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Les textes

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    A vos plumes ! Index du Forum -> Jeux de plumes -> Archives -> Archives 2016 -> Jeu 226 - tournez manèges !
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Hori
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MessagePosté le: 25/04/2016 08:13:56    Sujet du message: Les textes Répondre en citant

Au revoir

Son regard est inquiet, comme si elle savait. Elle se cramponne à la nacelle en bois qui s’ébranle déjà. Le froid est vif ; ce matin, sa mère lui a donné sa tasse de lait chaud ; elle a fermé avec soin son manteau élimé, a peigné ses cheveux blonds et les a cachés dans sa coiffe du dimanche.

Toute la foire s’époumone en flonflons, en cris d’enfants et appels des forains. Bousculée par les adultes pressés, prise dans les cavalcades d’enfants qui brandissent des barbes à papa, elle a serré la main de sa mère, seul élément chaleureux dans la foule anonyme qui joue des épaules autour des boutiques des forains ; une main délicate, naguère pommadée et manucurée, à présent rougie et durcie par les travaux manuels.

Elle vient d’avoir trois ans et son monde a changé ; elle a quitté sa chambre immense avec alcôve et moulures au plafond ; elle a quitté ses jouets. Maintenant elle dort avec sa mère dans une minuscule pièce qui est aussi une cuisine et une salle d’eau ; il n’y a plus de TSF d’où grasseye Maurice Chevalier, sur laquelle appuyer ses petites mains parce que c’est chaud. Il n’y a que les disputes des voisins et le silence de sa mère, qui n’ouvre jamais les volets.

C’est la première fois que sa mère l’emmène se mêler à la plèbe de Paris. Elle marche résolument en tirant sa fille dans son sillage et le menton haut, elle défie les badauds du regard, elle affronte pour la première fois depuis plusieurs mois une foule inconnue ; le rouge lui monte au front jusqu’à la racine de ses cheveux qui ont commencé à repousser. Elle porte une perruque, sa seule dépense importante depuis le déménagement.

Sur le champ de foire, ça braille et ça chante à tue-tête, ça trompète et ça tambourine, pour compenser les cinq années mortes où on ne pouvait que chuchoter.

C’est sa mère qui lui a proposé le carrousel. Les nacelles partent ; sa mère lui fait un signe d’au-revoir accompagné d’un sourire. Il faut moins d’une minute pour faire un tour complet ; la petite fille aux cheveux trop blonds reste grave et attend de revoir sa mère, qui lui adressera un petit coucou et un autre sourire.


TOURNEE GENERALE

- Alors quoi ? Tu décris la photo et t'écris un texte de 3500 signes maxi. Kapish ?
- C'est impossible ! s'écria le jeune auteur, pour une fois totalement destabilisé par la situation d'écriture imposée. D'ordinaire, il trouvait tout de suite ! On lui envoyait le thème le lundi, le mardi il avait écrit son plan, l'histoire était complète. Challenge personnel d'un jeune écrivain en devenir, un loup aux dents longues sans éthique narrative particulière, besoin pressant d'argent : il avait tout pour réussir dans ce milieu. C'était son contrat : tous les dimanches, écrire une fiction pour un petit hebdo culturel à partir de clichés d'artistes. Un duo littéraire et pictural en quelque sorte.
Mais cette fois-ci, il n'avait rien... Pas l'ombre d'un personnage, d'une intrigue, pas même un segment nominal... rien !
- Démerde-toi ! fit Brochu l'éditeur, au bout du fil, toujours bouledogue dès lors qu'il s'agissait d'argent. Invente ! Détourne, déforme, brode, tricote, imite... ! Mais si j'ai rien dimanche : c'est la porte ! ajouta-t-il en raccrochant.
Ce n'était pas la première fois qu'on le menaçait. On le traitait comme un chien... et il crevait de faim ! Ce job qu'il avait accepté pour se faire la main rongeait une partie de son temps et une partie de son talent. Toujours des histoires à inventer qui ne relevaient pas de son registre !
Il regarda de plus près cette photographie en noir et blanc qui n'évoquait rien pour lui : une fête foraine, une gamine boudeuse, deux musiciens de la fanfare locale, une mère au sourire élargi et au petit geste affectueux de la main... Ca sonnait années 60, bonne humeur populaire, clin d'oeil à la condition ouvrière, 30 Glorieuses... Ca sentait le pot-au-feu et le pastis de 11 heures au bistrot du coin... Une mystification communiste probablement. Désespérant ! C'était pas son truc ! Même s'il se forçait à tous les domaines de l'écriture, il avait des limites ! Lui, il excellait surtout dans l'art de dégommer des putes et de les faire éviscérer par un psychopathe doublé d'un violeur. C'était encore mieux quand il était infanticide. Ou vice-versa...

