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Les Textes

 
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tobermory
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MessagePosté le: 28/12/2015 22:40:47    Sujet du message: Les Textes Répondre en citant

Sylvestre, où es-tu ?

Cécile tartinait des tranches de pain de mie de tapenade, de foie gras et de rillettes de saumon. Le grand plat de service se remplissait peu à peu. La jeune femme jeta un œil sur la pendule. Elle avait le temps, les invités n'étaient pas attendus avant deux bonnes heures.
Franck et Cécile organisaient chaque année depuis dix ans le réveillon du jour de l'an. La tradition voyait revenir les amis de longue date avec lesquels ils passaient de bons moments. Cécile n'aurait pour rien au monde dérogé à ces préparatifs. Elle aimait cuisiner, s'investir dans cette tâche longue et minutieuse mais créative.
Elle récapitula mentalement ce qui était prêt et ce qu'il restait à faire et cria : "Franck ! L'apéro en est où ?"
— Bientôt prêt, chérie !"
Lorsqu'elle eut terminé les canapés, Cécile alla prendre sa douche. Elle aimait ce moment de détente où enfin elle pouvait s'occuper d'elle-même. Puis elle enfila la jolie robe fourreau rouge grenat que Franck lui avait offerte. Le décolleté mettait en valeur sa poitrine et la couleur chaude, sa chevelure noire. Un maquillage discret et une touche de parfum vinrent parfaire la tenue impeccable.
"Tu es magnifique, mon amour, lui dit Franck lorsqu'il la vit.
— Tu n'es pas mal toi non plus, lui répondit-elle en rajustant son nœud papillon et en déposant un baiser léger sur le bout de son nez."
Comme chaque année, tout était prêt à l'avance mais cela ne gênait pas le couple. Il patientait en écoutant du jazz, sirotant une coupe de champagne. Dans moins d'une demi-heure, les invités allaient arriver, s'échelonnant dans le temps, pour finir par Marc et sa nouvelle compagne.
"Madeline, c'est ça ? Je me demande comment elle est ! Pas coincée comme la dernière, j'espère !"
Cécile se mit à rire et avala une gorgée de champagne. À l'heure dite, elle courut à la fenêtre pour voir si la voiture de Pierre et Marie arrivait. La rue était déserte.
"C'est bizarre, ils ne sont jamais en retard !
— T'inquiète, ils ne vont pas tarder."
Mais le temps passa et personne ne sonna. Les autres couples ne semblaient pas plus pressés. Au bout d'une heure à tourner en rond, Cécile dit :
"Il leur est arrivé quelque chose !
— À tous à la fois ? Peu probable ! Je les appelle."
Mais les coups de téléphone ne donnèrent rien, personne ne répondait. Cécile marchait de long en large dans le salon, le front barré d'une profonde ride. Franck renouvela ses appels plusieurs fois, sans succès.
La voix de Cécile chevrota :
"Ils ont peut-être eu un accident."
Mais même les pompiers étaient aux abonnés absents. L'affolement rongeait le couple. Franck alluma la télévision. Un écran noir piqueté de points blancs apparut. Il changea de chaine sans obtenir rien d'autre que ce panorama de brouillard neigeux. C'est alors qu'il se rendit compte qu'un silence épais régnait dans tout l'appartement. Il voulut remettre le CD mais aucun son ne sortit de l'appareil.
Brusquement, la lumière s'éteignit, le moteur du réfrigérateur expira. Cécile poussa un cri et se blottit contre son mari. Ils restèrent ainsi un long moment dans le noir, laissant les minutes s'égrener dans le silence le plus complet. Franck réagit le premier. Il se dirigea vers la porte d'entrée et l'ouvrit, Cécile sur ses talons, agrippée à son bras.
Dehors, un ciel vitreux parsemé de nuages sombres surplombait la ville détruite, les rues défoncées, les arbres arrachés... Des ruines des immeubles, s'exhalaient les lambeaux fumants d'une haleine fétide de feu de fin du monde.

Zombis repetita

Soubz l'oppofite climat Babylonique, Grande fera de fang effufion[…](NosD.cent-LV 1555).
Jean-Kévin reposa le vieil elzévir un peu perplexe. Il se revoyait avec son oncle Azraël pasticher les sinistres personnages lithographiés et mimer les scènes apocalyptiques en répétant des formules incantatoires abscondes. Il se souvenait aussi que l’érudit lui avait intimé de se préparer au passage à l’an 2016 sans autres explications.

