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Idées et préjugés à propos des enfants

 
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Yaka
Plume de Garuda


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MessagePosté le: 09/06/2015 12:29:20    Sujet du message: Idées et préjugés à propos des enfants Répondre en citant

Le sujet du JPH n°206 imposant un narrateur enfant nous a mis devant une difficulté majeure : comment faire "vrai" ?

On est tous là à dire "Ca ne fait pas enfant" : mais qu'est-ce qui ne fait pas enfant, qu'est-ce qui fait enfant ?

L'enfant est un acteur régulier dans les textes d'écriture, mais j'ai remarqué qu'il était le plus souvent traité par les auteurs comme simple élément de décor relativement passif pour éviter les boulettes : lorsqu'un livre "traite" vraiment d'un enfant, même sur un cours passage, je trouve toujours que ça l'enrichit, lui donne du corps.

Si ça vous intéresse, je me dis donc qu'on pourrait échanger dessus. Si chacun amène ses idées et préjugés, et qu'on en discute, ça pourrait nous aider tous et chacun.
En gardant bien en tête... qu'un enfant est différent d'un autre enfant, de bien des manières (âge, intérêt, talents et difficultés,...), et que chacun baigne dans un environnement culturel différent.

Je commence avec une idée/un préjugé :
- Les enfants parlent avec des mots simples mais aussi avec ceux qui reviennent le plus chez leurs parents/dans leurs lectures, voire dans leurs cours ou parmi les copains / leurs frères et soeurs aînés. Ils peuvent employer certains de ces mots sans bien les comprendre, avec un sens approximatif qui ne tombe pas loin - ou carrément à contresens.

Un autre :
- Quand ils ont un mot ou une expression qui marche, ils n'en varient pas. (Bon, ça c'est valable aussi de nous les adultes, bien souvent.) "C'est trop bon !" pas besoin d'un "délicieux" ou "succulent", pas besoin de varier les verbes ou d'entrer dans le détail du goût.


Et désolée si ce n'est pas le bon endroit...
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MessagePosté le: 09/06/2015 12:29:20    Sujet du message: Publicité

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Yaka
Plume de Garuda


Inscrit le: 13 Mar 2015
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MessagePosté le: 09/06/2015 14:31:47    Sujet du message: Idées et préjugés à propos des enfants Répondre en citant

Rédaction de mon fils, il fallait continuer l'histoire sur le modèle du conte traditionnel.



A quelques mètres du chalet, aveuglé par la neige, il tomba dans un grand trou. Le trou était si profond qu'il serait certainement mort s'il n'y avait pas une petite fée qui l'avait sauvé... Il la remercia, la fée lui répondit que c'était tout à fait normale car c'était l'élu. Il s'intrigua :
"L'élu ? Quel élu ? C'est quoi cette histoire ?
- Suis moi."
Le garçon ne savait pas quoi faire : il devait chercher du bois ! Mais comme la petite fée s'impatiantait, il décidé de la suivre. A un moment, ils s'arrêtèrent dans l'unique chemin qu'il y avait et un passage secret s'ouvrit.
Derrière ce passage ce trouvait un petit village de fées qui l'accueillit chaleureusement. Il était splendide, des maisons miniatures, des meubles miniatures et même une forêt miniature !
La petite fée anonça :
"Ça, c'est mon village que tu devras sauver car tu es l'élu."
Il continuèrent leur chemin et là, ils virent quelque chose de moins joli : une vielle cabane où habitait... Une sorcière !
La petite fée donna une épée au jeune homme (qui avait la "trouille"), mais il pris son courage à deux mains et attaqua la sorcière. Il s'en suivit un combat héroïque et il finit par vaincre la sorcière (qui était endormie) et revint triomphant au village. Toutes les fées sautaient de joie : il venait de sauver leur village ! La petite fée qui l'avait guidé lui dit :
"Tu as le droit à trois souhaits.
- Je ne voudrais que deux souhaits : le premier, j'aimerais avoir du bois et pouvoir retourner chez moi et le deuxième, je veux devenir écrivains !"
Les deux souhaits furent exaucés, il s'excusa du retard qu'il avait eu et quelques années plus tard, il devint un célèbre écrivain du nom de Charles Perrault.



