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Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    A vos plumes ! Index du Forum -> Jeux de plumes -> Archives -> Archives 2015 -> Jeu n°214 Le jeu du commérage
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tobermory
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MessagePosté le: 02/11/2015 19:11:59    Sujet du message: Les textes Répondre en citant

Commères Anonnymes.

Soudain, face aux visages curieux qui la dévisageaient avec gourmandise, tout en bouches et dents daliesques, le genre de spectacle qui terrorise les nouveau-nés, elle dut résister à une envie folle de fuir. Bob la devança en posant une main experte sur son épaule et d’une brève pression censée soulager son inquiétude lui fit comprendre que tout allait bien se passer.

− Assieds-toi, Léa. La séance va commencer.

Deux jours plus tôt, elle avait accepté de participer à une réunion ouverte des Commères Anonymes, une association qui venait au secours des commères impulsives et se flattait d’en faire en douze étapes des tombeaux hindous. À condition, bien sûr, qu’elles soient assidues : « si tu veux aller bien, viens en réunion ; si tu veux continuer à aller bien, reviens en réunion ».

La femme qui occupait sur sa droite le siège voisin lui toucha le bras. Son mari l’avait prévenue, ils sont très tactiles chez Commères Anonymes. « La réunion, c’est ma piqûre de rappel », dit-elle.

Bob réclama le silence, évitant à Léa de penser à une réponse appropriée. Spontanément, les participants se mirent en cercle autour de lui et, main dans la main, entonnèrent le mantra qui signait le début de toutes les assemblées, ouvertes ou fermées.

« Nous avons admis que nous étions impuissants devant le commérage, que nous avions perdu la maîtrise de notre vie. Nous avons avoué à Dieu, à nous-mêmes et à un autre être humain la nature exacte de nos torts. »

Bob enchaîna, dominant de sa voix forte le bruit des chaises qui raclaient le sol.

− Je vous présente Léa ou plutôt, elle va se présenter elle-même. Léa ?

Elle se leva en tentant de se souvenir des quelques mots d’introduction qu’elle avait préparés sur le conseil de son mari.

− Euh... Bonjour, je m’appelle Léa et... je suis très heureuse d’être ici parmi vous pour...

Bob la coupa.

− Non, Léa, tu n’es pas heureuse, tu es impuissante devant le commérage et tu as perdu la maîtrise de ta vie.

Tous les membres hochèrent gravement la tête. Le diagnostic de Bob était infaillible.

− Dis-nous tout, Léa, c’est quoi ton problème ?

L’assistance retint son souffle pour ne rien manquer de la confession, encourageant la prévenue du regard.

− Je suis concierge dans un immeuble haussmannien. Tous des bourges, des gens pleins de fric et toujours à courir partout. Je m’occupe du courrier, des clés, j’en sais plus sur eux que Google. Parfois, ils me font des confidences. Mais ça ne me suffit plus. Je veux tout apprendre, qui couche avec qui, combien ils gagnent, bref, je me suis surprise dernièrement à ouvrir leurs lettres et gérer leur vie. La petite du troisième, par exemple, une fille adorable, j’intercepte les lettres de son ami, un abruti de première. Le notaire du sixième, un homme à femmes, j’en ai touché un mot à la sienne. Le fisc, je n’arrête pas de leur téléphoner. Je suis une vipère.

Elle fondit en larmes. Bob étouffa d’un geste auguste l’envie des membres de la consoler. Le mal devait sortir, quoi qu’il en coûtât. Un bras, celui de la piqûre de rappel, tenta de la rassurer.

− Moi, je tourne sept fois ma langue dans ma bouche avant de parler. Ça aide, surtout dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Je te montrerai.

Bob décida d’écourter la réunion, enveloppa Léa sous son aile d’albatros et l’entraîna à l’écart.

− La première fois, on pleure toujours. L’émotion, la prise de conscience de son addiction, du tort fait aux autres, du chemin à parcourir... Euh, je me disais, pour le fisc...

Le pouvoir des mots.

