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La page blanche

 
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Auteur Message
clara b.
Plume de Quetzal


Inscrit le: 23 Jan 2016
Messages: 22

MessagePosté le: 23/02/2016 18:34:53    Sujet du message: La page blanche Répondre en citant

La page blanche

J’avais survécu à l’enfer et je pensais atteindre le paradis en rentrant au pays. Mais cette terre désolée qui était mienne reflétait mes sentiments d’alors.
Comme une marionnette cassée qui contemplerait son théâtre en carton brûlé.

En arrivant, je vis la silhouette de ma femme à travers les draps qu'elle étendait en chantonnant. Elle était si fine, une rayure grise au milieu du blanc immaculé.
Rien n'avait changé depuis ma dernière permission: le jardin dévasté, la façade fissurée, les volets arrachés.
Je me dirigeai vers mon épouse, et tirai sur le drap qui me séparait d'elle. Tombée de rideau, un battement d'ailes. Je ne sais pas si ce fut de surprise ou d'effroi, mais à ma vue, elle recula. Il est vrai que moi, par contre, j'avais quelque peu changé. Elle me prit dans ses bras et me berça jusqu'à ce que ses larmes se tarissent. Puis glissant son bras autour de ma taille, elle m'entraîna lentement vers la maison.
L'intérieur était tel que dans mon souvenir: des tâches plus claires sur les murs remplaçaient les tableaux d'avant, le petit mobilier s'était consumé dans la cheminée.

Ma première nuit fut blanche ou presque, comme toutes les précédentes. Lorsque le sommeil me cueillait enfin, des souvenirs de champs de bataille se dessinaient sur mes paupières. Des tirs, un ennemi à tuer, une explosion, un ami à pleurer.
Je passais mes journées enfermé, fuyant le monde et ses regards. Je redécouvrais la société, ses règles, ses idées au travers des journaux.
Chaque jour j’affrontais mon reflet dans le miroir: au début je n’adressais qu’une œillade à la surface polie. Un battement de cils, un visage dévasté. Puis, peu à peu, mon œil s’habituait, glissant sur ces traits qui étaient miens. Puis, Il s’accrochait à un détail, une ombre sur ma joue, une ride au coin des lèvres. Comme un comédien qui apprivoiserait son masque. Cet apprentissage dura jusqu’au jour où, contemplant ce nouveau visage, mon reflet me murmura “Quelle invention, cette prothèse oculaire!”

J’osais m’aventurer dans le jardin, là je plantais un pépin de pomme, imaginant déjà notre futur pommier.
Les scènes de désespoir scandaient mes nuits tandis que mes jours étaient rythmés de ridicules petits espoirs.

Un matin de janvier, le ciel libéra de gros flocons, bientôt tout fut recouvert d’un épais tapis blanc. Cette neige, comme une page blanche, m’offrait l’opportunité d’un nouveau commencement. Une nouvelle histoire à écrire, pensai-je.
Cette nuit, je fis l’amour à ma femme. La lune faisant luire ses contours et ses détours l’obscurité faisant fuir ma pudeur et mon déshonneur.

Des heures plus tard, je fus assailli d’une nouvelle scène de mon passé dans les tranchées. Je vis Pierrot, à quelques mètres, engagé dans un corps-à- corps violent. Je me précipitais à son secours, totalement sourd aux balles qui sifflaient. J’assénais un coup violent sur la nuque de l’ennemi, seulement pour constater qu’il venait de poignarder mon ami. Fou de douleur et de rancœur, mes mains enserrèrent la gorge de l’assassin. Plus il se débattait, plus l’étau se refermait. Lorsque enfin son corps fut immobile, je me rendis compte que je sanglotais.
L’aube me tira de ces noirceurs assassines, une lumière timide rougissait la neige du jardin. Sentant encore la présence de ma femme dans mon dos, je me retournais pour l’embrasser.
Ses yeux étaient grands ouverts, sa bouche n’était plus qu’un trou béant, des marques violacées zébraient son cou.
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MessagePosté le: 23/02/2016 18:34:53    Sujet du message: Publicité

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Orcus
Plume de Kookaburra


Inscrit le: 05 Juin 2013
Messages: 911

MessagePosté le: 28/02/2016 13:25:55    Sujet du message: La page blanche Répondre en citant

Un texte qui m'a fait penser au livre de Pierre Lemaitre, Au revoir là-haut. Jusqu'au bout on croit que l'ancien poilu va s'en remettre et puis non, le malheur n'était pas assez grand, il a fallu qu'il tue sa propre femme.
On ne dira jamais assez l'oubli dans lequel tombent les anciens combattants. De tous temps, dans tous les pays, quand la guerre est finie, le seul regret de ceux qui restent, c'est que ces zombies ne soient pas morts sur le champ de bataille.
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Khéops
Plume de Simurgh


Inscrit le: 06 Juin 2007
Messages: 5 293

MessagePosté le: 28/02/2016 14:58:33    Sujet du message: La page blanche Répondre en citant

Mon coup de cœur ! Un texte sensible et très émouvant, qui aborde un sujet difficile. Bien écrit et maitrisé, il montre la souffrance de cet homme à travers ses cauchemars et les efforts qu'il fait pour s'en sortir. La chute, incroyablement abrupte, clôt les espoirs de ce soldat. C'est magistral ! Bravo Okay
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clara b.
Plume de Quetzal


Inscrit le: 23 Jan 2016
Messages: 22

MessagePosté le: 29/02/2016 19:38:16    Sujet du message: La page blanche Répondre en citant

Un immense merci à vous deux pour ces retours
Je ne connais pas ce livre,mais je vais me hâter de remédier à mon ignorance,Orcus! Merci! C est toujours un beau cadeau que de proposer une nouvelle lecture!

Merci Khéops pour ton commentaire! Il m'a beaucoup touché!! Et ça fait un bien fou quand on commence à partager ses textes avec d'autres personnes... Du baume au coeur et un coup pouce pour rester motivé
Je dois avouer que j'étais en vacances lors de ce jeu et j'ai eu plein de temps pour l'écrire
Par contre le sujet suivant a été une réelle épreuve: manque de temps et d'inspiration, je me suis sentie comme une lycéenne écrivant son sujet à la dernière minute avec le stress du rendu
J'imagine déjà le résultat : une catastrophe!

Merci encore pour vos voix et vos mots!
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MessagePosté le: 05/12/2016 09:26:49    Sujet du message: La page blanche

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