A vos plumes ! Index du ForumA vos plumes !
Forum littéraire, qu'on se le dise !

 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

Les textes des gages

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    A vos plumes ! Index du Forum -> Jeux de plumes -> Jeux divers
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Aureplume
Plume de Garuda


Inscrit le: 26 Mai 2016
Messages: 422

MessagePosté le: 26/08/2016 23:16:07    Sujet du message: Les textes des gages Répondre en citant

Bonjour : J'avais envie de référencer ici les textes des gages. J'aime beaucoup ce jeu (vous ne l'aviez pas remarqué). Mais le fil est remplis de commentaires (tout à fait normal) qui ne facilitent pas de lire tous les textes, je voulais les rendre plus visibles.


tobermory a écrit:


Il y avait un terrible orage dans la garrigue. Les éclairs zébraient le ciel et le tonnerre tonitruait. Le lapin blanc, affolé, courait en zigzags pour éviter les impacts de la foudre. Il fallait absolument qu’il trouve un endroit sûr. Il connaissait plusieurs terriers bunkers souterrains, mais ils étaient inondés à raz bord. Il avait entendu dire qu’en cas d’orage il fallait surtout éviter de s’abriter sous les arbres. C’est pourquoi il grimpa au sommet d’un chêne. A sa grande stupéfaction, il manqua pourtant d’être foudroyé. En une demie heure, le chêne n’était plus qu’une silhouette noircie et le pelage du lapin blanc avait viré aussi roux que celui du lièvre de Mars.

Enfin l’orage cessa. Toutes ces émotions avaient creusé l’estomac du lapin blanc. Hélas, tout ce qui constituait sa nourriture habituelle avait été carbonisé ou emporté par les eaux. Plus une carotte, plus une racine, même plus un brin de serpolet. Il se voyait déjà mourant de faim lorsqu’une merveilleuse odeur vint lui chatouiller les narines. Ce fumet provenait d’une mixture qui emplissait le creux d’une pierre. En effet, divers légumes, une truffe et un brin de thym arrachés et emportés par les eaux s’étaient coincés dans ce trou et avaient mijoté à la chaleur de la foudre. Le tout, auquel s’était ajoutés un mulot et quelques lézards noyés, avait concocté un délicieux potage, digne des plus grands chefs. Le lapin blanc s’en emplit la panse, ne pensant à rien d’autre qu’à l’éblouissement de ses papilles. Si absorbé qu’il était, il ne vit pas arriver le renard et se trouva en grand danger. Mais le rusé prédateur fut à son tour tellement subjugué par le velouté des garrigues, qu’il en oublia de manger le lapin. En trois lampées, il éclusa le fond de la soupière improvisée et déclara en se pourléchant les moustaches : « C’est divin ! » Puis il s’éloigna. Le lapin blanc, qui avait fait le plein de protéines pour une semaine et ne voyait aucun ennemi dans les parages, se sentait mûr pour une petite réflexion métaphysique. D’où venait le délicieux brouet dont il s’était régalé ? Il devait admettre qu’il n’avait pas de réponse à cette question jusqu’à ce que soudain il se souvienne des paroles du renard : « C’est divin ! » Comment n’y avait-il pas pensé plus tôt, Seul Dieu avait pu concevoir et réaliser une telle préparation. Et comme il se dit que Dieu avait dû créer les lapins à son image, il imagina un gigantesque lapin blanc tout là haut. A ce moment, un grand nuage passa dans le ciel et le lapin blanc y reconnut les longues oreilles, le petit bout de queue et les dents proéminentes caractéristiques de la gent cuniculienne. Il avait trouvé la foi et il n’eut pas le temps de la perdre car il fut tué le lendemain par un chasseur. Souhaitons-lui d’être aujourd’hui au paradis. Au paradis de lapins bien entendu.



Juliette a écrit:
Vert

Mademoiselle Bipède a été unique. Espèce éteinte d'hominidés, elle a survécu, comme elle a pu. Elle a tenté de suivre le groupe de ceux qui devaient s'imposer, parce que plus forts, parce que plus évolués dans les caractéristiques de la locomotion. Elle marchait difficilement, il eût fallu que ses compères d'un jour ralentissent pour qu'elle puisse les rattraper. Comme eux, elle se nourrit de cueillette à la différence près que les "autres" sont plus évolués ; ils partent en chasse, sont capables de faire du feu et de fabriquer des outils, des lances, des couteaux. Ils se demandent : "Mais qui est cette créature et pourquoi pleure-t-elle ?" Elle s'est éteinte lors d'une crue éclair, entre les nuages et le feuillage vert. Elle ne se doutait pas qu'à titre posthume, elle deviendrait célèbre. Lorsque ses ossements furent découverts en 1974, des paléontologues surnommèrent le fossile Lucy, en référence à la chanson "Lucy in The Sky With Diamonds", un groupe de quatre homo sapiens dans le vent dont le leader à lunettes prônait un mode de vie Peace and Love, à grands renforts de fleurs et d'amour. Pour eux, il n'était pas question d’australopithèque, mais plutôt d'une fille aux yeux kaléidoscopes. "Everyone smiles as you drift past the flowers", "Tout le monde sourit quand tu dérives au-delà des fleurs"... A l'inverse, c'était un drame qui se déroulait pour Lucy, noyée au milieu de plantes qu'elle ne connaissait pas, dans la chaleur de l'Afrique. Des insectes tournoyaient dans la végétation dense et Lucy voyait déjà des étoiles qui l'appelaient pour rejoindre le ciel.
Mademoiselle Bipède a été unique. Digne représentante de sa génération d'hominidés. Elle a fait tout ce qu'elle a pu pour lutter, se raccrocher à la vie. Hélas le courant était trop fort et personne ne l'a secourue. L'évolution était en marche. Sa bipédie était partielle, elle était si frêle, si maladroite dans ses mouvements... Elle est morte dans un petit cadre de verdure où la lumière est meurtrière.



