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Détermination

 
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Genovanna
Plume de Simurgh


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Messages: 3 065

MessagePosté le: 25/02/2016 23:34:18    Sujet du message: Détermination Répondre en citant

Détermination

Camille venait de claquer la porte de la maison de ses parents en ce mois de juin 1910. Elle en avait le droit puisqu’elle venait de fêter ses 21 ans, mais en avait-elle les moyens ?

Dans l’omnibus qui l’emmenait vers la pension de famille où elle avait retenu une chambre, elle se remémorait les événements qui l’avaient conduite à cette extrémité. La raison de sa fuite était simple. Ses parents voulaient qu’elle épouse le fils de notaire qui lui faisait une cour assidue depuis deux ans, un garçon charmant, assuré d’une belle situation grâce à son père dont il devait prendre la suite.
Oui, mais voilà, Camille ne voulait pas être « femme de ». Elle voulait être journaliste.

Après l’acquisition de son Brevet Supérieur, Camille avait demandé à ses parents de l’inscrire à l’école d'infirmières privées fondée par Léonie Chaptal. Soignante ou institutrice, c’était, à leurs yeux, les seuls métiers envisageables pour une femme en attendant le mariage. Les deux ans d’internat sévère auxquels elle s’était astreinte l’avaient endurcie mais également incitée à défendre une liberté chèrement acquise. Ainsi, dès l’hiver 1908-1909, elle avait fait ses premières visites d’infirmière dans le quartier de Plaisance dont le nom contrastait avec le dénuement des familles qui y vivaient. L’abondante chute de neige de début mars avait augmenté la détresse qui se lisait dans le regard des enfants. Après ses tournées éprouvantes mais qui lui donnaient la sensation d’être utile, elle aimait s’asseoir dans le Parc Montsouris pour jeter quelques notes sur le journal qu’elle tenait depuis l’adolescence. Elle avait envie de témoigner sur les questions de société qu’elle appréhendait au travers de son activité, comme le préconisait Dick May. Camille admirait le parcours de cette romancière au pseudonyme masculin, à l’origine de la première école de journalisme.

Lors d’une de ces haltes, elle avait fait la connaissance d’un reporter photographe affilié au « Petit Parisien » qui venait chercher l’inspiration le long du plan d’eau. À la rencontre suivante, elle lui avait montré les textes qui lui tenaient à cœur.
« Vous avez une jolie plume Mademoiselle, lui avait-il affirmé. Nous pourrions faire équipe. Mon journal a besoin de nouvelles recrues. Toutefois ... je ne vous cache pas que les femmes ne sont pas légion dans notre rédaction à part de rares pigistes ».
« Je pourrais m’habiller en homme, n’en ai-je pas la silhouette ? avait-elle alors suggéré en se levant de profil, le calepin à la main. Mon prénom pourrait faire illusion. »
« Je crains que vous ne soyez vite démasquée, avait-il répondu en souriant, quoique le pantalon puisse être, en effet, plus pratique pour les enquêtes. Il vous faudrait demander alors à la préfecture une permission de travestissement. »
Le jeune homme l’avait finalement persuadée de préparer un papier sur un sujet de son invention à condition qu’il reste assez léger. Sa plume sensible apporterait une note de fraîcheur au quotidien.

La perspective de donner un nouveau tournant à sa vie avait fait son chemin. Après l’acceptation de sa chronique liminaire, elle avait pris sa décision. Avec le supplément de revenu procuré par ses articles, elle pourrait assumer son indépendance.

L’omnibus avait atteint l’arrêt souhaité. Camille prit les bagages contenant l’essentiel de ses biens et descendit. Après une hésitation teintée d’angoisse, elle se ressaisit et se dirigea vers l’avenir incertain.
_________________
Il est des portes sur la mer qui s'ouvrent avec des mots. ...
Hay puertas al mar que se abren con palabras...
Alberti, Rafael 1902
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MessagePosté le: 25/02/2016 23:34:18    Sujet du message: Publicité

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