Soudain le vrombissement de son Smartphone l’arracha à ses souvenirs infantiles: c’était Nabilla.
- Allo! Y’a un truc bizarre qui se passe là, ils sont tous comme devenus complètent dingues!
La jeune femme avait profité de son shooting photo sur la côte dalmate pour donner un peu de sa bonté et de sa grâce dans un camp de migrants Yézidis et Turkmènes.

Apres un bref silence propre aux esprits préparés, Jean-Kévin eut ce trait.
- Les migrants ont mutés en zombis grégaires! Je te rejoins avec le professeur.

Bien que de disciplines scientifiques différentes les deux amis étaient toujours sur la brèche pour observer ici le ballet des méduses à Palavas-les-Flots ou là, la floraison des cerisiers au Japon.
A leur arrivée, le campement des Médecins sans frontières se réduisait à une vaste plaine dévastée, le matériel médical gisait et des exuvies de malades déambulaient approximativement. Venants et revenants s’agrégeaient en un funeste convoi livide, laissant dernière lui une trainée de détritus sanguinolents et pestilentiels.
Le professeur et Jean-Kévin avaient étudié abondamment les biomes aortiques mais ils n’avaient jamais rien vu de tel: Les Lemmings boréals leurs apparaissaient désormais bien inoffensifs!

- Professeur Z. Fukuzilla! S’éclaffa le jeune diplômé d’écologie fonctionnelle.
- Croyez vous que l’émission de corpuscules focalisés puissent activer leur résilience.
Le physicien émérite s’insurgea avec véhémence.
- Surtout pas mon ami! L’utilisation du rayon laser BX 4000 ne doit jamais s’appliquer dans le cas du principe de précaution, n’avez vous point assisté à mon symposium?
- Vous avez raison votre théorie syncrétise une fois de plus la sagesse populaire. Acquiesça le jeune confrère.
La matière grisâtre demeurait placide mais progressait inexorablement glissant sur son tapis de mucus telle une limace de potager outrepassant les barrages douaniers et faisant fi des lois de l’espace Schengen.
En retrait, une silhouette plus sombre et plus ferme se dressait de toute sa stature. C’était le Dr. Yehudah Ogmel de l’université de Tel Aviv bien connu pour avoir développé une méthode d’hybridation génomique haut débit expérimentale.
Le sang de Jean-Kevin ne fit qu’un tour.
- Ogmel! Vous aviez usurpé l’identité de mon oncle pour prendre sa place sur l’Exodus et ensuite sa chaire de biologiste, cette fois ci, vous n’échapperez pas à votre sélection naturelle!
Il ramassa une bague de vaccination souillée et la projeta sur le généticien hérétique, immédiatement sous l’action de l’inoculum les chairs se grisèrent et se zébrèrent de plaies buboniques.

- Allo! Non mais allo quoi! Pouffa Nabilla.
- Mais oui, c’est ça! Tu es géniale Nabilla, il faudrait pouvoir les envoyer par le fond, mais comment? S’interrogea Jean-Kevin Notredam.

Il se souvint alors de son oncle Azraël mimant Saint Sylvestre soigneur des pestiférés et répéta les anciennes formules incantatoires. Tels des lemmings boréals les cliniquement non humains plongèrent dans les eaux turquoises de l’adriatique et sombrèrent dans d’abscons borborygmes.

Bonne année !

Je marchais serein sans prêter attention aux remarques narquoises que mon accoutrement suscitait, une tenue simplifiée de Dark Vador avec casque, cape et sabre laser, mais sans la ceinture noire assortie ni le plastron multicolore que je laissais aux fans authentiques du noir personnage. La nuit de la Saint-Sylvestre, tout était permis y compris d’être ridicule.

J’ai longtemps craint le ridicule, le regard, la pensée, le discours des autres, ma femme me titillait là-dessus. « Lâche-toi un peu », me disait-elle sur la piste de danse ou au karaoké quand mon corps timide avait du mal à suivre son déhanchement. Plus maintenant. Je ne danse toujours pas ni ne chante, mais je n’évite plus les regards.

Je déambulais vers le square du Vert Galant qu’enjambe le pont Neuf, le plus vieux pont de Paris, où, malgré l’heure tardive, trois heures du matin, troublant le repos des sans-logis qui le squattaient, quelques fêtards s’attardaient. J’attendais patiemment qu’ils s’en aillent et que se montrent ceux pour qui je m’étais déguisé.

La sortie du Réveil de la Force me donnait l’occasion de passer inaperçu. Les rares militaires en maraude que je croisais, fusil d’assaut en bandoulière, m’inspectaient brièvement et finissaient par sourire. « Que la force soit avec vous ».

