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Les textes

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    A vos plumes ! Index du Forum -> Jeux de plumes -> Archives -> Archives 2016 -> Jeu 222 - la plante verte de Versailles
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tobermory
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MessagePosté le: 29/02/2016 19:44:13    Sujet du message: Les textes Répondre en citant

La main verte

Tout avait été rasé, même le Château. De la galerie des glaces, il ne subsistait que des éclats de verre où aucun visage ne se refléterait plus. Des jardins, il ne subsistait pas la moindre trace, comme si la verdure avait été atomisée et dispersée aux quatre vents, de manière à interrompre définitivement les cycles mis en place par la Nature. Un déplacement d’air semblait avoir suffi à défaire les nœuds établis dans la matière par des générations successives d’humains assoiffés de grandeur. Louis XIV et sa suite balayés d’un seul revers de la main. Comme si la Guerre, refusant de reconnaître la beauté des siècles passés, avait décidé d’en empiler les œuvres successives. La mélancolie et le désespoir dansaient au milieu des décombres en riant et en grimaçant ; Versailles n’était plus qu’un vide aberrant, une vulgaire faute de goût. Le paysage tout entier avait été transformé en une gigantesque frangipane où trônait, absurde couronne de dentelle, la façade criblée d’un home de vieillards.
Hortense était occupée de fumer sa clope au sous-sol quand c’était arrivé. Elle s’était mise en boule, les mains sur les oreilles, pour abandonner sa raison et n’être plus qu’un tas d’organes animés par des réflexes ; personne ne pouvait rester au diapason du monde et résister à un tel spectacle. Ce n’était qu’une fois débarrassée de son âme que son exuvie était remontée en surface.
Aux étages, la vie avait été éradiquée. Seuls quelques patients avaient survécu. Il y a un temps pour tout et la date de péremption de ceux-là avait été tellement dépassée que même la Mort n’en avait pas voulu. Avec de l’eau crayeuse puisée au dehors, la zombie avait arrosé ses congénères mais rien n’y avait fait ; les hommes ne sont pas des plantes ornementales ni les infirmières des jardinières, et après quelques jours, les vieux ingrats avaient rendu leur âme à Dieu.
À présent, un essaim de libellules métalliques pourfendait désespérément le ciel, à la recherche de quelqu’un à sauver et Hortense, tout en les regardant virevolter, espérait secrètement que ces oiseaux fabuleux fussent capables de lui restituer ce que le vent belliqueux lui avait volé, ce quelque chose qui la rendait humaine et qui l’eut sans doute empêché de laisser crever ses pauvres frères humains.

AQUABIO

- Ah HEDERA HELIX ! / LIERRE IMPERIAL ! / Héritier des ARALIACEAE ! / Cultivé comme plante ornementale ! / Le fleuriste des Carrés Saint-Louis de Versailles / M'employait à ses sculptures florales / Et je vivais en pot, en vasque / A fleur d'eau !!!!... / A fleur d'eau !!!

- Oh non ! Il remet ça ! s'exclamèrent en chœur les différentes espèces végétales qui offraient là une diversité florale bien fanée. En plein été, dans la véranda fermée, ces gerbes de verdure, autrefois si plantues, n'offraient plus au regard, qu'une vision de nature désolée.

- Hé FLEUR DE LYS ! Tu sais qu't'as de beaux restes poupée ! Moi, le GAILLARD d'Arboustier, j'avais toujours craqué pour FLEUR DE LYS, j' lui avais toujours fait du gringue. Fait chaud à crever hein ? lançai-je aux autres végétaux, exténués.

- Ils sont partis mais ils vont revenir ! Ils nous aiment trop ! s'écria CAMPANULE, une grande bringue aux grelots violets.

- Les proprios s'sont cassés Beauté ! C'est pas Disney ici, Fée Clochette ! rajoutais-je narquois. C'est vrai quoi ! On était tous là à crever de jour en jour ! C'était fatidique, on allait y passer !

IMPERIAL en remit un coup. Fallait qu'le vieux déclame son identité, à la manière épique, un peu tous les jours :

-Autrefois pourtant, sa main verte et légère/ M'entretenait avec soin et j'offrais au regard / Une faconde de verdure, délirante et touffue / A l'apogée de mon règne végétal / Je faisais la fierté de ses étagères à plantes vertes !