jeeves a écrit:
Neptune 2113
« On a peur de personne les petits, vous pouvez le faire et vous le savez. C’est vrai qu’on est pas à Pierre Antoine, on en a même jamais été aussi loin ! Mais les autres non plus ne sont pas chez eux. » Après la distribution des maillots, l’entraîneur donnait les derniers conseils et encouragements aux jhouheur du CO.
Depuis deux ans le top deux cent trente, toujours appelé Bouclier de Brennus se jouait dans le cadre des échanges sportifs interplanétaires, ce qui posait quelques problèmes.
Il était très compliqué d’emmener dans le bus trans-planètes sufyzaman de confits de canard, de cassoulet et de Blanquette de Limoux pour tenir le coup une semaine. Pas question d’avaler les hamburgers au ziglotron et de boire du Gloub’s galactique, deux spécialités qui ont fait la gloire des restaurants Neptuniens.
Et voilà qu’en ce premier avril deux mille cent treize, devant un stade archi-comble l’équipe des solides Tarnais au maillot bleu et blanc fit son entrée sur le terrain, suivie de l’équipe New-Yorkaise arborant leur célèbre tenue arc-en-ciel.
Une fois le haka de la Montagne Noire et celui de Manhattan expédiés, les choses sérieuses comanssaire.
Et c’est le coup d’envoi des arcs-en-ciel, les arrières Castrais récupèrent le cuir et avancent, un coup de pied dans les vingt-deux amène une touche sur la ligne médiane, le talonneur lance mauvais alignement pénalité pour le bleu-blancs on amène le tee ça passe ouiiiiii trois-zéro l’arbitre ramène le jeu au milieu chandelle marque et ça repart hors jeu sur la ligne de New York mêlée à cinq mètres…

Bon j’arrête, c’est fatiguant de commenter un match et je n’ai même pas de vidéo.
Les deux équipes regagnent les vestiaires sous les acclamations de la foule Neptunienne en délire. Le score est de soixante-dix à trois.
Place à la troisième mi-temps avec son cortège de cris de guerre « Tous ensemble, tous ensemble C.O ! » et « Together, together N.Y ! », d’autographes et de bonne chair.
C’est ce soir mémorable que les habitants de Neptune ont découvert le cassoulet et le fromage de Lacaune, depuis leur vie n’a plus été la même.
De toutes façons, c’est Castres qui a gagné parce que ce sont eux les meilleurs. Savez-vous qu’ils ont gagné tous les Brennus depuis deux mille treize ?

_________________
"L'anémélectroreculpédalicoupeventombrosoparacloucycle est un vélo à deux roues qui utilise toutes les forces propulsives connues et même inconnues"


Dernière édition par Aureplume le 26/08/2016 23:30:18; édité 3 fois
Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: 26/08/2016 23:16:07    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Aureplume
Plume de Garuda


Inscrit le: 26 Mai 2016
Messages: 422

MessagePosté le: 26/08/2016 23:18:28    Sujet du message: Les textes des gages Répondre en citant

FiKus a écrit:



Sa coquille profondément fichée sur sa tête, discrètement caché derrière le coin du poulailler, Caliméro les observait depuis plus d’une demi-heure. Même s’il n’avait pas voulu les épier, comment ignorer les caquètements stridents qui résonnaient dans toute la basse-cour ? Son petit manège l’insupportait. Il le voyait gratter la terre et ébouriffer ses plumes tout en la noyant de compliments aussi creux qu’insipides. De l’esbroufe, oui ! Saleté de petit coquelet arrogant. Mais ce qui le désolait vraiment, c’était de voir qu’elle n’était pas complètement insensible à cet étalage de ridicule, minaudant autour de lui et gloussant sous les compliments. Jamais encore il ne l’avait vue se comporter de la sorte, en tout cas aucune des fois où il avait trouvé le courage de lui parler. Quelle injustice … Pauvre petit Caliméro au cœur brouillé.

Désespéré, il trainait des pattes au hasard lorsqu’il entendit des voix qui le glacèrent d’effroi : la fermière et son mari, qui au milieu d’un anodin « repas de famille » et d’un non moins banal « fondant au chocolat », lâchèrent un terrifiant « coq au vin ». Affolé, Caliméro allait partir en courant prévenir tous les autres, mais … De nouveau, ce terrible sentiment d’injustice revenait lui piquer les yeux. Parce qu’il était petit et faible, tout le monde s’en prenait à lui.

Se glissant discrètement dans le poulailler, il alla déposer un petit mot près du perchoir de l’insupportable coquelet. Juste quelques mots, vagues et prometteurs : « Retrouve-moi au crépuscule, près du poteau de l’entrée ».

Par l’intrigue alléché, le jeune prétendant honora de se présence la fameuse invitation. Pour se voir rapidement cueillir par deux bras musculeux. Premier trouvé, premier attrapé. Rien de plus simple. Après s’être débattu farouchement, et comprenant qu’il ne pourrait se défaire de la ferme étreinte qui l’emprisonnait, il releva la tête dans un simulacre de dignité. Mais dans ses yeux Caliméro pouvait lire : « La vie est vraiment trop injuste ».



tobermory a écrit:



Dans le chou

Lardon rose, Pomme reinette et Marron glacé avaient eu tellement peur lorsqu’on les avait arrachés à leur environnement qu’ils s’étaient évanouis. Revenu à lui, Lardon rose regardait ses compagnons. Pomme reinette était une minette rondelette, fraîche et pulpeuse à souhait. Marron glacé, un black costaud, arborait une tronche toute cabossée. Il faut dire qu’il était boxeur et que son qualificatif de « glacé » venait de ce qu’il se baladait le plus souvent avec une vessie à glace sur le crâne pour calmer la douleur due aux coups reçus ainsi qu’aux stages régénérateurs de macération dans l’armagnac. Quand à Chou rouge, sa mine écarlate n’annonçait rien de bon.

Remarquant que la pimpante Pomme lançait des œillades au boxeur qui en rougissait autant que le permettait sa pigmentation, Lardon les interpella :

— Hé les amoureux, c’est pas le moment de flirter, vous savez où on est ?
— Ben, dit Marron, c’est tout blanc, tout net, on dirait un labo.
— Ouais, dit Lardon rose, c’est le labo-cuisine de Dame Sachka.