Suivant le conseil de l'éditeur, il essaya d'imiter quelques styles connus. Avisant les « Lettres de mon moulin » dans sa bibliothèque, il écrivit à la Daudet : « Eh bien mon bon monsieur ? Que croyez-vous qu'il advînt ? Paul, saxophoniste sortit son copain à la fête foraine. Dans tout le Lavandou, ça sentait le dimanche, les filles en bourgeon, les rires des enfants... » Bof... A la Zola : « Dans les parfums toujours flottants des fleurs encore ouvertes, dans la chaleur du soir, tournoyant, virevoletant, dépassant déjà les cimes, à pied, en vélo, à cheval, on voyait la fête foraine et ses mille grains de lumière renvoyaient leurs luminescences dans les yeux de Germaine, pour une fois repue de bonheur maternel. »... Bof.. Une écriture plus moderne ? A la Christine Angot tiens : « Merde ! Une gosse toute seule. C'est moi. Non. Si. Je ne sais pas. J'ai faim, je jouis, spectacle, vision d'enfance. N'a foutre, j'écris : c'est moi ! »
Et il continua longtemps, longtemps... C'était mauvais... mauvais...

A Brochu, le dimanche soir, il envoya ceci : « Pas pu écrire : quand la gamine a sorti son flingue, elle a tiré trop vite, zigouillé les deux fanfareux, éventré sa mère, fait exploser le stand ... »

Plus tard, il poussa la porte d'un bar familier et lança à la cantonade : « Je suis viré ! C'est ma tournée : pastiche général ! » la tête farcie de ses écritures.


Que du bonheur !

C’est moi engoncée dans mon manteau à boutons blancs, trois, le visage couronné d’une coiffe ridicule qui préfigure la nonne que je suis devenue. Je suis inquiète : ma mère a disparu et la fille devant moi pédale comme une dératée, on va se renverser. C’est triste à dire, mais je ne l’ai jamais revue, ma mère. Elle m’a déposée dans ce triporteur puis pschitt, plus rien, évaporée, avec toutefois suffisamment de lucidité pour m’abandonner dans un endroit où je serais vite repérée. À mes yeux, à ma bouche, froncés, pincée, on devine que je sais. J’ai l’air d’une orpheline et pour cause, ma vie était en train de basculer. Aujourd’hui, je me demande encore pour qui cette photo a été prise.

C’est moi qui tends la main pour rassurer ma fille, on ne la voit pas, elle s’agrippe à la barre qui traverse son cheval de bois, raide comme un passe-lacet. À ma gauche, mon petit garçon fait la tête, mon mari n’a pas voulu qu’il monte. À son âge, il a du mal à comprendre qu’on ne peut pas tout s’offrir dans la vie, les temps étaient durs. Aujourd’hui, il pourrait acheter le carrousel et le parc avec, s’il le désirait. Elle a un peu peur, ma fille, mais elle sourit à pleines dents. Pas comme cette pauvre gamine à l’air triste qui me dévisage.

C’est moi avec ma trompette entre deux jams sur le kiosque, avec mon copain Léon. Tous ces mioches qui hurlent de joie chaque fois que le pompon les effleure me touchent. Ça bouge, ça rit, ça vit. Sauf la petite au couvre-chef blanc qui scrute les environs. Je me demande à quoi elle pense. Si je ne souris pas ou juste du bout des lèvres, c’est que la vue de ces gamins me brise le cœur. On a bien essayé d’en avoir avec ma femme, mais rien n’est jamais sorti de son ventre sinon le malheur. Sans la trompette, j’aurais du mal.