On avait tous connu ça. On avait débarqué ici rutilants et beaux gosses !

- Parfois, j'ai encore des spasmes de sève/ Des fantasmes de sempervirence… / Des images de forêts équatoriales/ Ces forêts chlorophylles : paradis végétal, l'Olympe des plantes vertes ! déclama l'IMPERIAL.

ROSE ROYALE osa :

- HADERA HELIX ! Soyez raisonnable ! Ne désespérons pas ! N'oubliez pas que la science moderne a mis au point la survivance extrême des épiphytes, ces organismes autotrophes photosynthétiques capables d'absorber l'humidité de l'air et trouvent les sels minéraux, partiellement dans l'humus qui peut se former à la base des branches ou même des radicelles ! Nos réserves aquabiotiques nous permettent une survie insoupçonnée !

C'était la scientifique de l'assemblée ! A dire vrai, la réalité était désespérante. Trop de lumière, aucune nourriture, à peine un chagrin d'eau, il y avait bien longtemps… Des guîpures vieillissantes, des racines racornies, des terreaux mycosés, des scrofules de sécheresse sur les feuilles dénevurées, c'était pas beau à voir !... On jouait tous de la palette du verdâtre... C'était le cancer de la soif !...Y'avait plein de cadavres de mouches nécrosés sur le lino, on étouffait ! Les radicelles fanaient, s'aigrissaient, se rabougrissaient, désespérées. On était entrés en agonie...

- Et J'EX-PI-RE ! EX-SAN-GUE ! hurla Lierre Impérial au pic de sa loghorrée.

Et puis d'un coup !... du bruit, une gerbe de lumière ! Un incendie de jour inondait la pièce !

- La maison est ouverte ! criai-je par tous mes signaux photosensibles !

Aussitôt des ciseaux janissaires happèrent les fanures et toutes les feuilles mortes ! Et, comble de bien-être... enfin ... on sentit... De l'eau !... De l'eau !… Un bonheur torpide vint inonder les pousses, une joie campanile raviva les racines ! Et puis !… Ce fut... L'épectase aquatique !... la délivrance enfin ! La palingénésie végétale !

Et elle, tout en beauté, gaillarde et bronzée, s'écria vers son mari :

-T'as vu Chéri pour les plantes hein ! Il était temps de rentrer ! "

Charlotte


Madame Quatorze, ex-jeune veuve du vieux Scarron et petite fille du poète Agrippa d’Aubigné, sentait peser le poids de ses soixante-dix-neuf ans sur ses jambes. Le dernier amour du Roi Soleil, épouse morganatique qui l’avait si bien ferré et retenu, celle qui entre toutes avait osé lui résister, venait lui dire adieu. De toutes ses conquêtes, l’âge aidant, c’était la plus fidèle, celle auprès de qui, sans perdre de son autorité, il pouvait se montrer fragile. Maîtresse et confidente, elle était pour le vieux monarque son ultime rempart contre la folie du pouvoir absolu. Impressionné par la dignité qui émanait de sa frêle personne, on s’écartait d’elle en silence. Elle s’approcha du lit royal et d’un geste sec de la main, congédia médecins et femmes de chambre.
− Alors, mon ami, comment vous sentez-vous ? Mal, je suppose ?
Elle posa un chaste baiser sur son front luisant de sueur.
− Regardez-moi ça ! Toutes ses couvertures vont vous tuer. Ne laissez pas les médecins s’approcher de vous.
Elle enserra sa main dans les deux siennes et chercha ses yeux. Il gémit.
− Françoise…
− Souffrez-vous ?
− Je souffre surtout de vous quitter.
Françoise d’Aubigné sourit tendrement à son époux royal. Au seuil de la mort, dans son lit à baldaquin surmonté de plumes d’autruche et d’aigrettes, d’une pâleur marmoréenne que fortifiait le velours cramoisi brodé d’or tendu sur les murs, il séduisait encore. Tout autre que lui aurait eu honte de son corps, de son odeur, de sa jambe en décomposition. Lui, non. C’était un géant. Il soupira.
− J’ai été jeune, beau, les femmes me regardaient, j’ai dansé et chassé plus que de raison. Puis je suis devenu vieux, petit à petit, et malade, et mourant.
− Elles ne se sont pas contentées de vous regarder, ces femmes. Vous rappelez-vous seulement toutes celles qui ont partagé votre couche ? Charlotte de Gramont, par exemple.
− Il y en a eu tellement... À quoi ressemblait-elle ?
− À rien, justement. Je me suis toujours demandé ce que vous lui trouviez. La Monstespan, oui, je peux comprendre, je n’étais moi-même pas insensible à son charme, à ses grands yeux vairs, à l’ovale parfait de son visage, à son teint frais ; mais Charlotte, foutredieu, Charlotte et son grand nez, sa petite bouche, son regard de fouine...
− Vous exagérez, ma mie.
− Ah ! Je vois que vous recouvrez la mémoire. La femme du duc de Valentinois, Louis 1er de Monaco, celle que la Cour, dans votre dos, appelait « Le torrent ».
− Maintenant que vous en parlez, il me souvient effectivement d’une jeune fille à l’esprit vif et fraîche comme un sorbet.
− Et vorace de plaisirs, à en croire Madame de Sévigné. Tout monarque que vous êtes, vous succombez à la chair. Comment peut-on s’éprendre d’une courtisane comme Charlotte ?
− Vous ne pouvez pas comprendre, Françoise. Vous n’avez jamais couché avec.
− Qu’en savez-vous ? Il s’est murmuré qu’elle a eu des relations intimes avec Henriette, votre belle-sœur.
– Balivernes. Je vous pensais capable de démêler le vrai du faux à son simple énoncé. Ah, Charlotte ! Vous seriez surprise d’entendre ce qu’elle savait faire de cette petite bouche.
À cette évocation, les yeux chassieux du monarque s’éclairèrent tandis qu’une amorce de sourire adoucit son visage émacié. Françoise protesta mollement.
– Sire ! En tout cas, sa chute fut aussi rapide que son ascension.
– Grandeur et décadence, tel est notre lot ici-bas. Mais cette verte Charlotte, Dieu me garde, était une sacrée belle plante !

