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Les textes

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    A vos plumes ! Index du Forum -> Jeux de plumes -> Archives -> Archives 2016 -> Jeu 225 - Illustrer Nerval : reines et sirènes...
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tobermory
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MessagePosté le: 11/04/2016 20:43:24    Sujet du message: Les textes Répondre en citant

La revanche

− Vous pourriez commencer par le début.
Le lycéen qui lui faisait face et triturait nerveusement son crayon ressemblait à tous ceux qu’elle avait assistés depuis l’ouverture de la session de rattrapage de l’épreuve du baccalauréat, le fond du tonneau, la lie, des adolescents incultes et déboussolés, parfois agressifs, toujours pathétiques et pourtant, nourrissant secrètement l’espoir d’un miracle improbable qui leur ferait franchir l’Himalaya culturel qui se dressait devant eux.
« Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l’Inconsolé... »
Pas tant que moi, songea-t-elle. Quelle bouillie pour les chats ! Il faudrait d’abord leur apprendre à lire.
« Dans la nuit du Tombeau... »
Elle laissa son esprit vagabonder tandis que le garçon butait sur les mots comme autant d’obstacles dans un parcours de santé, des mots comme il n’en avait jamais vu, Pausilippe, le pampre, Lusignan, Biron, Achéron, Orphée, des mots vides de sens qui n’évoquaient rien chez lui, il aurait pu tout aussi bien lire du chinois.
« Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée ».
El Desdichado, le poème qui lui procura ses premiers émois, l’accès à un monde symbolique si capiteux qu’on en sortait avec la tête à l’envers.
− Alors ?
Il la regarda comme si elle venait de lui faire une proposition malhonnête.
− Alors quoi ?
− El Desdichado.
− J’ai pas appris l’espagnol, c’est pour ça que j’comprends pas tous les mots.
− Quels sont les mots que vous ne comprenez pas dans ce texte ?
Il baissa la tête. S’il s’agissait simplement de mots !
Elle le pressa.
− Le premier quatrain... les quatre premières lignes...
−...
− La première ligne, il se passe quoi ?
− Le type, il vient de perdre sa meuf, ça lui fout les boules.
− Et ? La Mélancolie, ça ne vous fait pas penser à un tableau connu ?
Oui, Dürer, je vais le contempler chaque matin sur le chemin de l’école. Par où commencer ? Elle se revit dix ans plus tôt devant l’examinateur qui venait de lui transmettre le sujet. Gérard de Nerval, El Desdichado ! Une chance inouïe, le sujet qu’elle préférait dans sa matière de prédilection. À sujet d’exception, traitement magistral. Elle commença par remettre le poème dans son contexte – Les Chimères − sonnets d’inspiration romantique, puis l’aborda comme un enfant qui grignote son biscuit en multipliant les angles d’attaque : annonce des axes, champ lexical, les temps verbaux, l’obsession du passé, la mythologie, les assonances, le rythme ternaire des alexandrins, à couper le souffle de l’examinateur.
Elle entrevit alors un peu de lumière dans toute cette noirceur. Pas à pas, d’un mot à l’autre, se laissant bercer par leur musique, elle fit un bout de chemin avec lui.
− C’est très utile, les symboles, c’est fort, un peu comme une huile essentielle. Achéron, par exemple. Avec ce seul mot, tu évoques les ténèbres, la mort, le passage, l’enfer. Tu saisis l’économie de moyens ? Pas besoin d’en dire plus, le lecteur fera le lien. À condition de partager la même culture, sinon c’est incompréhensible. En quelques lignes, tu traverses deux mille ans d’histoire. C’est cool, non ?
− Ce qui serait cool, ce serait que vous me mettiez la moyenne.
− Faut pas rêver.
Il se leva et marcha d’un pas lourd vers la sortie. Elle, dix ans plus tôt, sautillait de joie jusqu’à ce qu’elle découvre sa note. Ce salopard lui avait mis onze. Onze ! Elle en avait pleuré de rage. Une prestation comme la sienne méritait rien moins que le maximum. Sans hésiter, elle inscrivit le chiffre vingt en face du nom du garçon.