Dame Sachka ! A ce nom, les deux autres blêmirent d’horreur. Dame Sachka était connue dans le monde de l’agro-alimentaire comme « La terreur des endives » pour avoir torturé et exterminé toute une population de ce paisible légume, un quasi génocide.

Et Lardon ajouta :
— En arrivant ici, notre pauvre ami Chou rouge a eu une telle frousse qu’il en a fait une crise d’apoplexie. Il est tout cyanosé et tout ce qu’il y a de plus mort.
— Faut sortir de là ! cria Marron
— Bien d’accord, dit Pomme, mais comment ? Porte fermée, fenêtre fermée, les couteaux de Dame Sachka prêts à nous démembrer et à nous balancer dans la marmite !
— J’ai une idée ! dit Lardon.
— Chouette, applaudit Pomme, vite vite !
— En fait mon idée, c’est de renforcer mon intelligence pour trouver l’idée géniale.
— Tu te fous de nous, grogna Marron, c’est pas en 5 minutes que tu vas devenir Einstein.
— Pourquoi pas ? Puisque Chou rouge est mort, je vais le grignoter, d’ailleurs il me fait déjà saliver, ce sont mes gènes porcins qui parlent là.
— Ah, le dernier repas du condamné, voilà qui nous avance bien, soupira Pomme.
— Mais non, expliqua Lardon ; le chou rouge, c’est plein de phosphore, de sels minéraux, d’oligoéléments, d’acides aminés, tout ce qu’il faut pour élaborer des neurones en béton.

Aussitôt il se mit à l’ouvrage et ne s’arrêta que lorsqu’il eut creusé une grosse cavité dans le ventre du crucifère miracle. Tandis que Chou rouge perdait de sa substance, la tête de lardon grossissait, grossissait, son cerveau repoussant les parois de la boite crânienne jusqu’à faire quintupler celle-ci de volume. Dans ses yeux brillait maintenant un feu d’artifice d’intelligence à rendre jaloux Pascal, Einstein et Sylvester Stallone réunis. Il proclama :
— Ça y est, j’ai mon plan d’évasion : nous allons partir tous trois en navette spatiale
— Génial, dit Pomme, tu comptes téléphoner à la Nasa ?
— Pas la peine, la navette, elle est devant tes mirettes, ma reinette : le chou rouge que je viens d’évider. Après le chou-navet, le chou-navette. On se carre tous trois là dedans et à nous les galaxies !
— Et l’énergie ?
— J’ai tout prévu : Je verse dans la cocotte-minute mon cocktail-carburant super-énergie : vodka, redbull, vitamine C et algoflash. Je raccorde le chou rouge à la soupape par le tuyau du lave-vaisselle, et j’allume sous la cocotte. Et Maintenant, embarquement immédiat !

Donnant l’exemple, Lardon se précipita dans l’habitacle végétal suivi de Reinette et de Marron. Une fois à l’intérieur ils tirèrent une des larges feuilles rouges sur l’ouverture pour l’obturer et ils attendirent. Il y eut un sifflement strident suivi d’une formidable explosion. La navette projetée comme un boulet de canon, passa à travers la fenêtre et fonça dans les airs.

— Au fait on va où ? demanda Reinette.
— J’ai programmé pour une planète d’Alpha du Centaure, un endroit sans végétariens ni omnivores, rien que des cailloux, un vrai paradis pour tous trois ! dit Lardon.

Le périple dura, dura. Encore dans le système solaire, Reinette et Marron poursuivirent en romance le flirt entamé sur Terre et ensuite ils vécurent une merveilleuse lune de miel dans les étoiles. Ils eurent la satisfaction de se voir bientôt entourés d’une flopée de pommeptitmarrons. Tout cet équipage se nourrissait de chou rouge, si bien que la paroi de la navette commençait à s’amenuiser, au détriment de la sécurité spatiale et de la réserve alimentaire. Ils se crurent sauvées en constatant qu’à la suite de la traversée d’un mystérieux nuage cosmique, la taille du chou navette avait augmenté dans des proportions astronomiques. Ce fut la liesse générale et chacun se mit à ronger sans complexe la chair savoureuse et craquante. Hélas, les parois devenant translucides, ils comprirent qu’eux aussi étaient frappés de gigantisme. Lardon avait dépassé en taille son porc d’origine et les autres à l’avenant. Cruel dilemme, exploser en vol ou mourir de faim.

Marron, suggéra :
— Quand la bouffe laisse à désirer sur un bateau, on fait une mutinerie. Voilà la solution. Lardon, Reinette, les pommeptitmarrons, à nous tous, on aura le dessus sur…sur…heu…

Personne n’osa se moquer du malheureux boxeur aux neurones un peu faiblards.
Reinette avait l’humeur morose :
— Moi je rêve de revenir sur la Terre. Je n’ai pas envie d’une planète tas de cailloux comme bac à sable pour mes petits. Je rêve de pelouses et de fleurs.
— Ça tombe bien dit Lardon, vu la situation, le retour d’urgence s’impose. On atterrira aux USA, c’est là qu’arrivent tous les vaisseaux extra-terrestres.
— Sûr, confirma reinette : J’ai été Pomme pomme girl et mon boy friend m’emmenait dans les drive in voir « Invader from mars » , « The day the earth stood still », « Earth vs the Flying Saucers” etc. Jamais vu ces gens là se poser en France ou en Suisse.
— Ouais, grogna Marron, et on aura toute l’armée comme comité d’accueil.

Mais Lardon, sûr de lui :
— Pas de souci, notre chou rouge géant nous donnera toute latitude pour négocier !
Là-dessus Lardon demanda à la population crucifèrienne de se tasser tous du même côté afin d’arracher la navette à son ellipse et la précipiter vers la Terre

Sur Terre, les télescopes captèrent cette masse rouge qui s’approchait ; en raison de sa couleur, les astronomes décrétèrent qu’il s’agissait d’un fragment détaché de la planète Mars.
Voyant le météorite foncer vers chez eux, les américains sautèrent de joie devant ce « cadeau du ciel ». Mais ces cris d’euphorie se transformèrent en hurlement de terreur quand la chose déboula sur une ville écrasant tout sur son passage. « The blob ! The Blob ! »(1) s’exclamaient les malheureux qui se trouvaient sur son chemin, persuadés qu’il s’agissait de l’entité gélatineuse qui avait flanqué la frousse à l’intrépide Steve McQueen lui-même.