Betty

C’est tout ce qu’il lui restait, Betty, leur plante verte. Bien sûr, c’est allé par étapes, il a vidé l’appartement de sa présence, par étapes. Les choses pratiques d’abord : son nécessaire de toilette : l’odeur de son déodorant n’embaume plus les carreaux de la salle de bains. Puis la penderie s’est vidée, elle ne pouvait plus tremper ses chemises de ses larmes. Puis sa guitare, dont les accords ne résonnent plus entre ces murs, ses livres et ses bibelots. Un grand vide, à la place.

Mais il avait laissé Betty. Elle avait été témoin de leur aménagement rue Berthier. Ils l’avaient placée près d’une fenêtre de sorte que le soleil la baignât de sa lumière tout au long de la matinée. Elle trônait au milieu du salon propre et fonctionnel de ce couple conventionnel.

Marc était ingénieur informatique, Estelle était professeur à l’ISIPCA*.
Betty faisait partie du dernier voyage d’IKEA, la touche finale au décor de leur histoire. Elle avait assisté à la pendaison de crémaillère, aux dîners, aux soirées entre amis.
Ils ne souhaitaient pas encore d’enfants, pas d’animaux de compagnie : ils n’étaient que tous les trois.

Puis vinrent les temps sombres, les disputes, les pleurs parfois. Soir après soir, car il n’était plus trois, mais quatre, une inconnue s’était glissée dans cette équation.
Les éclats de voix, les portes qui claquent. Estelle, seule sur le canapé, Marc n’est pas rentré. Lorsqu’il revint, c’était pour récupérer ses affaires.

Estelle a prétexté une grippe, a pris des calmants et a dormi pendant vingt heures.
À son réveil, elle a croisé Betty des yeux et s’est peut-être rendue compte que c’était la seule trace de leur vie commune. Alors mi-supersticieuse mi-rêveuse, elle s’emplit d’un espoir fou de retrouver Marc en prenant soin de Betty. Elle l’arrosait, l’époussetait, lui parlait tous les jours. C’est là qu’elle la nomma du nom de l’héroïne d’un film qu’ils adoraient. Elle lustrait cet amour en entretenant son témoin.

Betty était choyée, elle s’épanouissait de jour en jour : grandissant, verdissant, une vraie renaissance. Estelle, elle, maigrissait, souffrait l’absence. Elle dormait peu, mangeait à peine, pleurait sans cesse. Mais elle s’accrochait à cet espoir, Betty ou la promesse d’un retour.

