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Côté rue, côté jardin

 
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Auteur Message
tobermory
Administrateur


Inscrit le: 06 Juin 2007
Messages: 6 923

MessagePosté le: 05/02/2016 19:08:57    Sujet du message: Côté rue, côté jardin Répondre en citant

Je suis un abribus, une bribe d’architecture, un brimborion, un bibelot sur l’étagère du trottoir, un havre, une aire précaire pour une population qui ne l’est pas moins. Un toit sommaire et pas même quatre murs. En face, les façades de pierre me font grise mine. Sauf celle de l’hôtel des voyageurs, dont cligne le néon flamboyant, œillade d’invite pour les passants et moqueuse pour moi, l’air de dire « Ici on passe la nuit au chaud, toi tu n’es que l’hôtel des courants d’air. »
Je suis voué à l’éphémère, un humble serviteur, qu’on ne remarque même plus. Je fais partie des meubles. D’ailleurs on me qualifie de « mobilier urbain », comme la poubelle ou l’édicule des toilettes. Pas très reluisant le compagnonnage.

Du moins je ne suis pas cachotier. Monsieur l’Hôtel-borgne-à-l’œil-clignotant, est-ce qu’on sait quelles turpitudes il cache derrière ses murs ? Moi, je joue la transparence, vitres, façade de plein vent et d’air pur. Sous mon plafond, on rit, on cause, on s’embrasse ou on s’engueule en toute franchise, au vu et au su de tous. Je les aime, mes modestes résidents d’un quart d’heure ou de quelques minutes tendues d’attente. Ceux qui n’ont pas les moyens du taxi ni l’arrogance de la voiture. Chômeurs, petits vieux, immigrés, écoliers. En plus d’un bout de toit et d’un banc spartiate, je leur offre un peu de rêve grâce aux affiches qui ornent mes flancs et qu’ils regardent comme l’écran d’un cinéma Drive in : belles dames, beaux messieurs, parfums insolents, lingerie affolante, tout un monde de luxe qui hantera leur âme et leurs sens tout à l’heure quand ils cahoteront dans le bus.

Les bus, j’en ai eu deux dans ma vie. Le premier était âgé, pas loin de la réforme. Ses amortisseurs geignaient, ses vitesses couinaient, sa tôle se gangrénait de rouille. Je l’aimais comme un grand père. J’ai gardé en mémoire la succession de bruits qui accompagnaient son arrivée, le cri des freins, le soupir asthmatique d’ouverture des portes, le ahanement poussif du redémarrage, parfois le rire enroué du Klaxon. Son moteur peinait davantage chaque fois. Un matin, il n’est pas passé. Les gens sont venus, ils ont maugréé et sont repartis. Il faut bien dire que sans perspective de bus, je ne les intéressais guère. Plusieurs matins de suite il en alla de même. Les gens protestaient de plus en plus fort, mais en vain.

Et puis un jour, le bus est revenu. Pas le grand-père, un nouveau, tout pimpant, habillé de couleurs à la mode, roulant et s’arrêtant dans une douceur charmeuse. Pour moi, ce fut le coup de foudre. Dans le chuchotis des portes, je devinais des mots tendres. J’étais un abribus selon son cœur, le seul qui comptait pour lui. Tout cela me monta à la tête et je tombai de haut lorsque j’appris que dans sa tournée il s’arrêtait devant une vingtaine de mes semblables, auxquels il tenait les même discours.

Je n’eus guère le temps de méditer sur son inconstance car ce fut peu après que des travaux éventrèrent route et trottoir et me culbutèrent sur un tas de gravats. Vitres crevées, montants tordus, toit et banc cabossés, je n’étais plus qu’une épave, qu’on livra au ferrailleur.
Un homme m’acheta, me retapa et m’installa dans sa propriété, comme abri de jardin. Là, je devins la coqueluche des enfants. Dans leurs jeux, j’étais tour à tour, pour mon plus grand bonheur, auto, train, château, navire, vaisseau spatial. Et même planète lointaine, ce à quoi je croyais presque lorsque la nuit m’unissait à son bouquet d’étoiles.
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Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles mais uniquement par manque d’émerveillement (G. K. Chesterton)
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MessagePosté le: 05/02/2016 19:08:57    Sujet du message: Publicité