C’est moi, là, entre le vieux à casquette et la petite fille habillée pour l’hiver. Si je n’avais déjà dépensé tout mon argent, je tournerais avec eux. Tout mon argent, c’est beaucoup dire, à peine de quoi m’offrir une barbe à papa et un coup de chamboule-tout, c’est pour ça que je regarde partout, dès fois que je trouverais une pièce par terre. Ils ont de la chance ces enfants-là.

Moi c’est Léon, le copain de la trompette. Elle se fait du mal à lorgner ces chiares. Pas comme moi avec mes six enfants. « J’avos in lézard din min fendard et j’en étos pas maître ». Je lui en refilerais ben deux ou trois si ça pouvait lui faire plaisir, mais y veut pas : « Un neu ramon, i ramonne toudis miu ». Un balai neuf balaye toujours mieux.

Et puis il y a moi, forain de chez forain, on me voit pas sur la photo, je m’occupe du tortillard quand je fais pas le chien. Faire le chien, la mascotte du parc, c’est suer sang et eau dans une fourrure intégrale par 40° pour amuser le chaland. On tient pas plus d’un quart d’heure et faut boire des litres d’eau. Ce que j’préfère, c’est mater les jolies donzelles, celles qu’ont un décolleté pigeonnant, j’suis pas regardant avec le pompon pour ces pigeonnes. Sinon, j’aime bien aussi le monte-crétins, la grande roue, c’est relax. Elle a pas l’air gaie, la petite. Les ploucs, d’habitude, ça rigole. Faut pas croire, mais je les bichonne mes clients, faites pas attention à la parlure, c’est juste not’ façon de parler à nous. On vend du bonheur, ici, c’est la première chose qu’on explique aux bleus qui nous filent un coup de main l’été. Rien que du bonheur. Un coup de pompon, ça te dirait, ma petite ? T’inquiète pas, elle va revenir, ta mère.


Red sixties

Je voulais aller dans la fusée clignotante mais ils n’avaient pas voulu. Trop dangereux m’avaient-ils susurré à l’oreille ; ils ne pouvaient s’empêcher de « susurrer ». Comme si j’avais été en cristal et qu’une phrase prononcée normalement aurait inévitablement détruit mes jolies petites oreilles. En lieu et place du destrier d’argent, j’avais hérité d’un traîneau… Est-ce que j’avais l’air d’avoir envie que l’on me traîne ? Du haut de mes trois ans, j’avais déjà bien compris que les troïkas et autres bouts de bois glissants ne m’emmèneraient jamais dans l’espace. Si encore la chose avait été tractée par des rennes dans un paysage enneigé, je n’aurais peut-être pas dit non, mais là… Si pour le prestige du véhicule, c’était raté, ils auraient pu au moins soigner mon style. Mais non… que j’avais l’air cloche avec mon foulard remontant haut dans mes tifs et mon paletot à gros boutons blancs ! Pensez-vous ! Pas plus qu’au sujet de mon embarcation, je n’avais eu de mots à dire sur mon look. Pitoyable… Qu’ils avaient l’air benêt à agiter leurs doigts en me souriant de toutes leurs dents gâtées. Gouzi gouzi ! Et qu’ils étaient pâles ! De vraies trognes de Russes. Joseph et Vladimir auraient été fiers s’ils les avaient vus. Craignant l’invasion imminente de l’Occident, mes parents ingurgitaient vaillamment des quantités astronomiques de légumes et de viande. Mais plus que de bidoche et de carottes, c’était de peur dont ils étaient imprégnés. Regarder leurs visages suffisait pour s’en convaincre. Leurs sourires étaient crispés, leurs traits tendus. La pose se voulait réconfortante : « Tu ne vas pas mourir en te laissant emporter par ce dangereux traîneau ». Mais l’angoisse se lisait dans leurs yeux cernés de bons prolétaires. Savaient-ils seulement que j’étais condamné à repasser devant eux ? A chaque tour d’attraction, ils me souriaient comme s’ils étaient heureux de constater que je ne m’étais pas barrée en douce au milieu du parcours. Une belle bande de nigauds, je vous jure. Papa avait l’air de faire partie des chœurs de l’Armée Rouge, avec son képi grand comme une soucoupe volante et sa cravate à carreaux, l’Oncle Anatole, à ses côtés, avait beau se donner des airs mystérieux, il était aussi éloigné d’Humphrey Bogart que Moscou ne l’était de New-York. Quant à ma mère… Ils avaient bien fait de ne pas me laisser monter dans cette foutue fusée, je me serais cassée de leur monde puant la misère et l’alcool de pomme de terre… ils avaient dû s’en douter.

