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Sous les braises

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    A vos plumes ! Index du Forum -> Jeux de plumes -> Archives -> Archives 2016 -> Jeu 232 Le Cahier d'été -> Critiques constructives 232b
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Auteur Message
Dolo21
Plume de Benu


Inscrit le: 06 Mai 2016
Messages: 204

MessagePosté le: 05/09/2016 18:47:05    Sujet du message: Sous les braises Répondre en citant

Sous les braises

— Entrez, c'est bien ici. Nous vous attendions.
Les épaules rentrées, le regard baissé, Aude hésita une seconde avant d'avancer vers le groupe. Ils étaient une dizaine, installés en cercle sur des chaises bon marché. Elle transpirait.
— Venez. Installez-vous.
Penaude, Aude prit place sur la chaise vide. Elle sentait les regards braqués sur elle. Que pensaient-ils? Qu'elle était folle, elle aussi?
Seule la femme brune prenait la parole. Elle dirigeait manifestement le groupe.
— Voilà. Nous sommes donc au complet. Soyez tous les bienvenus. Ici vous pouvez vous exprimer. Personne ne vous jugera. Vous êtes tous là pour la même raison.
Aude écoutait à peine. Elle tentait de se faire une idée de chaque participant. Il y avait à peu près autant d'hommes que de femmes, de tous âge. Le plus jeune semblait à peine sorti de l'adolescence.
Je ne peux pas rester là. C'est ridicule. Je n'ai rien à faire ici, se disait-elle, lorsqu'elle entendit la femme brune :
— Je sais qu'il est difficile pour vous d'être ici. Peut-être que parmi vous certains ont déjà envie de partir. C'est normal. Je vous propose de débuter par une présentation rapide de chacun de nous.
Aude transpira de plus belle. Pas question de parler d'elle. Elle sentait la honte lui serrer la gorge.
— Je vais donc commencer. Je m' appelle Claire. Je suis psychologue et mon rôle est de vous aider à retrouver confiance en vous.
A ces mots, Aude sentit les larmes lui monter au yeux.
— Et surtout, je n'aime pas les carottes râpées! ajouta t'elle, le regard plein de malice.
Cette remarque inattendue fit rire le jeune. Un éclat de rire salvateur, qui détendit l'atmosphère pesante.
— Et bien moi, c'est le brocolis que je ne peux pas sentir! répondit-il à Claire en rigolant. Et puis mon nom c'est Damien. Je suis là parce que mon père m'a mis dehors et que ma mère s'est barrée quand j'avais dix ans. Quand j'ai envie de pleurer je prend de l'herbe, comme ça je chiale pas, je reste un homme. Mais mon père il supporte plus. Le psy m'a proposé un deal : soit je viens ici, soit il m'enferme chez les fous.
Aude était stupéfaite. On aurait dit que c'était la première fois que ce jeune s'autorisait à parler de lui. Elle avait envie de le réconforter.
Chacun raconta plus ou moins brièvement son histoire. Des abandons, de la maltraitance, de l'humiliation, des coups, des trahisons, des deuils ... Ces hommes et ces femmes, loin d'être fous, étaient juste terriblement meurtris par l'existence.
A son tour, Aude raconta. Son enfance douloureuse, l'énergie considérable qu'elle avait déployée pour réussir à l'école puis professionnellement, le décès de sa mère, puis le harcèlement de sa hiérarchie. Elle expliqua comment elle avait lutté contre les insomnies, les douleurs inexpliquées, les crises de paniques et l'insoutenable souffrance morale qui l'avait conduite à envisager le pire.
Six mois durant, le groupe se réunit chaque semaine. A chaque session, Claire leur proposait de préparer un exercice : un texte à lire, un défi à relever et à partager avec le groupe, un dessin à réaliser...
Pour l'avant dernière séance, elle leur demanda de rédiger une longue lettre où figurerait l'ensemble des choses qui les avaient blessés et dont ils ne voulaient plus qu'elles les hantent. Cette missive ne serait pas lue et devrait être cachetée.
— Aujourd'hui, c'est la dernière fois que nous nous retrouvons ici. Vous avez tous beaucoup avancé ces derniers mois. Reste la dernière étape: vous libérer du poids du passé et défier vos peurs grâce à notre grand défi sportif.
Aude ne comprenait pas bien où Claire voulait en venir, mais au fil des mois elle avait appris à lui faire confiance et force était de constater que cela lui avait plutôt réussit. Depuis qu'elle suivait cette thérapie de groupe elle retrouvait la joie d'être vivante et sentait grandir en elle l'envie de croquer la vie à pleine dents.
La semaine suivante, tous se retrouvèrent autour d'un immense brasier. Un guide, plutôt bel homme, leur expliqua qu'il sauterait avec chacun d'eux. Il les équipa d'un bracelet jaune et rouge et d'un sac à dos contenant une gourde.
Aude voulut passer la première. La fumée du brasier noircissait ses cuisses. Elle avait chaud. Elle empoigna fermement la main droite du guide, courut et s'élança en hurlant à plein poumons.
En une fraction de seconde, elle sentit tout le poids du passé la quitter. Elle était aussi légère que les escarbilles qui voletaient autour du foyer ardent. Plus rien ne l'arrêterait désormais.
Sous les braises, un paquet de lettres déposé par Claire avant l'allumage, achevait de se consumer.
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MessagePosté le: 05/09/2016 18:47:05    Sujet du message: Publicité