A l’issue d’un périple ravageur, le chou géant roula jusqu’à New York, renversant les gratte-ciels et ouvrant une nouvelle avenue large comme un canyon et termina sa course en plein Central Park.

— A présent, on va leur demander de faire venir leur Président pour négocier avec lui, dit Lardon.

Le temps que le Président arrive, les rayons cosmiques avaient cessé leur effet et le Chou ainsi que ses occupants avaient repris leur taille normale. Mais en criant tous ensemble très fort, ils réussirent à donner l’illusion d’une entité monstrueuse. Ils exigèrent le parachutage quotidien d’une tonne de légumes variés, d’une caisse de jouets, d’un toboggan, de balançoires, d’une vessie à glace garnie, et l’installation à l’entrée du parc d’un écran géant où serait projeté tous les soirs un film de science-fiction. Faute de quoi le chou-blob recommencerait ses ravages. Le Président qui avait déjà perdu un million d’électeurs écrasés par la chose, s’empressa d’accepter avant d’en perdre d’autres de la même façon et d’autres encore parce qu’ils lui reprocheraient la mort des premiers.

La petite communauté vécut ainsi parfaitement heureuse. Parfois un newyorkais spécialement curieux et audacieux tentait une incursion dans le parc, mais il était aussitôt accueilli par une volée de pomptitmarrons, plus si petits que ça et le malheureux n’avait plus qu’une envie : retourner dare dare chez lui et se coller une vessie à glace sur la tronche.

(1) traduction : « Le Blob ! Le Blob ! » ( « The Blob » : film de SF 1958 (et deux séquelles par la suite) avec Steve McQueen, dans lequel une grosse boule rouge venue de l’espace sème la terreur en absorbant tout ce qu’elle rencontre.





Khéops a écrit:
Voici notre gage, signé Genovanna et Khéops

Pour s'être grumpfées (copyright Hori) publiquement dans le sujet du dernier jipéhache, vous écrirez ensemble en 1 999 signes maximum, espaces comprises, comment l'archéologue aventurière Khévanna, dite aussi Geno-ops, découvrit un incunable légendaire entièrement constitué de smilies.

Témoignage occulte.

Assise dans l’ancienne bibliothèque de Vincente de Beaulilas, découverte depuis peu dans un vieux manoir perdu au fin-fond du Berry, Khévanna était perplexe.
Archéologue de renom, elle s’était intéressée aux écritures anciennes dès le début de sa carrière. Hiéroglyphes et caractères cunéiformes n’avaient plus de secrets pour elle. Elle avait longtemps fréquenté les sépultures et les galeries où il fallait ramper au risque de sa vie. Mais depuis peu, gênée par l’arthrose, elle s’était réorientée vers la période des débuts de l’imprimerie, le papier l’emportant sur la pierre.

Et voilà qu’aujourd’hui, elle se retrouvait devant un curieux document daté de 1497, intitulé « Chroniques épistolaires émotives de cette fin de siècle ». Il était signé par deux femmes dont les noms à particules lui étaient inconnus.
Une succession de lettres le constituaient, en feuillets doubles assemblés, sur lesquels apparaissaient une multitude de curieux dessins lui rappelant « la tête à Toto » de son enfance.
Elle entreprit de les étudier de plus près. Plus elle avançait dans ses recherches, plus ces croquis se diversifiaient, tous plus étonnants les uns que les autres. Des gais, des tristes, des étonnés, des râleurs et même des menaçants. Mais que voulaient-ils dire ? Chacun des petits dessins semblaient exprimer une émotion. En outre, leur succession sur la page semblait raconter une histoire, un peu comme si les auteures avait voulu communiquer leur ressenti, uniquement par ces symboles expressifs. Khévanna décida qu’elle déchiffrerait toutes ces lettres, dût-elle y passer le reste de sa vie.

Mais, lorsqu’en 1963, un certain Harvey Ball inventa le smiley, Khévana n’avait pas encore publié le résultat de ses recherches. En découvrant qu’elle s’était fait devancer, elle mourut sur le coup, laissant son déchiffrage inachevé. Elle ne sut jamais que Ball lui-même ne tirerait aucun profit ni gloire de son invention…

_________________
"L'anémélectroreculpédalicoupeventombrosoparacloucycle est un vélo à deux roues qui utilise toutes les forces propulsives connues et même inconnues"
Revenir en haut
Aureplume
Plume de Garuda


Inscrit le: 26 Mai 2016
Messages: 422

MessagePosté le: 26/08/2016 23:21:22    Sujet du message: Les textes des gages Répondre en citant

jveuxdusoleil a écrit:
Motif :






EmmaBovary a écrit:
Le Romantisme n'est pas mort... Le Rugby non plus. (c'est le titre)