((Avec une petite note : la conclusion c'était pour faire plaisir au prof de français !))
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tobermory
Administrateur


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MessagePosté le: 09/06/2015 15:39:12    Sujet du message: Idées et préjugés à propos des enfants Répondre en citant

Sujet extrêmement intéressant intéressant, Yaka, je ne manquerai pas d'y mettre mon grain de sel. Pour le texte de ton fils, un point important : quel âge et quelle classe ?
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Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles mais uniquement par manque d’émerveillement (G. K. Chesterton)


Dernière édition par tobermory le 09/06/2015 17:56:32; édité 1 fois
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Yaka
Plume de Garuda


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MessagePosté le: 09/06/2015 17:10:05    Sujet du message: Idées et préjugés à propos des enfants Répondre en citant

11 ans 6ème. Very Happy
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tobermory
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MessagePosté le: 11/06/2015 08:34:39    Sujet du message: Idées et préjugés à propos des enfants Répondre en citant

Le texte de ton fils est très mignon, peut-être un peu trop sage et cohérent ( horrible jugement d’adulte Mr. Green ) Il me fait l’effet d’une imagination déjà un peu bridée et formatée par l’enseignement du français. Pour la fin, tu as bien fait de préciser : j’aurais lu ce texte au jph, j’aurais dit que ce type de chute fait beaucoup plus adulte qu’enfant. Le qui avait la "trouille m’a fait sourire. Il m'a rappelé qu' un de mes condisciples, dans une rédaction de 5ème avait eu cette formule : « J’eus la trouille alors », qui avait bien fait rire le prof en raison du passé simple et de la construction recherchée à côté du terme trivial.

Le narrateur enfant, c’est très tentant parce que l’enfant, surtout le jeune enfant nous apparaît comme radicalement « autre », un peu comme les aliens chers à la SF, avec ses façons de parler et de penser particulières, sa logique différente, ses frontières entre réel et imaginaire différentes. Il est un peu semblable à ce que peuvent être chez les adultes les grands névrosés, paranoïaques etc.

Ensuite, comment écrire un texte d’enfant ? Quoi qu’on fasse, ce sera de toute façon vu à travers notre prisme d’adulte. Au jph, j’ai écrit plusieurs fois des textes avec narrateur enfant, mais davantage le pensé-enfant que le parlé ou l’écrit-enfant, et surtout venant d’enfants très jeunes. Je ne sais pas si mes idées sur la question sont des préjugés, mais voilà les principes que j’observe, plus ou moins consciemment, car j'écris ces textes plutôt "à l'instinct" : prendre le contrepied de tout ce que j’ai appris en matière d’écriture, utiliser un vocabulaire très simple, faire des répétitions, élider le « ne » dans les négations, faire des raisonnements tordus mais ayant leur logique propre, reprendre des formules réellement entendues dans la bouche d’un enfant. Et aussi faire des fautes dans l’interprétation des mots entendus et bien sûr chercher le pittoresque et la drôlerie. Bref, scénariser la vision de l’enfant.
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Yaka
Plume de Garuda


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MessagePosté le: 11/06/2015 09:13:05    Sujet du message: Idées et préjugés à propos des enfants Répondre en citant

Citation:
utiliser un vocabulaire très simple, faire des répétitions, élider le « ne » dans les négations, faire des raisonnements tordus mais ayant leur logique propre, reprendre des formules réellement entendues dans la bouche d’un enfant. Et aussi faire des fautes dans l’interprétation des mots entendus et bien sûr chercher le pittoresque et la drôlerie. Bref, scénariser la vision de l’enfant.


J'aime beaucoup. Smile Ca me paraît effectivement être une très bonne base du parler enfant !

Pour la rédaction de mon fils, elle intervient après l'étude de nombreux contes et avec un "guide d'écriture" (les quatre temps du conte), donc effectivement c'est déjà bien formaté. D'ailleurs les remarques du professeur étaient surtout liées à l'orthographe et à.. la familiarité des termes et constructions de phrases. Wink

J'ai deux autres textes sous la main, écrits par le même et par sa petite soeur (CM1.. Wink ), formatés par un autre biais : leurs lectures. Ils se plongent dans l'univers d'une saga, la Guerre des Clans, mettant en scène des clans de chats. Ils ont fait... tout pareil, à leur façon.