La reine se marie

Il l’a vu voler vers lui entourée de sa cour ailée. Un faible bourdonnement avait attiré son attention, tendant l’oreille il avait essayé de le localiser. Tout était piège dans cette contrée sauvage et reculée de l’Amazonie, royaume d’insectes tueurs, de reptiles affamés et autres bestioles mortelles. Sa machette ne lui avait été d’aucun secours devant l’attaque de l’essaim. La reine, énorme bête jaune rayée de noir, avait jailli vers lui. En quelques secondes, accompagnée de ses guerrières, elle avait investi son front, son visage, son corps entier. Il avait hurlé de douleur, frappant de ses poings dans le vide, essayant de repousser cet ennemi aux multiples ailes et aux dards venimeux, qui l’agressait de tout côté.

La reine a une couronne d’or sertie de diamants. Elle s’approche de lui et lui prend la main-Majesté, une de vos antennes est coincé sous votre diadème, ce n’est pas joli ! Pourquoi souriez-vous en me regardant, je vous plais ? L’énorme reine jaune se met à rire et l’entraine à sa suite, les arbres se courbent sur son passage en murmurant des platitudes serviles. Ses ailes transparentes vibrent- Majesté, ce petit courant d’air est tellement agréable !- Elle rit et l’entraîne de plus en plus loin. Ils volent maintenant au-dessus de la canopée, ce grandiose tapis vert sombre est immense et couvre la terre entière.

La planète est une grosse boule verte, NON elle est Bleue, NON elle est rouge comme le sang ; il glisse du dos de la guêpe et tombe dans le vide, attiré par tout ce rouge. - Oui Ma reine, allons nous baigner avec les sirènes et les dauphins, valsons dans les algues et les vagues. Il fait tellement chaud ici, il se liquéfie peu à peu et se dissout dans la mer rouge de son sang. Il voudrait redevenir lui-même mais c’est impossible car il est composé de milliard de gouttes qui s’éloignent les unes des autres sous les moqueries de la reine. Et la fièvre pulse dans chaque fragment de son corps dispersé. Il doit les rassembler avant qu’un monstre marin ne les trouve ! Trop tard, le voici ! Le Léviathan dans une immense gerbe d’éclaboussures avale des milliers de parcelles de sa vie, il se débat, il lutte, il veut rester lui-même ; il arrive à se rassembler et nage vers la surface mais la reine surgit devant lui et l’entraîne vers le fond.

Elle l’enserre dans ses pattes –tu vas m’épouser et tu seras le roi de la jungle, nous régnerons sur tout être vivant, nous piquerons, nous tuerons, nous étoufferons nos ennemis. La marche de Mendelssohn résonne à ses oreilles, chantée par l’essaim victorieux. Les Mygales jettent du riz et des dragées, les boas constrictor ouvrent le bal tandis que les fourmis rouges terminent le maire et le prêtre – Délicieux ! NON, je dois divorcer tout de suite. Il hurle et personne ne l’entend.

Quand il ouvrit les yeux au bout de quatre jours, il était allongé sur son lit de camp. Il vit son guide guarani qui le regardait avec attention, il tenait dans ses mains un bol rempli d’une pâte blanchâtre. « C’est un mélange de rocou et de melon amère, c’est bon pour les piqûres de guêpes, vous avez été très malade. »

