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Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    A vos plumes ! Index du Forum -> Jeux de plumes -> Archives -> Archives 2015 -> Jeu 216 : le jeu de l'invité inattendu
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tobermory
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MessagePosté le: 30/11/2015 18:52:06    Sujet du message: Les textes Répondre en citant

Gardons l’espoir

Julie admirait la décoration de sa table pour la énième fois. Noël était la période de l’année qu’elle préférait et elle était excitée comme une puce.
Ce soir ils seront onze, le cousin Christophe ayant une fois de plus été largué. D’ailleurs, il ne manquait plus que lui. Tante Simone et Parrain prenaient déjà l’apéritif, il faut dire qu’ils avaient pas mal contribué à l’élaboration du repas festif. Quand Julie invita les autres membres de la famille à en faire autant, ils s’exécutèrent sans se faire prier. C’était un joyeux brouhaha, tout le monde était content de se retrouver pour cette fête de fin d’année. Chacun oubliait ses petits soucis quotidiens, les bons moments étant de plus en plus rares de nos jours, d’après une citation de Tante Simone. Une de ses nièces, Nicole, approuva vigoureusement et ajouta même que la vie n’était pas toujours rose, qu’il était difficile de vivre dans ce monde sans humanité.
L’apéro s’éternisa plus d’une heure et toujours pas de nouvelles de Christophe. Personne ne s’inquiéta outre mesure, le manque de ponctualité étant son principal défaut. Les cadeaux étaient déjà disposés autour du sapin joliment enguirlandé, mais comme la coutume l’imposait, ils devront attendre minuit pour les ouvrir.
Ils s’apprêtèrent enfin à passer à table quand la sonnette de la porte d’entrée se fit entendre.
Julie ouvrit la porte et Christophe fit son apparition avec une jolie femme blonde accrochée à son bras.
- Je vous présente Pandie, on s’est rencontré hier au salon des curiosités et je ne voulais pas la laisser seule ce soir.
Julie afficha un sourire forcé et fit entrer les nouveaux arrivants. Elle ajouta un couvert et elle ne fut pas la seule à observer cette invitée mystère. Pandie était jolie et souriante, son visage respirait la gentillesse. Elle tenait dans sa main une boite qui avait l’air très ancienne. Sûrement un cadeau pensa Julie qui n’osa pas la débarrasser de cet objet encombrant.
Le malaise se dissipa rapidement et le repas se passa sans aucun accroc, inondé d’éclats de rire et sans penser à tous les maux de la terre.
A minuit pétante tout le monde se rua sur les cadeaux, chacun trouva son bonheur, un des cousins chantait petit papa Noël à tue-tête, la joie était à son comble.
- Tiens chéri ! c’est pour toi, dit Pandi d’une petite voix en tendant sa boite à Christophe.
Etonné, Christophe chercha une ouverture dans cet objet sculpté quand un petit neveu demanda :
- C’est ton vrai nom Pandi ?
- Non, je m’appelle Pandore.
- N’ouvre pas cette boite malheureux s’écria Tante Simone, tout espoir risquerait de s’envoler et que serait la vie sans espoir ?
Interloqués ils virent tous Tante Simone empoigner Pandore et la jeter dans la rue…..