Paris, 1920, soirée mondaine.
Les mots sont des armes tranchantes, quand on sait comment les manipuler. Et Lydia excelle dans ce domaine. Elle porte la coupe de champagne à ses lèvres et vrille son regard sur les personnes présentes ce soir. Qui sera sa prochaine cible?
Au début, Lydia s'était contenté d'observer. C'était amusant de chercher à voir si derrière le masque que ces gens superficiels s'amusent à porter, il y a seulement encore quelque chose de vrai. De découvrir les fausses notes, les petits détails qui ne trompent pas.
Ce qu'elle préférait, c'était s'inventer des histoires, amplifier de simples soupçons en secrets honteux. Et un jour, en surprenant malgré elle, une discussion fort intéressante entre le PDG d'une grande boite et la femme de son principal concurrent, Lydia s'était rendue compte que tout ce qu'elle s'imaginait n'était pas forcément fictif. Ce qui n'était qu'un jeu devint une traque et elle ne s'imposa aucune limite. Des tromperies aux affaires crapuleuses derrière les caisses d'hommes de pouvoir, rien ne l'arrêtait. Tous les moyens lui étaient bons pour en savoir plus.
A force de trop creuser elle découvrit des choses qu'elle aurait préféré ignorer sur son entourage. Les déviances de ses amis, les sales manies du patron de son mari et bien sur les infidélités de ce dernier. Oh, elle s'en était toujours doutée mais y être confrontée l'avait secouée. En femme bafouée, c'est son orgueil qui a parlé.
Ce qu'elle se surprit, alors, à adorer c'est la façon dont elle peut tirer parti de la situation. En répandant le mot au cours d'une discussion, en laissant une lettre avertissant que leur réputation est en danger ou en confrontant directement ses proies pour voir, au delà de la peur, la surprise dans leurs yeux. Elle aime le sentiment de pouvoir que cela lui confère. Elle peut faire tomber n'importe qui, détruire une vie en un claquement de doigt. Si les femmes ne sont, aux yeux du monde, que des bonniches sans cervelle, elle endosse à la perfection le costume. Mais son mari avait appris durement à ne pas se fier aux apparences. Elle est la reine de son monde. Des coulisses, elle les manipule tous.
Lydia sourit en apercevant au fond de la salle, la jeune femme qui partage depuis maintenant deux mois les étreintes du même homme qu'elle. Elle sourit en concoctant sa vengeance. Elle se délecte d'avance des larmes qui feront traîner le mascara de ses yeux de biches à ses joues empourprées de fards. Cette petite arriviste qui ne sait rien du monde cruel dans lequel elle vient de s'embarquer. Elle sourit d'autant plus en voyant le regard sévère que son mari pose sur elle. Elle sourit à la lueur d'amour qu'elle voit briller pour la première fois dans les yeux de l'homme qui lui a passé la bague au doigt.
Si elle est très forte pour utiliser les informations qu'elle obtient, Lydia l'est encore plus lorsqu'elle se permet de manipuler la vérité et que les motifs de ses actes deviennent plus personnels. Gracieusement, et cachée derrière l'image de l'épouse parfaite, elle se lève et rejoint l'homme qui partage sa vie. Il discute avec des collègues et s'arme lui aussi d'un sourire faux en la voyant arrivée. Elle s'accroche à son bras, se plaque langoureusement contre lui et bénit ses talons aiguilles qui lui permettent d'arriver sans difficulté à lui susurrer à l'oreille:
-Tu trouves que c'est bien de tromper sa femme enceinte?
Et s'en aller en savourant l'effet que sa bombe à créer chez l'homme qu'elle aime.

La bête.