Je ne sais pas s'ils arriveraient à écrire sans format en fait, les guides sont importants au départ pour la majorité des enfants, s'en écarter vient ensuite s'ils persistent. Bien sûr il y a forcément aussi des enfants à la "fibre artistique" plus prononcée, qui ont une créativité naturelle en eux, ou qui osent, tout simplement (je l'ai toujours vu chez Riri). Mais tenter comme ça d'écrire en ne partant que de soi est assez intimidant à la base pour ceux qui ne sont pas particulièrement tirés par cette fibre qui demande à s'exprimer.

J'allais dire que parler est plus facile, et ça l'est, mais quand je pense aux jeux inventés par mes enfants, ce sont des répétitions de leurs livres, des jeux informatiques, des dessins animés, parfois de la vie quotidienne également (ma plus jeune joue à l'ado avec ses copines). En tout cas ça colle beaucoup à ce qu'ils connaissent, ce qui est naturel également. Les inventions plus personnelles sont vraiment rares.


Enfin sinon j'ai peu vu de narrateur vraiment enfant dans un livre. Ou alors c'était des narrateurs "vieillis" par la vie et l'adversité, le démarrage d'un grand récit initiatique. L'enfance arrachée par les événements.
Là où j'ai relevé avec admiration des passages sur des enfants, c'est lorsqu'ils interviennent plus en tant que personnages secondaires travaillés, qu'ils sont un grain de sel dans les rouages avec leur logique et leurs demandes parfois irritantes. Contrairement à des motivations telles que "mon enfant est mon moteur" ou "je veux protéger mes petits" où l'auteur n'a pas vraiment besoin de faire vivre l'enfant, pouvant se contenter de trois mots dans un dialogue, les enfants perturbateurs et exigeants - avec toute leur complexité et simplicité d'êtres immatures - peuvent à mon sens vraiment apporter un plus à une histoire. Bien sûr ça dépend de l'histoire ! Mais tous ces bouquins où les enfants ne sont que des éléments de la biographie du personnage, simple ligne parmi d'autres et presque interchangeable avec autre chose, perdent en épaisseur.
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tobermory
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MessagePosté le: 12/06/2015 10:07:08    Sujet du message: Idées et préjugés à propos des enfants Répondre en citant

En effet si la rédaction de ton fils intervenait dans le cadre d'une étude du conte traditionnel, il ne disposait pas d'une grande marge d manœuvre. C'est vrai qu'en littérature, on n'a guère de modèles de narrateurs enfants. Dans la littérature jeunesse on trouve beaucoup de narrateurs ados, mais vraiment enfants, beaucoup moins.
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SirMK
Plume de Phoenix


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MessagePosté le: 24/06/2015 18:19:01    Sujet du message: Idées et préjugés à propos des enfants Répondre en citant

Si je devais juger par rapport à ce que j'ai vu des productions d'enfants standards (c'est à dire d'enfants qui n'ont pas le pied dans l'écriture) globalement voici les traits de rédaction :
- phrase à rallonge avec des "mais", "et puis", "en fait", "alors", et omission de ponctuation
- vocabulaire très parlé, quitte à mettre des "eh bien en fait" : ça va comme ça vient
- au niveau des actions, une progression directe, peu précise, concise
- les erreurs de conjugaison : "Hier, je sors dehors", classique.

Globalement, ça répond à une consigne, à un objectif, et ils veulent absolument y arriver en allant vite : ça enchaîne rapidement, et le flot de la pensée fonctionne avec le flot de la parole. C'est comme s'ils parlaient à la feuille.
Et on oublie pas les confusions orthographiques.

Mais si on écrit "comme un enfant", avec tout ce que ça implique, c'est littérairement plat. Et, venant d'un adulte, ça fait très insultant je trouve.

Concernant la narration d'enfant, je pense qu'il ne faut pas soi-même se mettre en-dessous, du style "j'en sais moins, je parle moins bien" mais, comme le dit Tober, et comme je l'ai dit juste là, aller dans une concision. Au plus simple, surtout en terme de vocabulaire.
Parfois, les enfants surprennent avec des formules qu'on ne soupçonnerait pas. J'ai eu un enfant qui m'a sorti "de ce fait" de façon ultra correcte ! Mais autour d'un vocabulaire direct : "Il me tape, de ce fait j'ai réagi quoi !"