Le Marquis

Le Marquis surnommé « Altesse » par la population des clodos de Paris, ne se souvenait plus de son véritable nom. Les innombrables bouteilles de Bordeaux et de Sauternes, qui avaient au fil des années cédé la place à des cubis de gros rouge, avaient gommé de sa mémoire son titre et sa particule. Sa famille avait tout fait pour ralentir et stopper cette descente aux enfers. Cette entreprise vouée à l’échec avait découragée même les plus entreprenants qui avaient peu à peu abandonné l’affaire. Aujourd’hui quelques-uns de ses neveux, dans un complet anonymat, essayaient de temps en temps de localiser son abri du moment et de lui apporter un peu d’aide.
Son compagnon de beuverie, Jeannot, attendait sagement son tour dans la longue file qui piétinait devant le local de la Croix Rouge. Apercevant son pote il agita les bras pour attirer son attention : « Hé, ton Altesse, on réveillonne ce soir, amène ton litre. On fait la fête.
- Avec plaisir cher ami ; De charmants inconnus m’ont apporté un colis.
- Y a quoi dedans ? Déconne pas, montre !
Mais avec un aristocratique reste de dignité, l’ancien Marquis tourna les talons et se dirigea d’un pas déjà titubant vers le pont de Grenelle, sous lequel les deux compères vivaient en ce moment. Ils s’étaient aménagé un palais de cartons et vieux matelas. Un terrible gardien, en la personne d’un malinois aux crocs extrêmement dissuasifs, veillait sur leur propriété. Il avait été sciemment abandonné à proximité par les neveux altruistes qui craignaient à juste titre pour la vie de l’oncle sdf. Le soir venu, ces messieurs s’attablèrent devant un tabouret en formica sur lequel ils déballèrent leur festin : Saumon fumé, cuisse de canard, fromage de chèvre et bûche au chocolat. Leurs yeux pétillaient et leurs papilles gustatives étaient en émoi tandis que le plat mijotait sur le petit réchaud à accole. La première bouteille de Cahors les incita à entonner un chant sacré sur un ton assez désacralisant mais le cœur y était. Quand minuit sonna la troisième bouteille était en fin de vie mais ils furent assez lucides pour entendre les sourds grondements de leur gardien : un garçon et une fille en Loden, bien propres, bien blancs et dûment mandatés par la section étudiante du secours catholique, se tenaient gauchement devant eux : « Nous venons partager la veillée de Noël et fêter la naissance du Christ en frères.
- Dehors ! Veuillez nous laisser réveillonner en paix ! Monsieur Jeannot est ma seule famille.
- Bin, ton Altesse, y sont déjà dehors ! Mais t’as raison, tirez-vous les gars. Vrai que chui ton frère ?
Les deux jeunes, tout en veillant à maintenir une certaine distance entre eux et le malinois, insistèrent. Ils avaient promis de faire une BA la nuit de Noël ; c’était plus compliqué que prévu !
-Nous ne voulons pas vous déranger, seulement bavarder et partager la joie et le message de paix de l’Emmanuel.
Jeannot écarta un tas de chiffons et dégagea une place à côté du chien. S’ils parlèrent un peu de Jésus, les missionnaires en herbe découvrirent la douce chaleur que peut produire une bonne bouteille de rouge, puis deux, quand on est obligé de vivre en plein air l’hiver. Incapables de rentrer chez eux, ils passèrent la nuit de Noël sous le pont de Grenelle partageant le matelas, la tiédeur et les puces du chien.
Les neveux ayant fait un passage éclair à proximité de l’antre de leur oncle, purent rassurer la famille.
L’irréductible sdf avait réveillonné avec des jeunes gens fort convenables.

Cadeau surprise

D’abord je m’étais dit que jamais un Noël n’avait été aussi nul, aussi pourri !
Papa a acheté une nouvelle voiture. « N’est-ce pas un cadeau merveilleux pour toute la famille ? » a-t-il lancé d’un ton provocateur. Ça c’est son avis bien sûr, parce qu’il n’a consulté personne. C’est lui qui a décidé que ce serait notre cadeau de Noël. Moi, la voiture je m’en fiche. Je suis toujours malade dedans. La vieille Citroën faisait l’affaire. Maman pense comme moi. On aurait préféré aller au ski comme les autres années. J’aurais retrouvé mon copain Joël et on se serait bien amusés. Tandis que là…
Pour me consoler maman m’a promis de préparer le meilleur des réveillons. Elle aussi ne comprenait rien ! Ce que j’aurais aimé c’est un bon gros Big mag avec plein de ketchup, pour me faire oublier le reste.

24 décembre au soir.

