à cinquante kilomètres à la ronde, j’avais pas vraiment envie d’aller me ramasser une gamelle en l’abordant pour lui dire que je l’aimais.
- T’avais les foies, Papy ?
- Dis donc, toi ! Sois poli avec ton Papy préféré, hein ! Mais oui, j’avais les foies. Je ne voulais pas qu’elle rie de moi, j’en serais mort si elle l’avait fait.
- Mais… Elle est devenue ta petite amie ?
- Oui.
- Comment as tu fait ? Puisque t’osais pas lui parler ?
- Mon charme naturel, gamin.
- Tu te moques de moi.
- Oui, un peu. Je n’ai rien fait, en fait. C’est elle qui a fait.
- Elle a fait quoi ?
- Elle est venue me demander de l’aider à faire ses maths. J’étais le plus fort de la classe. Tu vois… Etre un peu gros, ça n’empêche pas d’être malin. Ma mère disait que j’avais la bosse des maths. Et mon père faisait remarquer qu’elle avait peut-être un peu glissé sur mon ventre. Mais c’était pas méchant de sa part. Mon papa riait de tout. Il trouvait toujours le côté ridicule d’une situation, pour lui comme pour les autres. C’était sa façon d’accepter les coups durs. Il tournait la situation en ridicule, puis il en riait.
- Et tu l’as aidée ?
- Bien sûr ! Tu crois quand même pas que j’allais laisser passer l’occasion, non ?
- Ben… J’sais pas moi.
- Je l’ai aidée. Et j’ai fait durer les choses, je la voulais rien qu’à moi. Quand elle écoutait mes explications, il n’y avait plus que moi qui existait. Tous les autres étaient relégués au néant.
- Ouais… Tu l’aidais, mais ça ne veut pas dire que c’était ta petite amie.
- Attends… J’y viens. Un jour, on revenait avec le bus… Nous étions derrière, dans le fond, sur la dernière banquette. Elle m’a embrassé.
- Elle ?
- Ben oui. Heureusement, d’ailleurs, parce que moi, je n’aurais jamais osé.
- Et les autres ?
- Les autres, ils étaient verts de jalousie. J’étais fier comme un paon. Tu penses ! Je croyais que j’allais l’épouser et avoir des enfants avec elle.
- Comme moi avec Mélanie.
- Je faisais déjà des projets pour plus tard. Et puis, il y a eu sa sœur.
- Sa sœur ? Elle aussi est devenue ta petite amie ?
- Non ! Oh non ! Elle… Elle a causé mon malheur.
- Comment elle a fait ?
- Elle nous a cafardé à leur maman. Elle lui a dit que nous faisions des cochonneries à l’arrière du bus.
- Tu faisais des cochonneries avec Emilie ?
- Non… Juste des bisous. Mais, à l’époque, juste après la guerre, ça ne se faisait pas.
- Qu’est-ce qui s’est passé alors ?
- Sa mère lui a donné le choix : ou elle me laissait tomber…
- Ou…
- Ou elle n’aurait plus droit aux cachous pendant des semaines et des semaines.
- Des cachous ?
- Des petits bonbons noirs parfumés à l’anis.
- Tu me racontes des bêtises, on laisse pas tomber quelqu’un pour des cachous.
- Pas du tout. Emilie adorait les cachous. C’était juste après la guerre, je t’ai dit. On n’avait pas des friandises aussi facilement que maintenant. Alors, elle a choisi les cachous. Et moi… J’ai été malade pendant des semaines. Mais… tu vois, Christian…
- Quoi, Papy ?
- Mon papa avait raison… J’étais gros, mais je pesais moins lourd que des cachous. Nous avions… huit ans.
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MessagePosté le: 12/03/2015 13:21:11    Sujet du message: Publicité

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jeeves
Plume de Phoenix


Inscrit le: 30 Aoû 2012
Messages: 1 378

MessagePosté le: 12/03/2015 20:33:02    Sujet du message: Les cachous Répondre en citant

Beaucoup d'émotions là aussi.
Les amourettes de l'enfance n'ont pas épargné grand monde.
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MessagePosté le: 09/12/2016 16:21:27    Sujet du message: Les cachous

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