Nous profitions de l'ombre d'un noyer, pique-niquant dans un champs de pâquerettes et de boutons d'or, le jour de l'incident. Il nous arrivait souvent d'organiser ces rencontres auteurs-personnages, histoire de briser la glace, de dépasser le format de la page et de nous connaître un peu mieux. Nous étions donc en bonne compagnie, par une chaude après-midi d'été, quand l'air s'épaissit sous le bleu du ciel.
J'étais d'humeur guillerette ce jour-là et j'ai voulu lancer un melon jaune à Balzac qui râlait parce qu'il avait trop chaud: "Tiens Balzi, ça te rafraîchira, c'est plein d'eau! Arrête de nous la jouer peau de chagrin, la vie, c'est pourri et gnagnagna..."
Je ne sais pas comment j'ai fait, le melon a rebondi comme un ballon sur une vache, avant de retomber dans l'herbe. Là-dessus, Gustave a profité d'un rebond pour le récupérer et il a commencé à courir à l'autre bout du pré pour faire enrager Balzi. Je me suis levée d'un coup, en lâchant ma part de quiche (ou mon verre de Calva, je ne sais plus) pour le courser. Je lui ai fait un magnifique plaquage dans les règles, que Le Père Goriot et Bel-ami ont d'ailleurs copieusement applaudi. J'ai profité de la surprise de Gustave pour récupérer le mallon, enfin le belon, bref, l'enjeu du match et je suis allée m'étaler dans l'herbe un peu plus loin, juste en-dessous de la clôture du pré voisin, le tout en bottines et jupons. Les autres étaient en liesse et cette mauviette de Charles pleurait d'émotion. Flaubert, bon joueur m'a donné une petite tape amicale sur la fesse en me félicitant pour ma réactivité et mon sens du jeu. J'ai transformé l'essai, pour la forme. c'est alors, qu'on a entendu Balzi qui continuait à râler dans son coin: "Avec tout ça, moi, j'ai toujours pas mon melon!".
J'ai habilement lancé le mallon dans son assiette de taboulé.

Valààààààà! Mr. Green



jveuxdusoleil a écrit:


Comment la reine des quiches a perdu sa couronne en buvant un verre de champagne (donc)


Je me sentais en pleine forme. Il y a des moments comme ça, où la vie vous appartient, ou le monde est à vos pieds.

Je me voyais dans les yeux de mes admirateurs : ronde, tiède, frémissante.

J’avais ce jour-là la croûte dorée à point et le lardon appétissant. En cette épiphanie, faute de frangipane ou d’une boulangerie ouverte à la sortie des bureaux, Miss Jeeves avait raclé les fonds d’étagères et amputé son frigo de quelques restes passés de date, elle m’avait fourré une fève dans le fondement, et voilà : sous les yeux ébahis de la petite famille, j’avais fait mon apparition sur la table du dîner, moi, la quiche des rois.

Je portais une couronne ancienne qui m’allait bien au teint, une antiquité précieuse, une merveille de papier doré incrusté de quelques tâches grasses. Trônant sur le dessous de plat, je me laissais admirer par ma cour : Miss Jeeves, son compagnon et leurs enfants, courtisans qui tous, dans la magie de l’instant, et livrés par leurs estomacs à des instincts primaires, m’adoraient très anticonstitutionnellement.

S’ébrouant soudain pour se libérer de l’hypnose, Mister Jeeves alla chercher dans le frigo une bouteille de champagne qui attendait une grande occasion. Il est vrai que je n’en méritais pas moins ! Il l’ouvrit péniblement, versa deux verres sans laisser déborder la mousse exquise. Mais, hélas ! Tendant un verre à sa tendre moitié, Mister Jeeves le laissa malencontreusement tomber, envoyant valser ma couronne dans un geste maladroit pour le rattraper, tandis que ma chair délicate s’imbibait du nectar…

Je n’eus pas le temps d’être consternée. Car, suivant des yeux mon couvre-chef, je le vis se poser sur un petit salé aux lentilles, au jarret rose et tendre, au fumet délicieux ; et tandis que la famille s’abîmait dans le désespoir, je vis qu’il me regardait avec curiosité et le rouge me monta aux joues.



Les plumes qui ont oublié (depuis tout ce temps) quels mots ou expression on m'avait demandé d'inclure in the text ont le droit de prendre les paris (ça ne devrait pas être trop difficile Mr. Green )

_________________
"L'anémélectroreculpédalicoupeventombrosoparacloucycle est un vélo à deux roues qui utilise toutes les forces propulsives connues et même inconnues"
Revenir en haut
Aureplume
Plume de Garuda


Inscrit le: 26 Mai 2016
Messages: 422

MessagePosté le: 26/08/2016 23:25:26    Sujet du message: Les textes des gages Répondre en citant

Hori a écrit:
Un Printemps à Shangaï

Monsieur Calvin contempla l’équipe de son adversaire avec commisération : ce ramassis de peluches bleues, rebuts de clubs de D2 repêchés par leur entraineur bigarré, ne ferait pas le poids face au XV Tout Rose, financé et entrainé par la redoutable multinationale DEFI (Dehors Énormes Filles Informes).

Justement, Hobbes, le coach des Bisounours bleus, faisait lui aussi son entrée sur le terrain. Griffes rentrées, il saluait paternellement la main de ses minables sponsors (ce ringard de Tigrou, cette petite frappe de Shere Khan et quelques autres tigres anonymes) et ébouriffait les tignasses de ses nounours, surnommés les Moelleux, qui mettaient en place leurs protège-dents et resserraient leurs lacets. Certains tapaient dans un ballon rond pour s’échauffer – de molles chisteras qu’ils étaient incapables de réceptionner correctement. On avait droit aux doudous pendant les matchs, et chacun serrait qui un petit poney, qui une couverture crasseuse, qui une peluche de Bisounours à sa propre effigie.

L’équipe des Bisounours roses, surnommée les Croustillants, était déjà en place pour son haka. Chaque joueur s’était muni de son doudou – coups-de-poing américains, hallebarde, bazooka... Calvin, l’excentrique milliardaire à la tête de DEFI, n’avait reculé devant rien pour recruter les meilleurs. Il avait parcouru les interlopes ruelles des favelas brésiliennes, baroudé dans les bars borgnes du Bronx, infiltré les ruines de cités irakiennes perpétuellement à feu et à sang, arpenté les couloirs de Chatelet-les-Halles à trois heures du matin pour embaucher les nounours les plus maléfiques. Le XV Tout Rose était une machine à tuer, disperser, ventiler. Chacun de ses matchs envoyait du gros steak saignant diffusé en direct sur Mondovia TV, modeste filiale de DEFI, et faisait rugir de bonheur les hordes de supporters dégénérés rescapés du foot – sport jugé trop morne.

De chaque côté du terrain, sous la barre des poteaux, les deux attrapeurs des Moelleux et des Croustillants se préparaient, juchés sur leurs aspirateurs volants. Il faudrait avoir l’œil pour distinguer et attraper le magret d’or.