J’avais passé l’après-midi à zapper toutes les chaines de la télé et j’étais plus que morose.
Mon père était tout émoustillé. Il n’arrêtait pas de tripoter les clés de sa nouvelle voiture. Il fallait qu’il patiente après le réveillon, c’était la coutume. Ça, entre nous, c’était bien fait pour sa poire !
Ma mère s’efforçait de faire bonne figure. Il faut reconnaitre qu’elle s’était surpassée. La déco était magnifique. Le sapin trônait dans un coin du salon. A son pied une affiche géante entourée d’un gros ruban rouge reproduisait le modèle de la voiture. Elle me donnait la nausée ! J’avais envie de vomir rien que de la voir.
On s’était tous mis sur notre trente et un. C’en était risible, vu qu’on n’avait pas d’invité ! Quoique je préférais ne pas avoir à subir l’œil critique de tante Jeanne et les blagues nulles de l’oncle Charles.
J’étais en train d’écraser avec ma fourchette le contenu de mon assiette pour en faire une bouillie infâme quand j’entendis un petit miaulement à la porte, et qui devint de plus en plus insistant.
Sans rien demander à personne je me suis précité pour ouvrir, trop content de rompre cette atmosphère sinistre. Devinez qui était là devant moi ? Notre chatte, plus exactement Skippy notre chatte disparue, pleurée depuis six mois. Elle était là devant moi avec deux chatons. Quel bonheur !
Je n’ai pas eu le temps de la prendre dans les bras qu’elle avait déjà filé vers le canapé suivie de sa progéniture sous le regard éberlué de mes parents.
Je pense qu’elle devait avoir très faim parce qu’elle n’a pas tardé à sauter sur la table et à s’attaquer au saumon pendant que ses petits tiraient sur la nappe en essayant de grimper dessus.
Mon père était fou de rage :
- Mais d’où ils sortent, ces chats ?
- Tu ne reconnais pas Skippy, dit ma mère en caressant le dos de la minette sans s’offusquer de sa présence sur la table.
- Mais d’où elle sort ? On était bien tranquille depuis qu’elle était perdue marmonna mon père d’un ton hargneux.
-Toi tu étais tranquille, mais pas le petit. Tu sais combien il y était attaché et moi aussi d’ailleurs.
- Mais on ne va pas garder ça, s’énerva mon père en montrant de la main les chatons qui commençaient déjà à décrocher les guirlandes du sapin et à déchiqueter la superbe affiche de la voiture.
Maman tendit les clés de la voiture à papa. « Tiens, va donc essayer ta voiture. On s’occupe du reste. »

Skippy a retrouvé sa place dans son panier. Maman ne s’est pas laissée faire, on a gardé les deux chatons. Moi, j’ai fait un effort, je n’ai pas vomi dans la superbe auto de mon père ! Finalement le Noël n’a pas été si nul.

La tache lie de vin

Chez Rose Verdier, on dégustait les toasts au foie gras lorsqu’aux dix battements de la vieille horloge succédèrent trois coups frappés à la porte. Les convives sursautèrent et échangèrent des regards étonnés, voire inquiets. Le plus proche voisin résidait à deux kilomètres. Qui pouvait venir troubler cette soirée du 24 décembre ? « Le père Noël », s’écria le petit Loïc, provoquant l’hilarité de son père, Louis, qui, déjà bien éméché, descendit son verre de blanc et lança : « Vu qu’on attend personne, y a qu’à faire la sourde oreille ». Anne, son épouse, le fusilla du regard. Trois nouveaux toc résonnèrent. Anne se dirigea vers l’entrée, rejointe par son frère André, qui emprunta au passage la canne de sa mère. La porte s’ouvrit sur un homme de grande taille, un sac de plastique à la main, qui murmura : « Bonjour, je crève de froid ! » et avança résolument dans la pièce sans que le frère ou la sœur ne s’y oppose. La lumière vive de la salle à manger mit en évidence sa silhouette étique, son pantalon de velours élimé et son pull délavé, sa barbe de plusieurs jours et sa tignasse emmêlée. Curieusement, personne ne trouva rien à dire, à part le jeune Noam, qui chuchota : « Mince de Père Noël, un clodo ! »
Curieusement aussi, Anne et André restaient figés face à l’inconnu, comme obnubilés par son visage émacié et ses yeux bleu acier. Anne lui prit soudain le bras droit et releva la manche du pull : à la vue de la grosse tache lie de vin, au pli du coude, elle et son frère poussèrent le même cri : « Fred !» Rose, leur mère, clopina jusqu’au visiteur et le serra dans ses bras, en larmes : « Je le savais que mon grand reviendrait ! »
Il n’y eut pas d’autres effusions. On installa Fred à table, on lui servit sa part de foie gras qu’on le regarda engloutir sans un mot. Les mêmes réflexions couraient dans tous les esprits : ainsi, il était de retour, l’aîné, l’incontrôlable, « le suppôt de Satan » que le père excédé avait fini par jeter dehors. L’oncle voyageur dont les enfants avaient vaguement entendu parler, qui avait envoyé deux cartes postales du Chili disant qu’il allait bien. Puis plus rien pendant quinze années au point que l’on s’était fait une raison, qu’on le pensait disparu à jamais, en paix, pour se sentir soi-même en paix.
Aux St Jacques, Louis, n’y tenant plus, rompit le silence :
– Bien que pièce rapportée dans la famille, je te souhaite la bienvenue, beau-frère. Bois un coup de champ’. Et raconte, bon dieu : t’étais passé où tout ce temps ?
— Un verre de rouge fera l’affaire. Oh, rien de très glorieux. J’ai cru faire fortune mais il m’est resté juste de quoi regagner l’Europe, et en bateau... »
Avec la dinde vint le récit des affaires qu’il avait tenté de monter sans succès. Comme on servait la bûche, il lâcha sa bombe : « J’ai fait le mort parce que j’avais trop honte. Je viens de passer cinq ans en prison en Italie. Mais j’ai changé, je veux repartir du bon pied si... »
Sa mère le coupa. « Bien sûr que tu vas reprendre ta place à la maison. Mon Dieu, quel beau cadeau de Noël vous m’avez fait ! »
Tout était oublié, même le père mort de chagrin. La famille était réunie. On chanta Il est né le divin enfant devant la crèche avant d’aller au lit. « Tu t’en souviens, mon Fred ! » larmoya la mère
.***
Au chaud sous la couette, le fils prodigue contempla avec satisfaction la tache lie de vin qui ornait son avant-bras et se félicita pour ses talents de maquilleur tout en se promettant de demeurer très prudent.