De la force, j’en avais acquis depuis notre agression au prix d’un apprentissage douloureux dans un dojo où j’avais été initié au kendo, le combat au sabre et au bâton. On m’en avait chassé un jour que j’avais lâché la bride à la violence qui me rongeait.

Quatre ans déjà qu’elle était morte dans ce square, violée puis étouffée sous mes yeux par une bande d’ultras décadents pour qui la vie d’une femme ne comptait pas. Ils m’avaient forcé à regarder jusqu’à la fin, puis laissé pour mort. Son dernier regard me hantait, je n’avais pas su la protéger. On fêtait son anniversaire, elle était née un premier janvier.

J’ai failli me faire surprendre. Soudain ils étaient là, goguenards, trois droogies à cagoule, à quelques mètres derrière moi. Ils devaient planquer sous les arches du pont, à l’affût. Je me retournai. Ils avancèrent avec une lenteur étudiée, comme s’ils voulaient prolonger un plaisir fugace. Le plus petit, celui qui laissait une batte de baseball osciller sous sa main à la façon d’un pendule, prit la parole. « Regardez qui va là, well, well, well... » Il s’approcha et du bout de sa batte tapota mon sabre. « J’ai toujours rêvé de posséder un sabre comme celui-là. Tu me le prêtes ? »

Il se saisit de l’extrémité du sabre et tira brusquement. La facilité avec laquelle la pièce de plastique céda, découvrant mon katana, le sidéra. Un simple étui. Sans un mot, je fis un pas oblique vers lui pour libérer mon bras qui fusa. Un mouvement vif et ample à la fois, mille fois répété, ponctué du sifflement de la lame. Pendant un bref instant, la tête tranchée resta en équilibre sur le corps avant qu’une giclée de sang ne l’expulse sur le sol où elle roula. Tétanisés, les deux comparses mirent du temps à réagir. J’en profitai pour éventrer le plus proche d’un coup d’estoc, un simple va-et-vient létal. Dans un réflexe de survie, le troisième détala. Mon bras gauche se détendit, projetant un kunaï dans le dos du fuyard. Il trébucha, atteint aux vertèbres, et se mit à ramper en gémissant.

Je pris le temps d’essuyer le katana sur le corps étêté avant de me diriger vers lui, impavide, sans haine ni passion. L’homme hurla devant la lame dressée. Bonne année, chérie !

La fête

J’avais prévu un programme parfait pour fêter le nouvel an : passer la soirée dans mon fauteuil club en compagnie de quelques huîtres et d’un spectacle du Moulin Rouge à la télévision.
C’était sans compter sur le reste de la tribu qui en avait décidé autrement. Les enfants ont commencé à me cajoler à grand renforts de : mon petit-papa-chéri, mon papa-préféré, qui c’est le plus chouette-papa-du-monde ? Pour en arriver à : On ne fait jamais rien, on invite jamais personne, tous les autres font des fêtes et pas nous !
Leur mère s’est mise de la partie, faisant remarquer que les deux pièces du rez-de-chaussée avec leurs immenses placards remplis de vaisselle pourraient être utilisées au moins une fois ! J’ai répondu ce que mes pères, grands-pères et arrière-grands-pères avaient toujours répondu à mes mères, grands-mères et arrière-grands-mères : Pas questions d’ouvrir car la lumière est nuisible aux deux tapisseries flamandes rapportées par je ne sais quel ancêtre de je ne sais où.
Mes aïeux étaient sûrement plus autoritaires que moi ou leurs enfants moins persuasifs car au bout de trois jours j’avais perdu la partie et je sentais que ma soirée Blue Bell ‘Girl m’échappait. Ils ont lancé des invitations, toutes ont été acceptées. Je ne me suis occupé de rien mais cela ne les a pas découragés.
Voici pourquoi je suis dans l’entrée, vêtu comme un pingouin, un sourire figé sur les lèvres. Je murmure à ma moitié qu’une soirée télé-huître m’aurait largement comblée mais sa réponse, composée d’énergiques coups de coudes, me dissuade de continuer.
Une heure après je suis bien obligé de reconnaître que je m’amuse bien. Je danse avec mes filles qui sont ravies ; je chante tous les génériques de mes dessins animés d’enfants avec mes amis et la nourriture est délicieuse.
Plein d’allégresse je me dirige vers la cave afin de jouer les sommeliers accomplis et je rate la première marche.
La douleur est fulgurante comme un coup de poignard, je perçois nettement le déchirement de mes ligaments et je m’évanoui sur la terre battue. J’ai juste eu le temps d’entendre un de mes enfants fermer la porte en expliquant qu’il y a un escalier dangereux.