Le coup d’envoi fut donné par Suzy, arbitre expérimentée qui non seulement connaissait parfaitement toutes les règles du space-rugby, mais savait aussi prévoir quelles seraient les prochaines qu’inventeraient au fur et à mesure Calvin et Hobbes. Elle savait également que les pronostics d'un tel match étaient aussi évidents qu'un Toulon-Albi.

Le match dura 14 secondes, temps nécessaire au demi de mêlée rose pour armer son bazooka et tirer dans le tas. Les règles étaient claires : tout projectile – ballon, roquette, missile… – qui franchissait les 40 mètres adverses sans qu’en face le demi d’ouverture ait eu le temps de crier « fulguropoings ! », mettait fin au match et fournissait cent-mille points à l’autre équipe, ainsi que le privilège de manger le magret d’or. Dans le cas présent, le magret, qui voletait négligemment du côté d’un talonneur bleu, fut réduit en bouilli par l’explosion.

- A table ! cria une voix lointaine.

Le petit garçon dit au revoir à sa petite voisine, ramassa sa peluche de tigre et rentra dans la maison, après un dernier regard pour le jardin. L’herbe était parsemée de bonbons gélifiés en forme de nounours ; les nounours bleus étaient pour la plupart piétinés et découpés en morceaux.



danielle a écrit:



Voilà qu’un triste sire Avépiste me demande de tartiner à propos d’une rencontre au Kremlin entre Raymond Poincaré et Vladimir Ilitch Lénine (peste, rien que de l’écrire, j’en éternue !), sachant qu’ils auraient tous deux abusé de l’alcool de patate et que Poincaré ne parlait pas un mot de russe. Fort bien ! Une rencontre entre gros Gégé et son pote à poil ras, Poutine, m’eût comblé d’aise. J’eusse sauté dans mes bottes pour danser sur Kalinka avant de me mettre à la tâche.
Las, avec le sérieux que l’on me connaît, force m’est de constater que le sire en question ne tourne point rond et me fait injure en me proposant cette gaudriole. Car j’aime les choses carrées et ma plume aime se frotter au réel. Enfin, Aureplume, (ne compte pas que je te baptise or en plume), si Raymond Domenech, (pardon, je connais si peu de Raymonds célèbres que mon esprit s’embrouille), si Poincaré s’est pointé en Russie, c’était en juillet 1914 en voyage officiel. Et où était Vladimir à cette date-là ? D’après mes sources, il faisait la mouette entre Galicie et Suisse. Pas de traces d’une visite éclair en Russie où il eût d’ailleurs été fort mal reçu. Un entretien entre un respectable Président de la République et un coquin de bolchevik, faut-il être idiot, comme dirait Dostoievski, pour penser à ça ! Là, je marx un point !
Rencontre impromptue, quelque part, entre deux avodkas barbus qui se reconnaissent vaguement : « Tiens, quel atsar, vous ici ? », difficile à envisager d’autant qu’ayant épluché les carnets de souvenirs de mon ancêtre, Danilmir Akakpovitch qui résida à Moscou entre 1880 et 1925, je n’ai rien trouvé qui pût le confirmer.
Bref, pour faire plaisir à cet avépiste entêté, je consens à faire un effort et à imaginer cette entrevue qui n’eût pu qu’être épique, le Français souhaitant de toutes ses forces en 1914 une alliance avec la Russie contre les Allemands et le bolchevik, manque de bol, étant résolument contre. Qu’ils en fussent venus aux mains (Isba ! criait l’aide de camp de Raymond !), c’eût pu être possible après quelques :
– Poincaré, have a vodka.
– Vodka ?
– Potatoe alcohol.
– Potatoe... Patate toi-même. Litche -moi donc ce vin français.
– No wine. Pille pas vos stocks, Vladi !
Il faut savoir que Lénine, fin lettré et grand voyageur, parlait couramment l’anglais (allons donc, vous ne le saviez pas ?), l’allemand (yawohl, mein herr), et assez bien le français tandis que Poincaré, comme la plupart des énarques d’aujourd’hui, maniait uniquement sa langue maternelle et deux ou trois mots d’anglais.
Pour conclure, je gage que le sieur Aureplume a rédigé sa demande un soir où lui-même avait abusé de la vodka, du whisky (et des petites pépées ?), et confondu le Kremlin avec le Kremlin Bicêtre où il avait été admis après une crise de délire. Na zdorove !



Donaco a écrit:


SOUSTINGUE


" Bon ! Commençons les présentations ! Moi chui le soutif d'équitation  !
Rien à voir avec le Wonderbra  ! Cui-là, avec ses grands airs, ses balconnets renforcés et ses brodures autour, ses raffinements de dentelle... s’mouche pas avec de l’huile de coude ! Et ça se donne de grands airs ! Et pour un peu, ça donnerait des leçons ! Et ça r’monte les nénés et ça se fait cajoler, lavé à la main, eau tiède à 30°, lessive à paillettes, séché en serviette !
Cui-là, le Wonderbra, y trône dans le tiroir du haut, le plus haut, le tiroir de bal quoi ! C’lui-là qu’elle ouvre que les grands jours… C'est quand elle sort sa p'tite robe fourreau bien collante et qu’y’a urgence à se r’monter bien haut . Y sert qu’à ça le Wonderbra : illusionner le premier gugus qui l’aura regardée. Après, pfiou…quand ça déballe, j’te dis que le gus l’est tout confusionné. « Ah ! c’est ça ! » qu’y s’dit. Tu penses : quand on sert qu’à l’artifice, faut pas considérer qu’on est essentiel.

C’est pas comme moi.

Moi chui le soutif qu’équitation que j’dis. J’fais dans l’genre corset mais corset nibards. Maintien 100% assuré. Fibre coton 100%. Lavage à 90°, si Môsieur ! Farpaitement ! Indéformable, léger, impeluchable, dix ans de vie assuré ! Tous les sports compatibles : aisance, confort, anti-allergisant, anti-acariens et même antidrague ! Ouais Môsieur !