L’esprit de Noël

En galère, larguée par mon mec, quasi SDF, j’avais accepté de suivre cet homme, un bon samaritain qui m’avait proposé de réveillonner chez lui, avec sa famille. Une fois sur place, je constatai que sa famille, c’était ses deux frères, des quinquas bedonnants comme lui. Il y avait aussi deux jeunes femmes, des paumées dans mon genre, parachutées là de la même façon.
Les trois hommes se révélèrent vite très lourds. Ils débitaient en continu des blagues grasses et nous lançaient, à nous les filles, des allusions égrillardes accompagnées de gestes de plus en plus hardis à mesure qu’ils vidaient les bouteilles. Il n’y avait pas de doute sur leurs intentions. Désireuse de ne surtout pas encourager ces tristes sires, je ne réagissais pas, concentrée sur mon assiette. Il faut dire que le repas était somptueux. Ces types devaient être pleins aux as.
Chaque fois qu’ils levaient leur verre, en plus du traditionnel « A votre santé ! » ils ajoutaient « Et bien sûr, à la sienne ! » ou « Et une pensée pour Elle ! », « A notre chère Hortense ! ». Et de se taper sur les cuisses avec force rires, comme si c’était une plaisanterie tordante.
Qui donc était cette Hortense ?
Le trio venait de porter un nouveau toast ricanant lorsqu’on entendit le bruit d’une porte qui s’ouvre, puis celui d’un pas trainant. Le silence glaça la pièce. Une silhouette se tenait dans l’entrée du salon. Des vêtements en loques, trempés, de long cheveux décolorés, un visage blafard troué de deux yeux vides, une bouche sans lèvres, ouverte sur un sourire de cadavre. Mon cerveau bloquait toute pensée ; de la tête aux pieds, ma peau n’était que frisson et mon corps un séisme de niveau 7. Les trois frères semblaient encore plus terrifiés que moi. L’un d’eux parvint à éructer:
-Elle !
Et un autre :
-Hortense !
Le troisième, simplement :
-Noooon !
L’apparition s’avança vers la table dans un maelstrom de puanteur, saisit une bouteille et envoya une lampée dans le trou béant de sa bouche, d’où sortit une voix caverneuse :
-Vous permettez ? Depuis le temps que je ne bois que de l’eau ! C’est vous qui m’avez mis à ce régime…
Les trois hommes balbutièrent en même temps :
-C’est pas moi, c’est eux deux !
-C’est toi qui a eu l’idée !
-C’est toi qui l’a poussée !
-C’est lui qui a tenu sa tête sous l’eau !
Et ainsi de suite, d’où il ressortait que le trio avait noyé la tante pour toucher l’héritage.
Maintenant, ils restaient prostrés, hébétés autant de terreur que d’alcool. Les deux autres filles avaient réussi à s’extirper de leurs sièges et prendre la fuite. Moi, je m’étais un peu calmée. Quelle que puisse être cette morte vivante, après tout, ce n’était pas à moi qu’elle en voulait.
Erreur, voilà qu’elle se dirigeait vers moi. Mais avant que j’aie émis un cri, elle arracha la peau de son visage, ou plutôt enleva le masque qui le recouvrait, dévoilant la figure très avenante d’un jeune homme.
Pouah ! Soupira-t-il, se trimballer avec des loques infectes et de la barbaque avariée pour jouer les noyées ! Je file prendre une douche et me changer.
De retour, il s’expliqua : voisin des trois frères il avait un jour surpris une conversation dont il avait déduit le crime. C’était pour les faire avouer qu’il avait monté cette mise en scène. Il avait tout enregistré sur son portable et le confierait à la police.
Il ajouta :
-Navré d’avoir gâché votre réveillon. En échange, je vous invite pour celui de la ST Sylvestre.
Allons, je n’avais peut-être pas eu tort de m’embarquer dans cette histoire.