Sinon, quand je lis un texte dans lequel un enfant est narrateur, j'attends une forme de spontanéité, mais pas d'innocence ou de candeur. Je veux vraiment avoir ce dialogue, parfois avec une certaine timidité ou, au contraire, un certain aplomb. Pas un adulte en miniature, ou quelqu'un qui parle mal, juste un être qui a ses centres d'intérêts très précis, bien définis, et qui a une certaine promptitude. Un côté "cash", pour être plus familier.
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Yaka
Plume de Garuda


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MessagePosté le: 25/06/2015 08:42:08    Sujet du message: Idées et préjugés à propos des enfants Répondre en citant

SirMK : Lorsque j'ai vu des personnages enfants dans des livres, du moins ceux que j'ai trouvés vraiment bien faits, c'était autour de dialogues et d'actions. Les enfants agissent avec leur logique oui, qui peut être très poussée mais qui généralement fait l'impasse sur certaines considérations "responsables", "raisonnables", "prudentes"... Mr. Green

C'est dans le dialogue que je trouve vraiment intéressant de travailler le "parler enfant". Comme tu le dis, et comme je l'ai remarqué plus d'une fois aussi, on trouve parfois au détour d'une phrase une expression très adulte, soit un peu à côté de la plaque, soit à contre-sens (sens compris à l'inverse), soit très bien employée : ils s'essayent aux mots, voient ce qu'ils peuvent s'approprier. Certains enfants le font très, très tôt même parfois ! Parmi mes filles j'en ai une qui a commencé tôt, et de manière adéquate. L'autre plus tard, et généralement à côté de la plaque les premières fois. Au final, toutes deux apprennent, chacune à leur manière (l'une plus dans la perception, l'autre dans l'expérimentation). J'adore ces processus. Smile

En tout cas ils ne font pas toujours non plus la différence entre ce qui est familier et ce qui ne l'est pas. Ils ne font que les différences... qu'on leur montre. Les personnages gravitant autour de l'enfant ont forcément un impact sur son langage, tout autant que les occasions qu'ils ont de raconter. Les enfants à qui on demande le silence ou que l'on ne fait simplement pas parler sont souvent "en retard" pour ce qui est de l'expression orale autant qu'écrite. Développer un récit est pour eux compliqué. Ils vont avoir tendance soit à tout dire, dans la succession exhaustive des événements - en s'y perdant parfois tellement c'est long et trébuchant -, soit à sauter à la conclusion sans nous permettre de savoir de quoi ils parlent vraiment.

J'aime bien ton terme de promptitude. C'est vrai que ça sort comme ça sort.

"mais" "et puis" "en fait" "alors" oui Smile et souvent il y a une vedette, l'une de ces formules qui revient encore et encore et encore dans un même texte. Pendant 2 mois l'enfant aura bien du mal à éviter de truffer ses écrits de "mais" toutes les deux phrases, puis il passera à "alors". Le pire.. c'est qu'on fait un peu pareil, à plus petite échelle. Du moins moi. Rolling Eyes Je me bats contre les "notamment". Mr. Green
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Khéops
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MessagePosté le: 25/06/2015 13:30:46    Sujet du message: Idées et préjugés à propos des enfants Répondre en citant

Je suis assez d'accord avec vous deux, reproduire strictement le langage "enfant" dans un texte serait idiot et inintéressant. On est dans le domaine de la littérature et il faut y rester, du coup je pense qu'il ne faut pas faire "vrai" mais "vraisemblable" en restant dans un juste milieu qui reproduirait la spontanéité et la fraicheur d'un langage qui se veut celui d'un enfant. Et s'il y a certaines expressions un peu plus recherchées, ne pas se focaliser dessus mais se dire que c'est cet enfant-là, en tant que personnage de roman particulier, qui parle comme ça. A partir du moment où son langage colle avec ses actions, sa description et sa façon d'être, ce sera crédible et ça marchera auprès des lecteurs. On dit "le mieux est l'ennemi du bien", je crois que cela se vérifie tout à fait dans ce domaine !
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Yunette
Plume de Phoenix