El Dedischado

Gérard Labrunie dit Nerval, plongé dans ses brumes méphitiques, rongé par le Mal du siècle - le fléau de ces dernières générations - à peine sorti d'une crise de folie qui l'avait cloué encore une fois dans la maison de correction Sainte-Colombe et dans laquelle il avait séjourné quelques jours, méditait.
Son amertume naturelle, son angoisse permanente, l'inspiration impatiente qui l'oppressait ne lui laissaient aucun répit. Bien que célèbre et reconnu de ses pairs, il se sentait débile et comme décérébré dès qu'à sa plume ne venaient pas de rimes parfaites.
C'est dans son salon que se déroulait la scène. Ses amis tentaient d'y tenir une conversation sensée à une époque où leurs expériences poétiques poussées à leur paroxysme, démontées par la critique, encensées par leurs émules, à une époque donc, où leur alchimie langagière avait fait révolution. Toute l'Europe s'embrasait, polémiquait, dissertait sur le caractère ductile de ces mots, de ce Verbe, de ces images nouvelles, réinventées, démesurées, exaltantes qui avaient mis à bas les traditions académiciennes.
Gérard de Nerval, miné par la dépression, faisait peine à voir. Charles Baudelaire, un petit nouveau de l'avant-gardisme littéraire, exacerbé et mal rasé prit la parole :
- Mon cher, rien n'est acquis et tout est à faire. Vous êtes un ténébreux et veuf inconsolable des chimères que vous poursuivez. Le poète est semblable au prince des nuées. Exilé sur le sol, ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
- Quelle belle métaphore exprimez-vous là ? s'écria Nerval, soudainement attiré par cette prose imagée qui parlait si bien de lui.
- Je ne sais... Quelques rimes qui me viennent à l'esprit... Mais l'allégorie est aimable n'est-ce pas ?
Nerval continua :
- Qu'en est-il de mon talent ? Journaliste, dramaturge, romancier, poète... à peine de quoi égaler Hugo ! Son Hernani a brisé les canons du théâtre classique ! Hugo a réiventé l'alexandin, amené le romantisme à son point d'acmé ! Que ne pourrais-je un jour égaler ce génie ! Un épigone je suis, épigone, je resterai !
Théophile Gautier, bijouté d'émaux et camées en tout genre, frisottant sa moustache, songeur comme à l'accoutumée, dit :
- Ces papiers calcinés que j'ai sortis de la cheminée, là... et il désigna des morceaux d'écriture à moitié brûlés. Ma foi, ça m'a l'air plutôt bon ! Jetons un œil voulez-vous ?
- Encore un projet avorté... des vers sans fondement, dit Nerval avec mépris pour ce qu'il était.
- Que dites-vous là ! Je trouve cela excellent ! J'ai une idée. Regardez : prenez-en un bout et assemblez-le avec un autre dans n'importe quel sens ! Là, voyez si l'on assemble ces deux-là : « Mon front est rouge encor /Du baiser de la reine ! » Excellent !
- Ce ne sont que cadavres de rimes...
- Oui mais exquis ! Des cadavre exquis, Gérard ! Voyez: « J'ai rêvé dans la grotte /Où nage la Sirène ». Disons que c'est une sorte d'analogie psychique… Rêves, pensées inconscientes... tout cela reste à forger. On pourrait appeler ce procédé le surnaturalisme, la symbologie ?...
- Le symbolisme ? proposa Baudelaire. Le premier couillu qui osera écrire que la terre est bleue comme une orange ouvrira la voie aux chimères inatteignables ! continua-t-il, déridé pour une fois par le verre d'absinthe que la domestique lui avait servi.
- Oh ! Il n'est pas près d'apparaître... rajouta Mallarmé. La pénultième est morte …
- Et mon luth constellé... ajouta Nerval.

La fin du vers ne vint pas cette fois-ci mais un jour, tout le monde s'en souviendrait...

Les deux prières

Il était une fois, un roi et une reine qui se lamentaient de ne pas avoir d’enfant. Un jour la reine dit à son époux :
− Il faut prier Gaia, la déesse de la terre, c’est elle qui donne la fécondité à tous les êtres. Elle m’exaucera.
− Mais non, répondit le roi, c’est à Houl, le dieu des océans qu’il faut s’adresser, c’est de son sein que nées les premières créatures, lui seul saura remédier à notre stérilité.

Ne parvenant à se mettre d’accord, ils allèrent prier chacun de son côté sans rien dire à l’autre. Chacune des deux divinités promit de faire quelque chose. Mais alors que la déesse s’empressa de tenir sa promesse, le dieu, lui, oublia la sienne. Un seul dieu suffisant à l’affaire, la reine donna naissance à une petite fille qu’on appela Asa.

Quelque années plus tard, Houl se souvint de la prière du roi et fut très vexé qu’on ait pu se passer de lui. Il entra dans une colère terrible contre Gaïa et ses protégés et envoya sur le château royal une pluie de sel. C’était effrayant, mais, calamité encore plus terrible, Asa fut prise d’un mal étrange : toute la partie inférieure de son corps se couvrit d’écailles et bientôt ses jambes ne furent plus qu’une queue de poisson. Un second enfant de la reine, Ombrin, devint quand à lui poisson de la tête aux pieds au bout de quelques semaines. Désespéré, le couple qui malgré tout aimait ses enfants, fit construire pour eux une grotte abritant un lac. Asa, sirène à la voix merveilleuse, passait son temps à chanter ; Ombrin, bien sûr, restait muet.