Mon patron

Et la sonnette retentit. Les adolescents ne lèvent même pas la tête de leurs nouvelles tablettes tandis que les jumelles de cinq ans, qui ont enfin réussi à coincer le chat à proximité du sapin de Noël, hurlent de joie à la pensée de capturer l’animal. Peine perdue ! Dans un bond incroyable si on le rapporte à sa taille, le félin se jette sur l’arbre qu’il a en ligne de mire. Le végétal possédé entame une danse de Saint-Guy avant de s’affaler sur la table basse dans un mélange de guirlandes et de protestations de femmes. Quelqu’un aboie.
− Va ouvrir, fais quelque chose !
Ma belle-sœur me devance. La porte s’ouvre, une voix forte que je reconnais tout de suite claironne.
− Je ne vous dérange pas ?
Non, pas du tout. Comme dans le Titanic, l’orchestre joue pendant que le bateau coule. J’enjambe la mer de papier d’emballage cadeau qui me sépare du visiteur qui s’explique.
− Pierre a oublié son portable au bureau, je me suis dit qu’avec un week-end de trois jours, il me saurait gré de le lui apporter.
Ma belle-sœur s’écarte, je le remercie, fallait pas, un soir de réveillon, vraiment, trop aimable.
− Vous... vous prendrez bien un verre ?
Le fâcheux accepte. Je le guide vers le salon.
− Ne faites pas attention au désordre, c’est Noël.
On lui cherche une coupe, l’une des jumelles lui fourre dans la main un toast qu’elle a choisi elle-même, la cellule de crise s’organise. Il tente de dérider ma femme.
− Pierre, c’est quelqu’un. Capable, disponible, j’avoue que je suis un peu jaloux du temps qu’il passe avec vous.
Elle se force à sourire, mais le cœur n’y est pas. Elle susurre.
− Un soir comme aujourd’hui, je m’en voudrais de vous retenir. Votre famille doit vous manquer.
− Pas de famille, juste une maîtresse tyrannique, mon entreprise.
Il se met à parler de lui, d’elle, les regards de ma femme se font plus insistants. Je la suis à la cuisine. Sa voix est un murmure, mais l’ordre est clair.
− Fous-le dehors, un soir de réveillon, je rêve !
On le prive de boisson et de toasts, on ne relance plus la conversation, en vain. Soudain, le téléphone de ma belle-sœur sonne. Elle pâlit, sa voix blanche flanche.
− Ah mon Dieu !
C’est son père, crise cardiaque, elle doit partir. Tout le monde crie. Je rejoins ma femme dans la cuisine.
− Quelle soirée !
Elle fume.
− Un leurre, il fallait bien trouver quelque chose pour le désincruster puisque tu ne fais rien pour le mettre dehors.
− Tu veux dire que son père... Oh, toi !
Je repars au charbon, mon patron pérore, la médecine, ça le connaît. Il suggère un nom, Untel, le meilleur cardiologue de Paris. L’une des jumelles lui demande « c’est quand que tu t’en vas ? »
− Elle est trop mignonne.
Il se rend utile, rassemble les assiettes, débarrasse la table tout en dispensant ses précieux conseils.
− Du repos, pas de tabac, de l’exercice.
Un téléphone sonne, celui d’une autre belle-sœur.
− Ah mon Dieu !
Cette fois, c’est un cambriolage qui sert d’alibi. Désolés, on doit partir. Ils sortent et rejoignent la famille du cardiaque dans l’appentis, le temps de virer l’importun. Ne restent que ma femme, les enfants et moi. Troisième tercio, elle porte l’estocade.
− Vous devez avoir hâte de quitter ce chaos. Le bruit, les enfants, et cette tragédie, il faut que j’aille réconforter ma sœur.
− Je comprends. On va se débrouiller seuls, rassurez-vous.
Il avise une bouteille.
− Un cognac ?
Ma femme me jette un regard assassin, regroupe les enfants et quitte la pièce. Il m’adresse un clin d’oeil complice.
− Joyeux Noël, Pierre !
_________________
Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles mais uniquement par manque d’émerveillement (G. K. Chesterton)
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