C’est le froid qui me réveille, tout est noir. Le soupirail s’ouvre sur une petite cour isolée et n’envoie même pas un rayon de lune.
J’appelle, je crie, je hurle sans succès ; Aucune chance de me faire entendre au milieu des rires et de la musique ! Le sol est humide et je suis trempé mais ce liquide tiède sur ma figure est du sang, pourvu que cela n’attire pas quelques bestioles cannibales. Je sens quelque chose se promener sur mon bras…Un truc velu avec beaucoup de pattes, j’ai l’impression qu’ils sont plusieurs et je ne peux pas bouger. Je n’ai pas mon téléphone : Mais non, chéri, ça va déformer la poche de ton smoking… Soudain, un espoir ! Un chat inconnu s’introduit par le soupirail, son agilité montre que c’est un habitué du lieu. Il s’approche de moi et m’examine longtemps avant de grimper sur mon estomac ; il tourne trois fois sur lui-même et s’installe sur mon moelleux bedon pour une petite sieste. Il reste sourd à mes injonctions et mes menaces, beaucoup plus intéressé par les araignées. Il en attrape une qu’il mâchouille consciencieusement sous mon nez, m’infligeant un spectacle d’horreur. Sans quitter son poste, Il en mangera sept plus un vieux rat égaré.

Une fois le dernier invité parti, la maîtresse de maison, épuisée, se dit que sa moitié devait être devant ses folies bergères, au calme et elle l’envia.

La Saint-Sylvestre de la haine

Il était de bonne humeur Florent. Une riche idée qu’avait eue son père d’organiser un repas pour la racaille ce 31 décembre. En fait, il s’agissait d’une soupe copieuse, histoire de montrer que le Front local savait aussi bien pratiquer la solidarité que la maire socialiste qui mettait son tablier pour servir au secours populaire. D’ailleurs le jeune encarté se taillait un franc succès auprès de l’équipe en criant à tue tête : «Par ici la bonne soupe, garnie de morceaux de saucisse et d’oreilles de cochon ! « Depuis 18 h30, les SDF affluaient. Beaucoup repartaient, les yeux brillants avec leur bol de plastique fumant. D’autres, les bronzés, comme les appelait Florent, s’en allaient déçus, sans rien dire. La grosse bassine était presque vide lorsqu’un homme en anorak rouge délavé hésita, puis approcha et déclara : « C’est indigne, ce que vous faites ; c’est un manque de respect. » Il en avait du culot ce macaque, pour qui il se prenait à venir faire la morale ? Florent se préparait à sauter par- dessus la table mais son père l’arrêta : « Laisse, fils, s’il préfère crever la dalle c’est son problème et puis on a bien dû réussir à en piéger quelques-uns ! »
Vers 20 h, Florent, vêtu de son plus beau costume, sifflotant « C’est nous les gars de la Marine... » s’acheminait à grands pas vers la salle où il devait réveillonner avec sa bande de potes. L’alcool coulerait à flots, il y aurait quelques filles à culbuter, tout pour bien terminer l’année. Tout près d’une usine désaffectée, le long du mur, il aperçut deux silhouettes assises à terre, de part et d’autre d’une bougie allumée, enveloppées dans des couvertures. De l’une dépassait un morceau d’anorak rouge. Non, il ne se trompait pas. C’était bien le noiraud donneur de leçon. Il marcha gaillardement jusqu’au couple.
— Eh bien, à c’ que j’ vois M. et Mme qu’aiment pas l’ cochon ont pas hésité à frapper à toutes les portes pour s’offrir un réveillon : des cuisses de poulet rôti ? du pain de mie ? des clémentines et un gâteau ? Non mais je rêve, z’avez pas du foie gras et du champagne planqués quèq’ part ?
— Ce sont des cadeaux offerts par de braves gens » rétorqua l’homme.
— Dis plutôt que t’es un sacré voleur comme tous ceux de ta race. »
Florent s’amusait ferme à terroriser ces pauvres gens. Il approcha sa chaussure pour écraser le gâteau. L’homme lui décocha un coup de pied dans la cheville. Cette fois, c’est toute la colère rentrée depuis l’épisode de la soupe qui explosa. Coups de poing dans le visage, dans le torse, mais l’homme résistait, répliquait. Florent se saisit alors du gourdin toujours accroché à sa ceinture et frappa comme un forcené tandis que la femme hurlait. Quand sa victime ne fut plus qu’une plaie sanguinolente, il reprit sa route, soulagé et rejoignit ses comparses. Sa chemise et ses chaussures vernies tachées de sang lui valurent des questions. Il raconta sa soirée et fut acclamé comme le héros de la fête.
Ce qu’il n’avait pas remarqué, c’était la silhouette malingre qui l’avait suivi comme une ombre après son forfait, avait surveillé derrière la porte le bruit des bouteilles, le brouhaha des conversations et plaisanteries avinées. Quelqu’un ouvrit la fenêtre en bégayant : « Fais chaud là-dedans ! » L’adolescent enflamma son morceau de journal avec sa bougie et le jeta à l’intérieur de la pièce.
Le 1er janvier au matin, on retira quinze cadavres de la salle des fêtes. Aux urgences, Karim veillait sur son père qui avait repris connaissance.