C’est sûr, j’fais pas dans le raffinement mais j’ai une fonction moi, Monsieur le Wonderbra qu’on fait tourniquer en l’air avant de se faire choir, les soirs de bazar érotique : sûr, chui pas bon au strip-tease mais chui utile à la maîtrise des choses moi Monsieur ! Et la maîtrise, c’est pas peu d’le dire : c'est quand on donne, à une princesse, le droit de rester digne de ses nénés !

Ah bah ça c’est certain, quand ell’m’ met, les gugus :

Point 1 : peuvent pas tâter
Point 2 : peuvent pas défaire
Point 3 : peuvent pas s’illusionner

Ah bah... c’est pour ça qu’chui rangé dans le tiroir du bas !…

Et pis comme elle fait pu d’équitation… "

_________________
"L'anémélectroreculpédalicoupeventombrosoparacloucycle est un vélo à deux roues qui utilise toutes les forces propulsives connues et même inconnues"
Revenir en haut
Aureplume
Plume de Garuda


Inscrit le: 26 Mai 2016
Messages: 422

MessagePosté le: 26/08/2016 23:28:09    Sujet du message: Les textes des gages Répondre en citant

Servanne a écrit:

22h30. Corbarieu. Banlieue de Montauban.[/i]

Super Cocotte entre en crabe dans le restaurant.
Il n’y a personne hormis une fille un peu hirsute qui dévore des pistaches en feuilletant une revue. Il avance vers l'arrière salle et heurte la jambe de la fille. Celle-ci lâche son magazine et se rattrape in extremis au bord de la table.
- Ne vous excusez pas surtout !
- Quoi ?
- Vous êtes grossier de naissance ou c’est venu après ?
- Vous dites ?
- Dans le premier cas, je peux comprendre et je passe au-dessus, dans la deuxième hypothèse, je me lève et je vous fais avaler la salière, la bougie et la nappe.
- Qu’est-ce que je vous ai fait ?
- Rien, à part m’avoir pratiquement culbutée et décoiffée !
Super Cocotte regarde la coupe de cheveux qui lui évoque le croisement improbable entre un cochon d’Inde et un balai à lieu d’aisance.
- Ça ne se voit pas. Ça vous dérange si je m’installe à votre table ?
- Si ça peut calmer un peu votre frénésie…
- Vous êtes punk ?
- Nan, gothique, ça pose un problème ?
- Aucun. Vous avez l’air d’aimer les pistaches.
- Petite, on m’appelait la musaraigne.
- A cause des moustaches ?
- C’est élégant ça, tiens…
- Désolé, j’ai toujours eu un humour pitoyable.
- Passons. Ça fait une demi-heure que je suis arrivée, on m’a apporté mon verre et un saladier de pistache et depuis, plus rien ! Pas un seul serveur n’est venu me voir, je dois être transparente, alors oui je mange des pistaches parce que je n’ai rien d’autre à faire à part relire ce magazine débile pour la troisième fois.
Super Cocotte marmonne en consultant le menu.
- Pour ce que j’en ai à secouer.
- Pardon ?
- Je disais : comment vous appelez-vous ?
- Mirabelle. Et vous ?
- Seb.
- C’est bien. Vous faites quoi dans la vie ?
- Je donne mon avis. Que comptez-vous manger ?
- Des bidouillards ?
- Qu’est-ce que c’est ?
- De la merde avec du lard… désolée, une réminiscence de mon enfance. Je vais prendre le canard au Nutella et la purée de pissenlits. Et vous ?
- Rien. J’ai passé la journée à préparer l’infâme pitance du seigneur Maquedeau et une heure de train pour venir ici en compagnie de Hollandais qui baragouinaient en bouffant des trucs innommables, j’ai la gerbe. Et puis ça me noue l’estomac.
- Les Hollandais ?
- Non, le Nutella, répond Seb en sortant son flingue. « Excusez-moi, je file en cuisine, je vais refaire la carte, et il y’aura des pruneaux au dessert !



Aureplume a écrit:


LE SINGE PHILOSOPHE

Tout homme, tout savant cache en lui l’animal
Qu’il exclame ou qu’il bride l’appel ancestral.
Cette part qu’il croit enfermer,
À la nuit, chante un air délié.
Je m’en vais vous compter, démontrer cet adage :
Une fable prend place dans l’aire aux cents cages.

« Foin de la pie et de sa race !
Elle dérobe et se fait rapace
De mon souper : des petits grains,
Aimable présent de mon ami l’être humain. »
Ainsi jalousait, en vain, Commère l’autruche.
La pécore audible était douée comme une cruche
Et crispa dans ses cris le roi de la savane.

« Silence ! ou je vais te manger.
Tu caquètes et tu pignes comme l’oie Servanne
Qui te salue de mon gosier.
Tu t’abuses car, derrière les apparences,
L’Homme nous tue, nous emprisonne.
Je me réjouis dans ma patience
Et au menu, foi d’animal, je t’additionne !
— Reprenez-vous Maître lion !
Sans l’Homme, je ne pourrais point me substanter.
L’herbe est trop maigre ici. Je tiens confirmation
Pour amitié son foin, offrande à ma santé. »
Lui répondit Maître éléphant
Depuis l’antre de son enclos.

Compère l’aigle épiait en son appartement
Et l’expérience à tous, porta dans son propos :
« Le lion dit vrai, l’humain nous bride.
Je naquis en montagne, en témoignent mes rides.
Il m’attrapa jeune oisillon,
Il me poussa dans sa prison.
Belle est la liberté des hommes, je la jalouse
Mais aujourd’hui pour un mulet ou bien pour douze,
Je ne pointe mon bec en dehors de ce nid.
Hors de la cage le sort des autres est bien pis.
L’Homme est horreur, qu’on se le dise
Il tue, détruit tous nous égaux par gourmandise.
— Tu te trompes mon bel ami !
Intervint monsieur du gorille devant lui,
Je connais les hommes et j’en suis le vieux cousin,
Ils ne sont ni bons ni mauvais. »