Cela se passait jadis, dans un pays lointain où la médisance n’existait pas encore.
Jusqu’au jour où un homme se mit à haïr son voisin. Il trouvait sa maison plus belle, sa femme plus jolie, son chien plus affectueux. Bref, il était jaloux et ce sentiment pourrissait sa vie. Il aurait aimé que les pires malheurs s’abattent sur ce voisin, mais au contraire, la chance ne cessait de lui sourire.
Notre jaloux commença par multiplier les tracasseries procédurières, invoquant des empiètements supposés sur la limite de propriété, branches qui dépassaient, tapage nocturne. Hélas, chaque fois c’était à lui que le juge donnait tort. Il se torturait les méninges à la recherche d’une solution lorsque le Diable, toujours prêt à soutenir les gens mal intentionnés, lui apparut et dit :
-Tu veux nuire à ton voisin ? Facile : raconte qu’il a commis quelque infamie.
-Impossible, il n’a aucun défaut, c’est bien ça qui est décourageant.
-Qu’importe, invente qu’il bat sa femme et ses enfants, qu’il martyrise son chien, qu’il a bâti sa maison avec de l’argent volé, qu’il a commis un meurtre autrefois, que sais-je encore.
-Et je vais aller crier ça sur la place du village ? Personne ne me croira, je me couvrirai de ridicule et de crachats, si même je ne me fais pas bastonner.
-Crier devant la foule, certes non. Il faut chuchoter, murmurer à toute petite voix dans l’oreille d’une connaissance en précisant bien «Chut, c’est un secret, je ne devrais même pas te le dire. Surtout le répète à personne ! »
-Mais alors personne ne le saura…
-Au contraire, formulé ainsi, ce sera la plus magnifique incitation à répéter. Ta confidence colportée de l’un à l’autre, fera naître une bestiole minuscule mais hideuse. Rampant de bouches en oreilles, elle grossira, nourrie de la parole de chacun. Elle deviendra dragon hérissé de griffes, de dents, de dards, et crachant un acide plus perfide que le vitriol.
-Et cette bête attaquera mon voisin ?
-Et comment ! Crois-moi, elle le détruira de toutes les façons possibles.
L’homme fit comme lui avait conseillé le diable et bientôt il eut la joie de constater qu’on parlait de ce monstre qui parcourait le monde, plus imposant et plus terrible de jour en jour. Ce qui n’avait été au début qu’un souffle exhalé d’une bouche grondait maintenant en ouragan de ragots.
L’homme l’imaginait déjà, revenant de son périple autour de la terre, haut comme une tour et se ruant sur le voisin honni.
Mais un jour, ce fut dans l’oreille d’un magicien que le commérage tomba. Tandis que la bête grattait le sol, impatiente de continuer son chemin, le magicien l’immobilisa grâce à une formule consacrée et lui demanda :
-Bête, d’où viens-tu, qui es ton maître ?
La bête répondit
-Je suis venue avec l’homme qui t’a confié le secret
-Mais avant lui, il y en avait un autre, et encore un autre avant ?
Alors la bête raconta son voyage et cita tous ceux qui l’un après l’autre avaient été ses maîtres. Enfin elle en arriva au premier, celui grâce à qui elle avait vu le jour, cet homme si avide de nuire à son voisin.
-Eh bien dit le magicien, celui-là est ton vrai maître; tu dois revenir vers lui.
Puis il prononça une autre formule et la bête repartit comme un bon chien impatient de retrouver son maître.
L’homme, apercevant la bête à l’horizon, commença par se réjouir. Mais quand il comprit qu’elle se précipitait vers lui et non vers le voisin, il mourut d’épouvante.
Un commérage est toujours dangereux. Quand ce n’est pour celui qu’il vise, c’est pour celui qui l’a lancé.

L’annonce.

On a d’abord évoqué un bon gros bébé. Un garçon de quatre kilos.

Puis on a dit qu’on avait mal compris, qu’il devait s’agir de jumeaux ; qu’un seul enfant n’aurait pas pu lui donner un ventre aussi gigantesque.

On a surenchéri ; pourquoi avoir menti sur le nombre s’il n’y en avait que deux ? Pourquoi pas trois, quatre ou même cinq ? La mère était-elle en danger ? L’absence de journalistes excluait tout nombre extravagant. Et si le ventre abritait en réalité un coussin, un leurre. Qui avait vu l’échographie ? Pas Edouard, en tout cas. Mais, au fait, pourquoi Edouard aurait-il dû voir quoi que ce soit ? Et qui c’était, cet Edouard, au final ? Et s’il s’agissait plutôt d’une fille, disaient les uns ou d’un hermaphrodite disaient des autres. Qui avait évoqué au départ l’idée d’un garçon ? Certains imaginaient bien une petite rousse. Impossible, ni Eric ni Véronique n’étaient roux. Mais peut-être des branches méconnues de leurs arbres généalogiques étaient-elles contaminées par la peste orange… Et s’il était question d’un monstre, d’un être qu’on avait intérêt de noyer dans les bruits et les conjectures. Et si, et si, et si… En était-on vraiment encore au stade des hypothèses ? L’accouchement n’avait-il pas déjà eu lieu ? Etait-on sûr de ne pas avoir vu ressortir un lit, un bac, quoi que ce soit qui ait pu contenir une masse, un corps ?