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Messages: 1 437

MessagePosté le: 25/06/2015 17:55:31    Sujet du message: Idées et préjugés à propos des enfants Répondre en citant

Personnellement, j'adore "écrire comme un enfant", je ne sais pas si je fais réaliste, mais je m'amuse.
Exemple :
"Mon papa il me raconte que mon papy il a fait la guerre. Celle qu’était contre les allemands, qu’était après celle qu’était la dernière des ders. Mon papy il a pas tapé les bouches : il était avec, même que c’est un fait chaud. J’ai pas tout compris, mais papa il avait l’air de dire que c’était pas très bien. Les bouches, c’est les allemands. Ceux qu’étaient méchants et qui faisait brûler des gens après les avoir lavés dedans les douches. Comme ça, ils sentaient pas mauvais quand ils brûlaient. Il raconte plein de trucs comme ça pas très gentils sur papy."

ou encore :

"J’ai tout ce qui me plait, maman achète des choses que je n’ai même pas le temps de lui demander. Elle est trop forte, maman. J’ai tout, sauf un papa à la maison. Mais c’est parce que mon papa il est explorateur du monde. C’est pour ça qu’il n’est jamais là. Je sais qu’un jour il viendra me chercher pour que je sois aventurière du fond des océans avec lui et qu’on trouvera des trésors que personne ne sait qu’ils sont dans le fond de l’eau."

ou, par exemple, une biographie, contée façon "j'utilise les mots du petit pour parler de lui"

Gamin de six ans environ, un peu plus désormais. Une dent en moins, la deuxième branlante. Il zozote, sur les "je" surtout.
Le regard sombre et le sourire facile. Tête pleine d'orages et d'éclaircies. Le chiard.
Un tambour en bandoulière, une épée de bois à la ceinture, mieux planquée, une dague au manche racorni par les flammes. On distingue sous le noir les pierres qui y sont restées incrustées.
Autour du cou, d'un lien de cuir maintenue, on observe ce qui fut jadis une boucle d'oreille d'or à perle noire. Funeste pendentif sans éclat.
Une besace qui contient ce qui reste de sa vie. Des courriers, une boite à mèche blonde, cocottes en papier pour apprendre la Ristotélisme. Quelques écus. C'est tout.
Hormis ce qu'il garde précieusement dans son esprit. Souvenirs et mensonges. Des flammes, un trou qu'il a mis longtemps à comprendre. Maman.

Il s'appelle Galaad von Frayner. Et il a cinq amoureuses. Depuis peu.
D'abord, Spada, sa numéro un. Parce que Spada, c'est Spada. C'est tout, c'est comme ça, c'est avec elle qu'il se mariera plus tard même si elle sera fripée et que ça fait pleurer Zisla. Zisla, c'est sa numéro cinq, mais on va d'abord parler de la numéro deux.
En deux, donc, c'est Flore, Flore, elle est jolie, presqu'autant que Spada, c'est dire, et gentiiiiille ! Mais faut pas qu'elle s'énerve. Enfin, pas de risque pour lui. Il est sage. Flore, avant d'être la Procuratrice de la Provence, elle était CaMée. (commissaire aux mines)
La troisième, c'est Délia, mais plein de gens l'appellent Doch. Elle est jolie aussi, mais elle a les cheveux moins foncés. Et pis gentille aussi et pis elle est intelligente, comme les autres... Non, mais, Galaad avec une pas intelligente, c'est pas possible.
La quatrième, c'est celle qui a mis bas. Farwen qu'elle s'appelle. Elle lui donne du lait à la Fafa... c'est trop bon ! C'est comme souvent les grands grands ils ne veulent pas lui donner du vin alors que tout le monde il sait que c'est ce qu'il y a de meilleur pour la santé mais les grands grands ils sont bizarres, et bien elle, Farwen, elle lui fait du lait. Et le lait à la Fafa, c'est pas le lait qu'elle donne à son bébé hein ! Non, le lait, c'est celui qu'elle fait chauffer auquel elle rajoute du miel et des épices de toutes sortes et... une tombée de l'alcool, pour le goût.
En cinquième, comme le petit doigt, c'est pas une grande grande adulte qui sera vieille dans dix ans et qu'il voudra se marier. Non. C'est une toute petite qui s'appelle Zisla, avec un Zé. Elle a une petite tête toute blonde et elle est encore plus gentille que gentille. Elle a quatre ans. Elle lui a offert une mèche de cheveux pour pas qu'elle tombe dedans le fond de sa tête, dans son oubli. Galaad, il la protège.