Tous connaissaient bien le singe au dos argenté
Maître lion affadi s’enquit :
« Ah oui ? De son vice, son hideur tu fais fi ?
— Mon compagnon ! Un peu de calme et de raison.
Remarquez le regard qu’il prête à sa guenon :
Sans mentir, l’Homme, égal à nous, est un animal.
J’en tiens pour preuve l’amour, la faim, dans sa rétine.
Il tient en son taxon du bon comme du mal,
En s’aveuglant de nous, croit couper ses racines.
Quant à ceux qu’il enferme, ce ne sont pas nous.
Regardez celui-ci qui recourbe son dos.
Voyez celle-là : pleure son homme à genoux.
L’Homme et son travail, esclave à vie de ses maux.
Ils sont tous au service d'un plus noble qu’eux.
À dire vrai, la liberté est dans le cœur.
Nous l’avons, même derrière nos grilles, même boiteux.
Laissons leurs vies damnées, leur folie : c’est un leurre. »

Ainsi acheva le gorille.
Et, laissant la troupe songeuse à ses méninges,
Pour morale à ces lignes, égal à un vieux singe
L’hymne entonna : « C’est à travers de larges grilles… »



Dulcinée du Toboso a écrit:



DÉLIQUESCENCE 
  
Dans la ville de Dégagnac vivaient Dhélia et Désiré qui détenaient chacun plus de huit décades. Un jour de grand désarroi ils débattirent ainsi : 
  
- Voici l’hiver de nos déplaisirs… 
- Ah ! Ça y est, il faut qu’il dégaine ! 
-  Détends-toi, ne sois pas dans le déni. 
- Allez, je t’en prie, défoule-toi ! 
- Peuh, ma chère, je suis un vieux débris.  
- Je ne démentirai pas ! 
- Je me déglingue et tu me dégoûtes. 
- Et moi je vais bientôt décider de te fuir ! Cesse de délirer, cela est dérangeant. Tu te déliteras Mamour. Tu es déjà tout décati. Veux-tu que je dise, tu dégages une odeur de décomposition.  
- Vieille femme délabrée, tu n’as que dédain pour ton pauvre mari. 
- Sans vouloir dénigrer, tu me fais pitié Mamour, tu n’as plus que des défauts. C’est pour ça que je détourne le regard et me bouche le nez, c’est parce que tu es désormais dénué de tout attrait.  
- Ma mie, délivre-moi, viens, abrège ma dégradation. En contemplant la débâcle de ton visage massacré par les ans et ne pouvant décamper, l’épouvante déferlera, je hurlerai et je dégringolerai de mon siège, inerte à coup sûr.  
- C’est ça, et on ne décèlera pas la cause du décès.  
- C’est une mort désirée, ce n’est pas un délit ! Je t’en conjure. Ne déroge pas à ton devoir d’épouse ! 
- Quand même, je ne suis pas complètement désagréable à regarder, parbleu ! 
- Tout dépend, c’est à l’appréciation du sujet… Détaille-toi dans le miroir ma mie. Tu vois les cernes desséchés sous tes jadis beaux yeux de jade, maintenant tout délavés ? Tes sourcils dépilés ? Tu vois les grandes dépressions dans ce que furent tes joues roses et délicates ? Et tes lèvres dépulpées ? Ton front dégarni ? Regarde bien toute beauté t’a désertée. Vraiment, tu as bien déchu ma mie, bien déchu.  
- Tudieu ! C’est bien vrai que je me suis beaucoup détériorée !  
- Tu ferais décamper un milliard de Chinois.  
- Pas besoin de trop dégoiser non plus… 
- Oh ! Mamour, maintenant, fais-moi plaisir, respecte ma décision. Penche-toi sur moi, cela décuplera l’effet. Ne te détourne surtout pas !  
- Très bien, si tu insistes. Je ne me dégonflerai pas. Je me déplace. Je me rapproche. Prépare-toi. Oh ! Mon Dieu, je vais dégueuler c’est sûr. Je suis là, je suis tout près. Encore quelques pas. Ce que tu pues Mamour, c’est comme si le poulailler avait déféqué dans le salon ! Voilà, voilà, je suis là ! 
- Oh non ! C’est une autre découverte, c’est pire que dans mes délires ! Tu es complètement décharnée, on dirait une déterrée ! Ah ! Je souffre, quelle déchéance ! 
- Tu défonces mon odorat, c’est un déploiement de déjections qui m’assaille ! Mon Dieu je vais défaillir ! On se sera aimé pour la délectation et pour le déboire, hein Mamour !  
- Oui, quelle décrépitude ! … Je décline… 
- Je suis presque défunte ! 
  
Ils décédèrent en convulsions, ayant trouvé usage à leurs défauts de vieillesse. Le chat, débile et déhanché, après quatre jours de réflexion, alla déranger les voisins.  
Les autorités déclarèrent une fin naturelle. Et heureuse.  
  

_________________
"L'anémélectroreculpédalicoupeventombrosoparacloucycle est un vélo à deux roues qui utilise toutes les forces propulsives connues et même inconnues"
Revenir en haut
Sachka
Plume de Griffon


Inscrit le: 09 Déc 2007
Messages: 1 806

MessagePosté le: 27/08/2016 07:48:45    Sujet du message: Les textes des gages Répondre en citant

Très bonne idée, Aureplume et merci ! Les insomnies ont parfois du bon.
Par contre ce serait bien d'avoir aussi les sujets (ou "motifs" Mr. Green ) avant chaque texte..

En tout cas, je l'ai accroché en post it. Hop.
_________________
Into the woods, we must go.
Revenir en haut
Aureplume
Plume de Garuda


Inscrit le: 26 Mai 2016
Messages: 422

MessagePosté le: 27/08/2016 10:56:36    Sujet du message: Les textes des gages Répondre en citant

Je vais essayé de faire ça (lors d'une prochaine insomnie), je rajoute le gageur et le motif, et le sujet.
_________________
"L'anémélectroreculpédalicoupeventombrosoparacloucycle est un vélo à deux roues qui utilise toutes les forces propulsives connues et même inconnues"
Revenir en haut
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: 03/12/2016 22:45:16    Sujet du message: Les textes des gages

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    A vos plumes ! Index du Forum -> Jeux de plumes -> Jeux divers Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Portail | Index | créer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com