On a dit et redit tant de choses qu’à la fin, on ne savait plus ce qu’on était venu voir. Au chevet de qui était-on ? Était-ce Véronique qui accouchait ou sa sœur ? Et pourquoi pas sa mère ? Elle n’était pas ménopausée ? Un traitement hormonal donnait souvent lieu à des naissances multiples, cela aurait expliqué la taille du ventre. Enorme à ce qu’on disait. Ça au moins, tout le monde semblait d’accord. Mais qui étaient exactement ces « on », ce « tout le monde ». Personne n’en savait rien. Et pourtant ils semblaient intarissables, ces anonymes cachés dans l’ombre.

Puis, quelqu’un, enfin, était venu rompre le silence et casser toutes les incertitudes qui allaient avec. C’était un garçon et il pesait quatre kilos. Ça valait bien la peine d’avoir fait tout un foin. À moins que…

Otorragie.

Ce jour-là, Erselie Létu arrive avec des boules de coton dans les oreilles. Elle a toujours sa choucroute permanentée sur la tête, mais son teint déjà artificiel est encore plus figé qu’à l’accoutumée. Elle traverse l’open space d’un air pincé en tripotant nerveusement une mèche de cheveux. Elle s’assied à son bureau sans mot dire – ce qui n’arrive jamais. La voir ainsi mal à l’aise éclaire un peu ma journée.

Et pourtant, la matinée a mal commencé. Au petit déjeuner, Jacky m’a demandé sans malice si ma robe n’était pas un peu étroite. Il a dit ça sans méchanceté, une simple constatation, ce qui est encore pire. Du coup, je n’ai avalé qu’un café avant de déguerpir et mon estomac gargouille à présent sur un mode revanchard. Et quand je suis dans cet état, mieux vaut ne pas me parler. D’ailleurs, ça doit être écrit sur mon front, personne ne m’a adressé la parole depuis que je suis au boulot.

Je jette un dernier coup d’œil à Erselie, toujours silencieuse, une première pour cette langue de vipère. Il me semble qu’un des cotons qui obstrue son oreille est légèrement rosé. Dans le box voisin, Melle Phyllis de la Compta, comme elle se nomme elle-même avec un désespoir flagrant de particule, regarde également l’infortunée Erselie et chuchote quelque chose à Jacqueline, sa voisine. Celle-ci éclate de rire, un rire suraigu qui se transforme rapidement en un cri de douleur. Le cri devient hurlement, et tout le monde se lève pour voir une Jacqueline agitée de soubresauts, les mains plaquées sur les oreilles. Sa douleur doit être à la hauteur de ses glapissements car, soudain, j’aperçois du sang qui coule entre ses doigts pourtant serrés. La méchanceté de sa voisine lui est littéralement sortie par les esgourdes.

À la vue du sang, Phyllis de la Con (car c’est ainsi que tous les autres l’appellent) tourne de l’œil et s’écroule mélodramatiquement sur la moquette. Deux ou trois personnes accourent. Sous l’effet de la chute, sa jupe toujours courte est remontée, et Jean-Pascal, le coursier, reste hypnotisé par sa (très) petite et transparente culotte d’un rouge de lanterne. À ses côtés, Marco, son acolyte de toujours au rôle indéterminé dans la société, lui murmure quelques mots d’un air goguenard. Jean-Pascal esquisse un sourire obscène, puis plaque aussitôt ses mains contre ses oreilles. Le sang se répand sur son blouson ; il réprime ses cris à grands coups de mâle attitude mais ses gémissements ne sont guère virils. Marco l’observe sans trop savoir que penser, enfin une chose qui ne sort pas de l’ordinaire.

Tranquillement installée à son bureau, Erselie Létu applique sur ses lèvres une troisième couche d’un rouge flamboyant. Pour un peu, elle donnerait bien son avis sur la question à sa plus proche collègue mais elle craint, à cause du coton qui l’empêche d’entendre sa propre voix, de ne pouvoir chuchoter. Elle se contente de hausser les épaules quand une nouvelle malheureuse pousse à son tour un cri déchirant. J’en viens à me demander si Erselie n’est pas contagieuse.