Pis dans le monde du mioche, il n'y a pas que des amoureuses. Non.
Il y a Benquoi, son copain rencontré sur les routes. Benquoi, dès qu'on parle mal à Galaad, il serre les poings et il s'énerve. Et le môme, il aime ça. Parce que ça veut dire qu'il a comme un papa, mais un papa à qui faut pas couper les bizoux de la famille. Parce que ce papa qu'est pas son papa, il est gentil. Et surtout, c'est son copain. A lui.
Et puis, aussi, le Popa Yu. Le Popa Yu, c'était un copain de sa maman et de son Papé, mais son Papé on en parle après. Il est curé, le Popa, c'est lui qui a tout appris la Ristote et les Cristaux au petit qu'il faut pas dire qu'il est petit. Et oui, il savait pas tout seul, faut apprendre. Et le zus de poires. C'est le truc qui va avec les poires qui font vivre. Il a tout compris !

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Plume de Phoenix


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MessagePosté le: 26/06/2015 22:22:26    Sujet du message: Idées et préjugés à propos des enfants Répondre en citant

Un bon exemple de parler enfant : Le Petit Nicolas.
Ca a vieilli dans certaines tournures, mais ça reste culte et très bon.
Après, j'ai été ravi étant enfant, mais culturellement l'école qui y est décrite est passée depuis longtemps, déjà vieillotte quand j'étais minot il y a 14 ans. Donc en ne se basant que sur ça, on resterait sur un enfant typé, voire stéréotypé.
En tout cas, pour le style, et la façon dont c'est traité, Le Petit Nicolas permet de puiser quelques touches, quelques principes.
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MessagePosté le: 28/10/2015 10:34:33    Sujet du message: Idées et préjugés à propos des enfants Répondre en citant

J’écris des textes destinés aux ados dont les héros sont des ados. Onze ans dans le premier, puis entre 14 et 16 ensuite pour écrire des dialogues corrects. Souvent le narrateur est le héros ou l’héroïne, j’alterne d'un texte à l'autre. Je fais l’impasse sur quelques bricoles, le premier terme de la négation par exemple, mais pas systématiquement. Le lecteur doit reconnaître la différence entre le langage parlé et celui écrit.

Intervenant dans des écoles, des bibliothèques et des instituts, je constate une nette différence entre le langage dans la cour de récréation, les dialogues entre élèves qu’ils pratiquent couramment avec celui qu’ils tiennent devant moi. Ils utilisent un vocabulaire plus élaboré et, parfois, vont jusqu’à s’excuser si un mot trop familier leur échappe.

J’essaye de mettre dans la bouche des ados ce qu’ils sont capables de prononcer (suivant l’EDB) et, souvent je suis surpris. N’oublions pas : les enfants sont des mimes ! Ils utilisent ce qu’ils lisent et ce qu’ils entendent, chez eux ou ailleurs. D’où le conseil des pédopsychiatres de ne pas parler Bébé, même aux tout petits et faire des phrases pour s'adresser à eux.
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Messages: 34

MessagePosté le: 28/10/2015 11:47:53    Sujet du message: Idées et préjugés à propos des enfants Répondre en citant

Pour moi, quand j'écris, ce qui permet vraiment de déterminer la tranche d'âge d'un personnage sont ses idées (à propos de tout, surtout des sujets non abordés par d'autres tranches d'âge). Il est vrai que la maîtrise et l'utilisation rentrent en compte, mais je dirais que ça se fait globalement. À l'inverse des adultes — qui ont leurs tics et habitudes bien ancrés —, je trouve qu'il vaut mieux rendre globalement le texte enfantin, plutôt que de s'attarder sur certains détails "qui font que...".
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MessagePosté le: 03/12/2016 01:18:18    Sujet du message: Idées et préjugés à propos des enfants

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