Les mois passèrent, elle se ressaisit, retrouva peu à peu un semblant de normalité. Rire entre amis, sortir dans les bars, un nouveau départ.

Un de ces soirs, dans un de ces bars, elle le rencontra. Il avait un ”je-ne-sais-quoi” qui lui plut d’instinct. Ils passèrent cette soirée et bien d’autres, ensemble.
Betty était délaissée, la terre craquait entre ses racines, ses feuilles pendaient molles le long de ses tiges. Le soleil la brûlait, la laissant plus assoiffée encore.
Estelle, elle, resplendissait : maquillée, appretée comme une amoureuse, heureuse à nouveau.

Vint le jour où elle décida d’emménager chez l’inconnu. Il vivait Avenue Mirabeau, tout près de son travail. Elle loua un camion et vida son appartement en une journée.
Betty fit partie du dernier voyage, destination : les poubelles de l’immeuble.



*ISIPCA: Institut supérieur international du parfum, de la cosmétique et de l'aromatique alimentaire

Beauté exotique

J’ai vu le jour au cœur de la forêt africaine, où l’on me nomme Okapumé. Je ne suis pas plus haute qu’un enfant pygmée, mais avec mon feuillage déployé en graciles volutes et mes fleurs de braise, j’ai vraiment belle allure. Lorsque des hommes vinrent me déterrer , je crus ma dernière heure arrivée. Je fus rassurée en voyant qu’on me replantait avec les plus grands égards dans un pot incrusté de pierreries. Je compris que j’étais une plante hors du commun, promise à un destin exceptionnel. Des conversations m’apprirent que je faisais partie des cadeaux que notre roi comptait faire remettre à un autre souverain, « le plus grand roi du monde », Louis XIV, dit aussi « le roi Soleil » qui dirigeait une nation lointaine.
Après un long voyage par mer et terre, au cours duquel on ne manquait jamais de m’arroser et de me placer à la meilleure exposition, nous arrivâmes au palais, une merveille qui semblait sortie d’un rêve ou d’un conte. Le roi me fit installer sur un socle dans ce que je pris d’abord pour une serre, mais qui était une pièce tout en longueur tapissée des deux côtés par des glaces. Comme le jardinier en chef s’inquiétait de savoir si je n’allais pas dépérir, aussi loin du climat africain, l’un des ambassadeurs répondit « Le rayonnement de sa Majesté illumine jusqu’à l’autre bout du monde, il ne laissera pas cette plante manquer de chaleur.»
Vous pourriez penser que je m’ennuyais, seule de mon espèce dans cette Galerie des glaces. Il n’en était rien car les échos visuels de mon reflet répercuté à l’infini formaient une forêt, une forêt de moi-même, ce qui n’était pas peu flatteur pour mon égo.
Je survécus au roi et ce fut bien après sa mort que survint un autre évènement capital de ma vie. Un homme tomba en arrêt devant moi, sortit un papier et me croqua en quelques traits. Quelques temps plus tard, il revint et montra au roi un rouleau de tissu sur les impressions duquel on reconnaissait ma gracieuse personne au milieu de scènes champêtres. L’homme n’était autre que Jean-Philippe Oberkampf, qui venait d’inventer ce qu’on allait appeler « toile de Jouy », du nom de Jouy en Josas, la localité toute proche où on la fabriquait. Comme j’étais heureuse à l’idée que dans quantité de palais, châteaux et demeures bourgeoise, on admirait mon image.
Les années passèrent et je continuais à être belle et à me taire avec une élégance aristocratique. Ce bonheur prit fin quand survint la Révolution. La Galerie fut envahie par une foule de manants et de roturiers. On parla de me détruire comme témoin d’un passé honni. Finalement un homme m’enleva et me vendit à un marchand, lequel me marchanda au tenancier d’un bouge enfumé et puant. Dans cette atmosphère délétère, je commençais à m’étioler. Je fus l’objet d’une succession de transactions louches, qui m’amenaient dans des lieux toujours plus sordides. J’échouai ainsi dans le taudis d’une vieille. J’étais presque aussi légume qu’elle et je m’imaginais vouée au tas de compost parmi les épluchures lorsqu’une joie inattendue me submergea. Ma gloire était encore d’actualité ; c’était bien mon image que je voyais, au milieu d’une scène champêtre telle que celles dont Maître Oberkampf avait orné ses toiles. Tout cela sur un rouleau de petite taille, dont la vocation m’échappait, ramené dans les emplettes de la vieille.
Ce fut lorsque, ultime déchéance, on me relégua dans le « chalet de nécessité » au fond du jardin que je compris de quelle façon on m’honorait désormais.