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Donaco
Plume de Griffon


Inscrit le: 22 Oct 2015
Messages: 1 587

MessagePosté le: 05/09/2016 20:14:08    Sujet du message: Sous les braises Répondre en citant

Il fallait y penser à ça : aller brûler des lettres, des confessions qui représentaient tout ce dont on voulait se débarrasser. Ce conte thérapeutique m'a vraiment surprise et même si je n'ai pas voté pour, je salue le geste : un sacré beau moment d'humanité et... d'imagination !
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danielle
Plume de Simurgh


Inscrit le: 06 Juin 2007
Messages: 3 813

MessagePosté le: 06/09/2016 08:23:43    Sujet du message: Sous les braises Répondre en citant

Mon N°4: cette fois, je suis bien entrée dans cette histoire de thérapie de groupe. La chute avec ce saut libérateur au-dessus du brasier qui emporte tout ce qui empêchait de vivre sereinement est une belle trouvaille. C'est émouvant et porteur d'espoir.
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"Rêve de grandes choses, cela te permettra d'en faire au moins de toutes petites." J. Renard
http://danielle.akakpo.over-blog.com/
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DK
Plume de Benu


Inscrit le: 19 Mai 2011
Messages: 198

MessagePosté le: 07/09/2016 18:45:24    Sujet du message: Sous les braises Répondre en citant

Ce texte m'a touché parce qu'il m'a rappelé un épisode de ma vie.
L'importance d'exprimer ce que l'on ressent est primordiale, même si c'est difficile. L'écrire est une façon de l'exprimer sans être interrompu, c'est d'ailleurs la citation qui figure sur la page d'accueil d'AVP.
Moi aussi j'ai écrit mon ressenti à ma mère décédée. Je ne lui parlais plus depuis des années et j'ai appris son décès par une connaissance trois mois après son enterrement.
Tous ces non-dits doivent l'être - dits, justement. D'une manière ou d'une autre. C'est libérateur.
Moi aussi j'ai brûlé ma lettre après l'avoir lue à voix haute, au cimetière. Et moi aussi, j'ai senti le poids du passé me quitter. Ma Claire à moi, c'est ma compagne.
Pardon pour l'effusion Embarassed
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Donaco
Plume de Griffon