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danielle
Plume de Simurgh


Inscrit le: 06 Juin 2007
Messages: 3 813

MessagePosté le: 08/02/2016 11:18:52    Sujet du message: Côté rue, côté jardin Répondre en citant

Mon N°2. Pour l'écriture, comme toujours savamment maîtrisée et la chute: belle reconversion pleine de poésie pour un abribus.
J'ai tiqué un peu sur :"Les bus, j’en ai eu deux dans ma vie et " "Et puis un jour, le bus est revenu" comme s'il n'en passait qu'un seul dans la journée. Mais là, je chipote...
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Donaco
Plume de Griffon


Inscrit le: 22 Oct 2015
Messages: 1 587

MessagePosté le: 08/02/2016 11:24:36    Sujet du message: Côté rue, côté jardin Répondre en citant

J'avoue que j'ai eu du mal à voter pour ces textes dont le sujet était "Je suis un Abribus". Les bons sentiments, le côté "pépère" nostalgique du vieil Abribus qui s'attendrit sur ses voyageurs de routine... ce n'est pas mon truc.

J'ai voté pour celui-ci principalement à cause du début... et de la fin. L'énumération première (première phrase donc) donne une élégance stylistique immédiate à cet écrit en plus de créér une certaine mélancolie. En effet, si cet Abribus est tout cela, c'est aussi qu'il n'est pas grand-chose et il traverse les époques et l'existence à l'image d'un vieil ancêtre dont la fin est proche.

Sur la fin, je n'ai pas du tout aimé cette phrase :" Un homme m’acheta, me retapa et m’installa dans sa propriété, comme abri de jardin." Le passé-simple, les verbes trop matérialistes, la forme narrative avec le Je... je n'ai pas trouvé cela très heureux. Ca détonne avec l'ensemble plutôt bien écrit.

Mais j'ai adoré cette dernière phrase : " Là, je devins la coqueluche des enfants. Dans leurs jeux, j’étais tour à tour, pour mon plus grand bonheur, auto, train, château, navire, vaisseau spatial. Et même planète lointaine, ce à quoi je croyais presque lorsque la nuit m’unissait à son bouquet d’étoiles."

Ce sont justement ces derniers mots qui m'ont fait voter pour le texte. L'onirisme rejoint un lyrisme très sobre et j'ai vraiment trouvé que ça donnait beaucoup de raffinement à "Côté rue, côté jardin". Comme quoi, il faut bien lire jusqu'au bout ! Smile


Dernière édition par Donaco le 08/02/2016 16:06:19; édité 1 fois
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Orcus
Plume de Kookaburra


Inscrit le: 05 Juin 2013
Messages: 909

MessagePosté le: 08/02/2016 16:03:33    Sujet du message: Côté rue, côté jardin Répondre en citant

De tous les textes qui racontent le quotidien d’un abribus, c’est le mieux troussé. Il doit beaucoup à ses première et dernière phrases qui lui donnent du souffle. Entre les deux, les thèmes universels − la rivalité (l’hôtel borgne), l’amitié (le bus grand-père), l’amour déçu (le jeune bus) − rendent cet abribus vivant et nous permettent d’entrer dans sa vie.
Certaines images sonores sont bien trouvées : « Dans le chuchotis des portes, je devinais des mots tendres ». Et la première phrase : « Je suis un abribus, une bribe d’architecture, un brimborion, un bibelot sur l’étagère du trottoir, un havre, une aire précaire pour une population qui ne l’est pas moins » est un bon exemple d’une figure de style, l’accumulation, bien utilisée. Le pauvre abribus dresse l’inventaire de toutes ces petites choses qui finissent pas compter. Comme disait Devos : « Une fois rien ... c'est rien. Deux fois rien ... c'est pas beaucoup ! Mais trois fois rien ! ... Pour trois fois rien on peut déjà acheter quelque chose ! ». Ici, c'est pareil : un abribus, c'est pas grand chose, mais ce n'est pas rien, et ce texte le dit bien.
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MessagePosté le: 03/12/2016 22:52:23    Sujet du message: Côté rue, côté jardin

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