Lorsque naquit Gil, le troisième enfant, le couple décida de l’emmener très loin afin qu’il échappe à la malédiction. On le confia à de braves gens qui habitaient à plus de cent lieues du château, en leur demandant de ne jamais lui révéler son origine. Gil grandit sans présenter la moindre étrangeté. Mais un jour, il avait alors une douzaine d’année, il surprit une conversation qui lui apprit que ses vrais parents vivaient très loin et qu’ils avaient une fille à la voix d’or. Nanti de ces seuls indices, il partit à leur recherche au hasard des routes.
Un soir, une voix extraordinaire de force et de beauté parvint à son oreille. La suivant, il arriva au château. Là, une femme vint à sa rencontre et l’embrassa sur le front. C’était la reine et elle l’avait reconnu.
− Mon pauvre enfant, dit-elle, tu ne peux pas rester ici.
Et elle lui raconta toute l’histoire.
− Laisse-moi au moins passer quelques heures avec mon frère et ma sœur et demain à l’aube, je repartirai, promit-il.
Il se rendit à la grotte où il parla longuement avec Asa tandis qu’Ombrin écoutait de toutes ses ouïes.
Il finit par s’endormir et rêva qu’Asa se trouvait sur une montagne face à l’océan, d’où elle s’adressait à la fois à Gaïa et à Houl. A peine réveillé, il courut vers ses parents et leur dit :
− Mon rêve m’a révélé ce qu’il faut faire. Asa est moitié de la Terre, moitié de la Mer. Elle seule peut intervenir auprès de Houl et de Gaia.

Le roi conduisit Asa tout en haut d’une montagne qui dominait la mer. Une fois là, elle appela les deux divinités qui furent émues par sa voix mélodieuse. Gaïa dit à Houl :
− Asa est un peu notre fille à tous deux, je t’en supplie, exauce son vœu !
− Et quel est-il ? demanda le dieu de la mer.
− Simplement, dit Asa, que chacun puisse choisir son apparence.
Houl accepta ; Asa redevint humaine, Gil resta comme il était et Ombrin décida de demeurer poisson. Et tous trois vécurent heureux sous le regard bienveillant des deux divinités.

En toutes lettres

Elle était plutôt bien partie notre histoire. Un vrai coup de foudre après une série de slows en boîte. Je l’ai suivi tout droit chez lui. La première fois que ça m’arrivait. Je savais rien de lui, juste son prénom : Joël. Et lui aussi savait que mon prénom, Carole. Quelle nuit, mais quelle nuit ! Je me suis réveillée le lendemain matin, moulue mais tellement heureuse. J’ai fait fissa pour me préparer pour le boulot – une chance que j’aie toujours ma trousse de maquillage dans mon sac – parce que les coiffeuses ça bosse dur le samedi. Avant de partir, j’ai admiré mon ange blond endormi ; ça a été plus fort que moi, j’ai fait plein de gros bisous sur sa figure. J’ai laissé mon N° de portable sur un bout de papier. J’aurais adoré qu’il m’appelle. Vers midi, j’ai reçu un SMS : « Mon front est rouge encor du baiser de la Reine. Joël. » Encor ? Faute de frappe, j’ai pensé. Mais ce qu’il causait bien, quand même ! Et j’étais sa Reine depuis cette nuit !
Le dimanche, en allant chercher mes bagages, il m’a fait entrer chez le fleuriste en chuchotant à mon oreille : « Mignonne, allons voir si la rose... » J’ai eu ma rose rouge, la première de ma vie. J’en aurais chialé.
Je me suis installée dans son petit F1. Au début, c’est sûr, ses belles phrases, elles m’impressionnaient. Comme quand il avait mal au crâne et soupirait « Sois sage Ô ma douleur... » en avalant son cachet. Ou quand il me répondait « Demain dès l’aube à l’heure où blanchit la campagne, je partirai... »si je demandais à quelle heure il avait cours le lendemain. Je les notais toutes, en douce, sur un carnet, ces jolies phrases, pour pas les oublier, pour m’instruire.
Et puis, ça a commencé à me fatiguer sa manie de pas parler comme tout le monde. Tenez, une nuit je me suis réveillée en sueur en hurlant. Je venais de faire un cauchemar : je savais plus nager et je coulais. Joël a levé les yeux au ciel en grommelant que lui, il avait rêvé dans la grotte où nageait la sirène. » J’ai rien pas compris et ça m’a pas consolée.
On faisait toujours l’amour, c’était toujours agréable. C’était bien la seule chose qu’on faisait ensemble. Mais y avait de l’eau dans le gaz. Le soir, monsieur était dans ses bouquins. Y en avait des tonnes chez lui. Si je réclamais un peu d’attention, il me criait de prendre un livre, que ça me ferait pas de mal. Seulement la collection Harlequin, il en avait pas. Il m’emmenait jamais quand il sortait avec ses amis de la fac : je me serais ennuyée, qu’il disait. Et quand j’invitais les miens du salon de coiffure, il s’enfermait dans la chambre : « Pas envie de papoter brushings, sont cons tes amis ! » Plus de belles phrases, il me la faisait simple. Mais ça me faisait mal.
J’aurais dû m’en douter : l’étudiant en lettres et la petite coiffeuse, ça pouvait pas coller.
Ma copine Lila, à qui je cache rien, a fini de m’ouvrir les yeux : « Tu paies le loyer, tu fais les courses, la cuisine, le ménage, tu baises bien. T’es plus sa Reine, mignonne, il se fout de toi, il te respecte pas. »
Ça a fait tilt dans ma tête. Quelle cruche ! « Pour les lettres, contente-toi du facteur », a gloussé Lila ! J’ai fait ma valise mais fallait que je marque le coup. Je me suis bien trituré les méninges et j’ai laissé un mot sur la table, écrit bien gros et sans fautes parce que le encor de son SMS m’est revenu et que moi, même si j’ai pas beaucoup étudié, je fais pas de fautes : « Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. »