Dansons et guérissons

« Bonjour Messieurs, voulez-vous m’indiquer de quel côté se trouve la chambre 420 ? » la vieille dame avait posé sa question, à voix basse, en jetant de furtifs regards autour d’elle. Suivant les indications des aides-soignants, elle disparut au bout du couloir, happée par l’ascenseur.
-Encore une visite pour la plante verte ! Elle en a de plus en plus. J’ai l’impression qu’elle connaissait beaucoup de monde ou que les gens dans le coma attirent les foules.
Serena X s’était transformée en légume un beau soir d’été voici quatre ans. Sa façon très spéciale de manier le volant de sa Porsche 911 Cabriolet, l’orgie de Don Pérignon qui avait clôt son premier gala de danseuse étoile et un méchant platane en étaient responsables. La jeune femme était déjà une belle plante avant ce stupide accident. Pourvue d’un charisme contagieux, elle était devenue à présent une mascotte pour le milieu culturel et artistique jovacien ; lequel se sentit spolié lorsqu’il fut question de transférer leur idole au service de réanimation de l’hôpital Saint-Louis. Le jour dit une centaine de manifestants, d’une moyenne d’âge frôlant les huit décennies, se posta courageusement devant l’entrée des urgences.
Leurs voix chevrotantes ne pouvant atteindre le niveau de décibels souhaité, ils s’étaient munis de pancartes indiquant leur humeur du moment : « Versaillais et jovaciens en colère. » Enfin, ils annoncèrent une grève de la fin. Ne voulant pas être à l’origine d’une hécatombe gérontologique, les hôpitaux cédèrent et la danseuse étoile resta à Jouy-en-Josas.
Un journaliste désœuvré prit l’affaire. Il découvrit que cette nouvelle Belle-à-l’hôpital-dormant, était devenue un véritable objet de culte pour ses concitoyens de tout âge, en particulier du troisième.
Les nobles vieillards qu’il interrogea furent dithyrambiques. Il apprit ainsi que des miracles avaient eu lieu : en effleurant les jambes inertes de la demoiselle, une vieille dame avait retrouvé les siennes et jeté son déambulateur aux orties ; son beau-frère avait stoppé son alopécie en caressant furtivement une des tresses brunes. Un voisin avait rangé son Sonotone au grenier. Pour plagier un personnage connu : Les aveugles voyaient, les sourds entendaient, les boiteux marchaient ! L’aura grandissante de la belle endormie dépassa bientôt les limites communales et les visites s’intensifièrent. Chaque jour, infirmières et aides hospitaliers devaient canaliser la multitude de pèlerins et surveiller de près leur malade car d’aucun avait prélevé, qui une mèche de cheveux, qui un petit morceau de chemise de nuit ou de drap. Les gerbes de fleurs encombraient le couloir, gênant le passage ; des cadeaux divers s’amoncelaient dans la chambre et les photos des nouveaux miraculés étaient punaisées au mur, en ex-voto , au grand dam du personnel.
Un jour Serena se réveilla. Après avoir prononcé le traditionnel « Où suis-je ? » et regardé avec étonnement le décor, elle vit l’équipe médicale se précipiter sur elle, brancher des tas de choses et en débrancher d’autres. Elle entendit des « bip-bip », suivit les zigzags sur des écrans et finit par s’enquérir de sa présence en ce lieu, réclamant tutu et chaussons de danse…
Le personnel cria au miracle. Ce fut son dernier mais le plus beau car une fois remonté sur scène notre danseuse-guérisseuse perdit son don ainsi que la dévotion aveugle des anciens de Jouy-en-Josas. Elle ne s’en lamenta pas, après tout on n’est jamais mieux servi que par soi-même.
_________________
Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles mais uniquement par manque d’émerveillement (G. K. Chesterton)
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MessagePosté le: 29/02/2016 19:44:13    Sujet du message: Publicité

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