Inscrit le: 22 Oct 2015
Messages: 1 587

MessagePosté le: 07/09/2016 19:54:43    Sujet du message: Sous les braises Répondre en citant

dk a écrit:
Ce texte m'a touché parce qu'il m'a rappelé un épisode de ma vie.
L'importance d'exprimer ce que l'on ressent est primordiale, même si c'est difficile. L'écrire est une façon de l'exprimer sans être interrompu, c'est d'ailleurs la citation qui figure sur la page d'accueil d'AVP.
Moi aussi j'ai écrit mon ressenti à ma mère décédée. Je ne lui parlais plus depuis des années et j'ai appris son décès par une connaissance trois mois après son enterrement.
Tous ces non-dits doivent l'être - dits, justement. D'une manière ou d'une autre. C'est libérateur.
Moi aussi j'ai brûlé ma lettre après l'avoir lue à voix haute, au cimetière. Et moi aussi, j'ai senti le poids du passé me quitter. Ma Claire à moi, c'est ma compagne.
Pardon pour l'effusion Embarassed


Au contraire !... Le texte de Dolo21 est doublement touchant dans ce cas...
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Dolo21
Plume de Benu


Inscrit le: 06 Mai 2016
Messages: 204

MessagePosté le: 08/09/2016 17:37:23    Sujet du message: Sous les braises Répondre en citant

Merci Dk pour ce partage. Je pense qu'il y a des moments comme ça dans la vie, où la symbolique d'un geste ou d'une parole est salvatrice. Je suis d'autant plus touchée de ton témoignage que j'ai moi aussi connu la douleur de la perte maternelle dans un contexte difficile...

Merci Donaco et Danielle pour vos appréciations. Vos mots "un sacré beau moment d'humanité" "C'est émouvant et porteur d'espoir." résonnent à mes oreilles comme un beau cadeau. Merci Smile
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tobermory
Administrateur


Inscrit le: 06 Juin 2007
Messages: 6 923

MessagePosté le: 11/09/2016 08:38:17    Sujet du message: Sous les braises Répondre en citant

Comme le texte de Danielle, celui-ci à figuré dans une des versions de mon vote. C’est une belle histoire de renaissance de personnes abimées par la vie. Bonne exploitation du thème du feu qui à la fois régénère et détruit (ici, régénère le bon et détruit le mauvais). Le côté simple et direct du style sert très bien l'émotion. Belle dernière phrase qui reprend le titre. Je suppose que les carottes râpées, c’est un truc d’animateur pour briser la glace et amorcer le dialogue.
_________________
Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles mais uniquement par manque d’émerveillement (G. K. Chesterton)
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Orcus
Plume de Kookaburra


Inscrit le: 05 Juin 2013
Messages: 909

MessagePosté le: 11/09/2016 13:08:07    Sujet du message: Sous les braises Répondre en citant

Ma culture judéo-chrétienne m’a fait voter pour ce texte qui exploite moins littéralement que d’autres la photo. On sous-estime les vertus de la confession – laïque, ici – pour la santé mentale des pécheurs. Pour un petit moment de honte vite passé, on en ressort blanchi, les compteurs effacés, prêt à pécher de nouveau. Le mécanisme joliment exploité dans ce texte repose sur les mêmes bases. Pas de salut sans pardon possible.
Le pardon (comme le vote), toutefois, doit intervenir du vivant de l’intéressé. Après, c’est trop tard.
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DK
Plume de Benu


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Messages: 198

MessagePosté le: 11/09/2016 17:52:40    Sujet du message: Sous les braises Répondre en citant

Orcus a écrit:

Le pardon (comme le vote), toutefois, doit intervenir du vivant de l’intéressé. Après, c’est trop tard.


C'est un point de vue plutôt réducteur. Il n'est jamais trop tard, je suis très bien placé pour le savoir.
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Orcus
Plume de Kookaburra


Inscrit le: 05 Juin 2013
Messages: 909

MessagePosté le: 11/09/2016 19:02:14    Sujet du message: Sous les braises Répondre en citant

Profite bien de ta place, alors.
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MessagePosté le: 03/12/2016 22:49:00    Sujet du message: Sous les braises

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