Trop beau pour être vrai

Quelque chose cogne l’assiette que je suis occupé de nettoyer. Un objet en métal. Une bague ? Impossible. Je n’ai jamais porté de bijou… Je regarde ma main. Mon annulaire porte un ornement qui semble me regarder avec réprobation par dessus une barbe de savon.
*


Comme je n’arrivais pas à dormir, je décidai de me lever, plutôt que de continuer à faire semblant ; je n’avais personne à tromper. J’étais seul dans un lit immense mais il me semblait indécent d’y laisser libre cours à mes mouvements. Elle n’était pas là mais il était inconcevable que son domaine ne demeurât pas préservé.

Debout devant le miroir de la salle de bain, mon cou nu me délivra ce terrible message : « Tu te maries dans quelques heures et tu ne sais pas nouer une cravate ». Nom de Dieu ! Pris de panique, je me mis en quête de la lanière de tissu qui devait parachever ma tenue et commençai dans la foulée à la manipuler en suivant tant bien que mal les indications d’un cyber-expert en savoir-vivre. Une fois, deux fois, trois fois… Au plus je le regardais, au moins je comprenais le message que le bonhomme voulait me faire passer. Sa gauche correspondait-elle à la mienne ? Et qu’en était-il de son dessus et de son dessous ? Ce qui m’aurait certainement semblé trivial quelques jours auparavant m’apparaissait subitement aussi compliqué qu’un problème d’ingénieur. Était-ce le gros bout que je devais faire passer au-dessus du petit ou l’inverse ? Pourquoi ne pas avoir opté pour un nœud papillon ? A trop vouloir faire le malin… Si au moins, j’avais su faire un nœud de pendu, j’aurais pu me délivrer définitivement de mes angoisses. Imbécile ! Comme si la future mariée aurait apprécié d’être renvoyée définitivement au royaume des possibles…

Trois heures plus tard, après quelques baffes et de profondes respirations, j’avais enfilé mon costume, fait le nœud tant redouté – un double Windsor, excusez du peu ! – et enfilé gilet et veston. Accoutré de la sorte, je me rendis à la maison de ma bien-aimée. La sœur m’ouvrit tandis que la mère me prenait en photo du bout du couloir. On m’accueillit avec le même enthousiasme que si j’eus été un cadeau de Dieu. Dans le salon, des gens s’étaient amassés pour voir la tête que j’afficherais en apercevant ma promise. Il ne fallut que quelques minutes pour qu’à l’étage, on annonce l’arrivée la personnification immaculée de mon bonheur. En le découvrant, un frémissement me parcourut de la pointe des orteils aux commissures des lèvres. Elle était magnifique.

*

Un doute me prend. Tout cela s’est-il bien déroulé ? N’ai-je pas été victime de quelque hallucination ? Ne s’agit-il pas, au final, d’un scénario trop beau pour être vrai ? Certes, la bague est là pour attester des événements mais une bague, ça s’achète, ça se vole. La breloque s’enroule autour de mon doigt mais cela ne prouve nullement qu’une histoire y soit associée. Heureusement, il me suffit de fermer les yeux pour entendre les crépitements des feux de Bengale balancés par la foule et sentir le baiser déposé par la Reine pendant notre première danse. Le plus beau jour de ma vie…
_________________
Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles mais uniquement par manque d’émerveillement (G. K. Chesterton)
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