Quant à moi, j’échappe à cette otorragie médisante puisque personne ne me parle. Je ne regrette pas ma robe un peu étriquée et le manque de tact de Jacky. Pourtant, au dîner, celui-ci se penche vers moi d’un air conspirateur et susurre :
— Tu ne devineras jamais ce que notre abruti de voisin a fait…

Autour de la machine à café.

Dix heures, on faisait cercle autour de la machine à café, un ou deux représentants de chaque service. Tout autant pour siroter une boisson chaude que pour écouter Lydie, fieffée bavarde, déballer les derniers potins de l'entreprise. Son bureau situé au rez de chaussée lui offrait un excellent poste de surveillance des entrées et sorties. Sa tournée de distribution du courrier lui permettait de circuler dans toute la maison, œil et oreilles aux aguets. Elle ne rechignait pas non plus à nous faire bénéficier d'informations glanées à l'extérieur.
On n'y croyait pas vraiment aux cancans de Lydie, on la traitait en douce d'affabulatrice, de mauvaise langue, voire de bécasse– elle n’avait pas inventé l’électricité, pour sûr – mais on ne résistait pas au plaisir de la voir fanfaronner, alternant mines de conspiratrice, sourires goguenards et soupirs indignés !
– Dites, Dulac, de la compta, il porte une perruque ! Le vent a failli la lui emporter ce matin, je l’ai surpris en train de la remettre en place quand il a franchi le porche.
On se gaussait de la moumoute à Dulac !
– J’en ai une bonne : la grande Alice du pool informatique, soi-disant en arrêt maladie depuis quinze jours, ben elle est pas plus flagada que moi. Elle poussait son caddie chez Auchan hier, pomponnée et coiffée de frais. Si c'est pas honteux !
Chacun rapportait la nouvelle dans son service où elle était diversement commentée.
– La meilleure ! Le PDG et sa secrétaire, je vous jure qu'ils couchent... Vous en connaissez beaucoup des patrons qui raccompagnent leur personnel en voiture ? Tout de même, une belle fille de vingt-cinq ans, mariée en plus, et ce vieux décati chauve et bedonnant..."
On s'exclamait, réclamait d'autres indices :
– Sa garde-robe de top-modèle, tiens, c’est pas avec son salaire qu'elle peut se les payer !
Le scoop gravissait les étages, discrètement mais sûrement. Les histoires de coucheries font toujours recette.
Les choses se gâtèrent pourtant lorsque Lydie s'en prit à un brave garçon un peu timide, toujours prêt à donner un coup de main pour débrouiller un dossier difficile, et déversa ses propos nauséabonds.
— C'est grave, cette fois. Marc Pons : célibataire à quarante ans, c'était déjà louche. Mais voilà plusieurs fois que je l'aperçois le samedi dans les couloirs de l'hosto quand je vais voir ma grand-mère. Et vous avez remarqué comme il a maigri ces derniers temps. Le gars file un mauvais coton. Homo, passe encore, mais s'il a le sida, faut qu'on fasse gaffe. Motus, hein, rien avant que j'aie des preuves !
Elle ne comprit pas pourquoi ce jour-là, il n'y eut ni rires, ni commentaires, juste le silence puis un grand vide soudain autour d’elle. Ni pourquoi chaque fois qu’elle enfourchait désormais on dada– Marc Pons et sa saleté de sida – quelqu’un relançait la conversation sur un autre sujet.
Prenaient naissance dans l’ombre des mails, des SMS, d’autres potins dont la commère ne tarda pas à subir les effets. Elle verdit lorsque le service de sécurité vint fouiller son bureau et extirpa de l'armoire aux fournitures une bouteille de whisky à demi vide. Elle eut beau clamer son innocence, elle eut droit à de sévères remontrances et échappa de peu au licenciement. Elle ne comprit le retour du bâton qu’en découvrant, scotchée à la doublure de son manteau, une feuille blanche portant en gros caractères : "ATTENTION. COMMERAGES. DANGER."
_________________
Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles mais uniquement par manque d’émerveillement (G. K. Chesterton)
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MessagePosté le: 02/11/2015 19:11:59    Sujet du message: Publicité

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