Tourne, tourne, petite Chloé

– Tu as vu, Charles, comme elle est contente ?
– Oui ma chérie, comme toujours !
– Tu as vu comme elle rit ? Un vrai bonheur, notre Chloé !
– Un vrai bonheur, je ne te le fais pas dire.
– Dans quelques minutes le tour sera terminé. Tu te rappelles son petit visage fermé, sa colère la première fois que nous l’avons conduite à la fête foraine. On craignait qu’elle ait peur et finalement, c’est elle qui a refusé de descendre de la voiture de pompiers : « Encore mamie, encore papy, encore ! »
– Tu sais bien que ça n’arrivera pas aujourd’hui, puisque comme d’habitude je lui ferai signe qu’elle peut rester sur le carrousel, aller dans le carrosse de la reine ou sur un cheval de bois. On a acheté un carnet entier de tickets.
– Tu crois qu’elle est assez couverte ? Il fait frais pour un mois d’avril. Je ne voudrais pas qu’elle s’enrhume.
– N e t’inquiète pas, tu lui as mis son bonnet et son manteau fourré et...
– je lui donnerai un bon bain chaud quand nous serons rentrés. Et elle rira aux éclats en m’éclaboussant de mousse !
Marie sourit aux anges, accrochée au bras de son mari, les yeux fixés sur une fillette aux joues roses qui tourne, tourne en poussant des cris de joie. Le sourire de Charles s’est effacé, son visage s’est rembruni. Il réprime un soupir en regardant la frêle silhouette de Marie penchée en avant, les fils gris qui ont prématurément envahi ses cheveux bruns.
– C’est vraiment sympathique cette fête qui revient chaque printemps sur la place près de chez nous, reprend Marie, la vogue comme on dit dans la région. Ils n’ont pas ça en région parisienne.
Charles lui serre le bras un peu plus fort et murmure :
–Si nous nous approchions du kiosque ? Les musiciens commencent à se rassembler, il va y avoir un concert de l’harmonie municipale.
– Attendons un peu. Nous irons avec Chloé dès qu’elle en aura terminé avec cette attraction. Tu sais bien qu’elle aime te poser des questions : « Pourquoi ils ont des casquettes les monsieurs qui jouent, pourquoi celui-là il fait des grands gestes avec une baguette ? Ça, c’est le trombone, papy, ou la trompette ? Dis papy, tu m’en achèteras une de grosse caisse, mais juste pour chez toi et mamie parce que maman, elle aimerait pas que je lui casse les oreilles ! »
Marie parle, égarée dans ses souvenirs heureux. Dans l’esprit de Charles, c’est une boîte blanche, des fleurs, blanches aussi, des yeux rougis par les larmes qui ressurgissent et lui vrillent le cœur. Il prend Marie par les épaules et tente de l’éloigner.
– Non Charles, on ne peut pas laisser Chloé toute seule.
– Mais si, on a le temps d’aller lui acheter...
– sa crêpe au chocolat ! J’ai failli oublier !
Lorsqu’ils reviennent, Marie portant avec précaution la crêpe toute chaude dans sa serviette en papier, le carrousel tourne toujours. Elle a beau chercher de tous ses yeux, plus de fillette aux joues roses, au bonnet rouge. Elle adresse à Charles un regard noyé de douleur. La comédie est terminée, celle dont il connaît les moindres détails, qu’il se contraint à jouer depuis cinq ans, en avril, pour Marie, parce qu’il sait que cela lui fait du bien, du mal aussi, mais qu’elle ne lui pardonnerait pas de ne pas sacrifier à ce rituel.
Ils repartent tous les deux vers la sortie, main dans la main, un peu plus courbés qu’à l’arrivée, lourds de chagrin. La crêpe au chocolat échoue dans la poubelle la plus proche.