Mains vertes

Le couple fonval – Régis et Agnès – la quarantaine fringante, avait fait fortune dans la spéculation boursière. Tous deux adoraient étaler leur richesse toute neuve et cette soirée de la ST Sylvestre avait couronné leur munificence en beauté. Leur argent avait scintillé dans les diamants noirs du caviar et l’ambre du vieux cognac. Mais c’était du règne végétal qu’ils tiraient leur plus grande fierté. Dans l’appartement, toute la verdure des fêtes de fin d’année provenait des Pépinières des Hespérides, autrement dit la grande classe. Le sapin en pot, racé jusqu’au bout des aiguilles semblait s’être tout juste ébroué des neiges nordiques. La boule de gui au plafond avait des airs de lustre Art nouveau, feuillage de bronze et ampoules d’opaline. Quant au bouquet de houx dans son panier, on devait effleurer du bout du doigt ses énormes feuilles dures et vernissées pour vérifier qu’il ne s’agissait pas d’une délicate composition de verre ou de céramique.
Et ce n’était pas tout. M. et Mme Fonval n’avaient pu s’empêcher de mener les invités jusqu’à leur chambre à coucher pour leur faire admirer deux des cadeaux de Noël qu’ils s’étaient respectivement offerts et qui trônaient sur les tables de chevet : pour Madame, une rose dénommée « Comtesse Bathory » sur les pétales de laquelle on se serait attendu à voir perler une goutte de sang ; pour son époux, un chêne bonsaï si noueux et si visiblement ancien qu’il vous ramenait au temps des druides. Pas de doute, aux Hespérides on avait la main verte. Des bruits couraient, sûrement suscités par la jalousie ou la concurrence. On parlait de magie, ou plus scientifiquement de manipulations génétiques extravagantes.

Après les embrassades sous le gui, on avait dansé dans une pénombre et une musique également langoureuses. Pour les Fonval c’était dans le luxe et la volupté que débutait l’an neuf. A un moment, un attroupement sidéré fit cercle autour du sapin. Le conifère, si vigoureux une heure auparavant n’était plus qu’une loque. Une chose s’agitait derrière ses aiguilles flapies. Des yeux blancs de noyé, de maigres doigts verdâtres. Le gui ! La boule de gui en manque d’éléments nutritifs, s’était laissée choir sur le sapin et l’avait phagocyté, avait pompé sa sève jusqu’à la dernière goutte. Cette liqueur inhabituelle avait dû ensorceler le parasite, qui brusquement se jeta sur l’assistance. Aux murmures d’incrédulité succédèrent des hurlements d’horreur. La boule démente sautait de l’un à l’autre, ses mains spatulées palpant les chairs révulsées, s’insinuant dans les décolletés, répandant partout l’ignominie blanchâtre de sa glu visqueuse. L’un des invités parvint à quitter la pièce et revint brandissant le chêne bonsaï qu’il agita au centre de la cohue effarée, puis jeta par la fenêtre sans égard pour sa valeur. Le monstre végétal gluant bondit et se précipita sur cette proie bien plus alléchante que les échantillons d’humanité dont il venait de tâter.

Ensuite ce fut la débandade, chacun se ruant vers sa voiture sans même remercier ses hôtes.

Régis et Agnès prostrés sur le canapé s’efforçaient de reprendre leurs esprits lorsqu’un bruit étrange troubla le silence. Une sorte de froissement, de battement d’ailes. Emergeant du clair obscur de la pièce, une grappe d’yeux rouges, comme ceux d’une lointaine meute de loups, apparut. Fouettant l’air, de larges pattes vertes, plates et griffues s’avançaient vers les visages atterrés du couple. Après le gui, c’était le houx qui attaquait.
_________________
Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles mais uniquement par manque d’émerveillement (G. K. Chesterton)
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MessagePosté le: 28/12/2015 22:40:47    Sujet du message: Publicité

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