Princesse

La Foire du trône, quand ils en ont parlé, j’ai cru qu’on y vendait des pots de chambre, parce que « la petite princesse », c’est ça son trône. Pour elle, il n’y a rien de trop beau, peut-être qu’ils vont lui en acheter un tout en or. Moi, je serais bien resté à la maison, mais non, il a fallu que je vienne, obligé. « Tu vas voir comme tu vas t’amuser » a dit papa. Je me suis dit qu’ils m’emmenaient avec eux rien que pour m’embêter et que ça devait schlinger pas qu’un peu là-bas avec tous ces pots et les parents qui les font essayer à leurs gniards.

On est partis tous les cinq, les vieux, Lucie, qui a deux ans de moins que moi, Katia dans la poussette et puis moi qui trainais derrière. « Celui-là, cherchez à lui faire plaisir, il faut quand même qu’il fasse sa tête de cochon » qu’elle a dit, maman. Avec Lucie, avant on s’entendait bien, je la protégeais parce que j’étais son grand frère. Dès qu’on me donnait trois sous, je lui achetais des bonbons ou un petit jouet. C’est Katia qui a mis le bazar. Maintenant, c’est Lucie qui joue à la grande sœur avec elle ; et moi c’est comme si je n’existais pas.
En plus, j’aurais voulu un frère. Pas de chance, c’est la pisseuse qui est arrivée. Ils l’ont appelée Katia à cause d’un film qu’ils avaient vu, une histoire de princesse en Russie. C’est pour ça qu’ils disent toujours « la petite princesse. »

Quand j’ai vu la Grande roue, j’ai compris que la Foire du trône, c’était bien une fête foraine. J’ai été de bonne humeur tout d’un coup, j’ai voulu les amener vers le tir à la carabine. J’aurais été gentil et papa m’aurait laissé faire quelques cartons. Mais Katia a montré les chevaux de bois qui tournaient en tirant leurs carrioles, alors forcément ils sont allés là-bas. Ils l’ont assise sur le siège, elle avait l’air toute bête, avec son bonnet tout moche. Maman a dit. « Oh est-ce qu’on dirait pas une vraie princesse russe dans sa troïka ! » Et comme deux types d’une fanfare passaient par là, moitié bourrés, elle leur a demandé s’ils ne pourraient pas jouer un air russe pour sa Katia. Alors ils ont soufflé dans leurs trompettes, en dansant comme des dingues en s’accroupissant et en tendant une jambe après l’autre. Finalement ils ses sont retrouvés par terre en riant tout ce qu’ils pouvaient. Ils ont bousculé Lucie ; elle a eu peur et elle s’est cachée dans les jupes de maman. Moi, j’avais tellement honte que je me suis écarté un peu, comme si je n’étais pas avec eux.

Quand les dingues ont eu fini et qu’ils se sont relevés et sont partis, j’ai dit à maman « C’est un tour sur les Montagnes russes qu’il lui faut à ta Katia ». C’était juste une blague, mais maman s’est fâchée : « elle est bien trop petite, tu veux sa mort ma parole ! » Résultat, tintin pour le tir à la carabine, la Grande roue et tout le reste. J’étais venu là pour rien.

Quelques temps après, papa et maman se sont mis à parler tout le temps du « Front popu », de Bloum, de Torresse et des communisses. Je ne comprenais rien à tout ça, mais quand j’ai dit « Katia, elle c’est le front pot pue », je me suis ramassé une baffe.
A l’école, mon copain Jules m’a dit que les communisses, c’est comme en Russie, et que là-bas, il n’y a plus de princesses parce qu’ils les ont toutes zigouillées. Alors le jour où papa est revenu à la maison tout content en criant « ça y’est, j’ai ma carte au parti communisse ! », moi j’ai regardé Katia et je lui ai dit dans l’oreille : « toi, la princesse t’auras pas intérêt à la ramener maintenant ! »
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MessagePosté le: 25/04/2016 08:13:56    Sujet du message: Publicité

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