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Les textes

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    A vos plumes ! Index du Forum -> Jeux de plumes -> Archives -> Archives 2016 -> Jeu 235 - le scénario au budget tronqué
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tobermory
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MessagePosté le: 10/10/2016 10:20:20    Sujet du message: Les textes Répondre en citant

Histoire orientale

Quand Franck est entré en coup de vent dans le bureau la semaine dernière, j'ai tout de suite senti l'embrouille. J'étais plongée dans un épisode palpitant quand il a crié :
"Réunion avec la prod, ramène ta fraise !"
J'ai rassemblé vite fait mes feuillets épars et j'ai cavalé à la suite de Franck, direction le bureau directorial. La moquette grise a absorbé les claquements de mes talons et je me suis assise. Pierre, le troisième scénariste, était déjà là. L'assistante de prod est arrivée peu après, toujours aussi guindée, saucissonnée dans son tailleur grisaille. Une fois de plus, je me suis demandé quel âge elle pouvait bien avoir.
"Bon, j'irai droit au but, j'ai appris ce matin que le budget était réduit de moitié ! Ce qui signifie que "À la recherche du joyau de l'orient" devra se passer d'éléphants, de costumes dorés à l'or fin, de cascades spectaculaires et autres babioles trop coûteuses. Géraldine, Franck et Pierre, je compte sur vous pour réécrire les parties du scénario qui comportaient ces éléments."
Elle allait partir quand elle a ajouté :
"Ah, au fait, on ne tourne plus en décor naturel mais en studio."
On est restés sans dire un mot après sa sortie, complètement sonnés. Les trois quarts de l'histoire étaient bouclés et avaient été validés en milieu de semaine dernière.
"Mais putain, c'est pas possible, a beuglé Pierre. On a presque terminé et va falloir tout recommencer au début ? Ils sont sérieux, là ?
— Ouais et on doit rendre le tout dans moins de dix jours...
— Font chier !
— Géraldine, tu dis rien ! t'as une idée ?
— Non mais on va bien trouver."
On s'est enfermés et on a cogité. Plus de balade dans la jungle à dos d'éléphant. De toute façon, puisqu'on tournait désormais à Paris, plus besoin des pachydermes. Nos archéologues traverseraient la forêt vierge dans des jeeps et on se servirait de véhicules spéciaux, coupés au milieu, avec la caméra installée à l'arrière sur un rail. Le paysage défilerait sur un fond vert.
Pendant une semaine on a bossé comme des dingues, on a gommé, raturé, rajouté, enlevé. Hier, on a enfin mis le point final à notre histoire orientale. Et ma foi, on n'est pas mécontents, en s'en est sortis comme des chefs.
"Qu'est-ce qu'il fiche ? L'assistante nous avait dit dix heures !
— C'est bon, déstresse, il va arriver, il est jamais en retard !"
Ce matin on a rendez-vous avec miss tailleur pour lui présenter la nouvelle mouture. Enfin Franck arrive en courant. Le temps qu'il reprenne son souffle et je frappe. Un "entrez !" sec retentit de derrière la porte.
"Je suppose que c'est le nouveau scénario ? Faites-voir ça !"
Je lui tends les feuilles qu'elle parcourt rapidement.
"Hum... hum... Hum... Ça m'a l'air pas mal du tout. Je regarderai ça en détail dans l'après-midi. Par contre, plus de jeeps, elles sont prises sur un autre tournage.
— Quoi ? Mais comment voulez-vous que... a bafouillé Franck.
— Débrouillez-vous, c'est vous les scénaristes !"
La colère m'a prise d'un coup et j'ai crié :
"Mais je sais moi, les archéologues iront à pied dans la jungle et ils se feront bouffer par des crocodiles ou mordre par des serpents venimeux ou piquer par des moustiques tigres jusqu'à ce que mort s'ensuive. Ou pourquoi pas la mouche tsé tsé ! On n'aura qu'à aller tourner au jardin des plantes, tiens et comme cette scène est au début de l'histoire, tout le monde mourra et le film s'arrêtera là ! Il rentrera dans le budget, là, votre film ? Ça vous ira comme économies ?"

La fin de la Century Fox

Wayne travaillait dans la cave de sa petite maison. Obsédé par sa tâche, le vieil homme ne s’arrêtait que pour dormir et remplir ses autres besoins vitaux. L’épaisseur de ses verres de lunettes et la lenteur de ses gestes trahissaient son grand âge mais n’étaient en rien révélateurs d’une quelconque forme de résignation. En tremblant, il s’appliquait soir après soir, sous une lumière blafarde, à découper consciencieusement des caisses de bananes – dont des piles entières reposaient au fond de la pièce humide où il s’afférait.

Quatre dollars cinquante. Voilà, le montant qu’il restait dans les caisses de la Century Fox. Liz Taylor était clouée au lit avec une méningite et le reste de l’équipe, lassé de l’attendre, s’était fait la malle avec le peu de dignité qui lui restait. Seul le bon vieux Wayne était resté fidèle au poste ; la Century étant son unique raison de vivre, il s’était refusé de la voir crouler sous les caprices d’une diva maladive. Sans acteur et sans argent, le vieux machiniste avait entrepris de terminer tout seul l’un des projets les plus ambitieux qu’Hollywood ait jamais envisagés. Des yeux fatigués et des doigts boudinés étaient tout ce dont il disposait pour réaliser l’impossible mais il y croyait : un théâtre d’ombres où une voix off commenterait les mouvements saccadés de petits personnages fichés sur des cure-dents, voilà qui devait permettre, il en était convaincu, de terminer Cléopâtre.

On raconte que comme il touchait au but, une ampoule capricieuse et un cutter complice annihilèrent ses espoirs de sauvetage. Je tenais à lui rendre hommage par ce petit texte.

Grise mine

« ALLÔ ! DUBOIS ? ON A UN PROBLÈME ! »

« Allô… M. Tausend ? Quelle bonne surprise… »

« PAS DE FLAGORNERIE, DUBOIS. TU M’ÉCOUTES ? UN SACRÉ PROBLÈME ! »

« Euh… Mon nom est Dubain, Monsieur… Est-ce que vous avez lu le scénario que je vous ai envoyé ? »

« J’AI VAGUEMENT SURVOLÉ LE SYNOPSIS… C’EST DE LA MERDE, MAIS ÇA VA PLAIRE. »

« De la merde, M.Tausend ? »

« VRAIMENT NASE : TOUTE CETTE PASSION VIBRANTE ET CE COÏT SOFT… MAIS LES MÉNAGÈRES VONT ADORER ! »

« Les ménagères, Monsieur ? »

« QU’EST-CE QUE TU CROIS, DUBOIS ? QU’ON FAIT DE L’ART AVEC UN GRAND A ? ON N’EST PAS LÀ POUR RÊVER NOUS. FAUT FAIRE DU CHIFFRE ! D’AILLEURS, J’AI VIRÉ LISA : TROP CHÈRE ET ELLE RÂLAIT TOUT LE TEMPS ! »

« Mais M. Tausend, c’était notre tête d’affiche ; avec elle, le succès était assuré. »

« TU COMPRENDS RIEN, DUBOIS… »

« C’est Dubain, Monsieur… »

« N’EMPÊCHE QUE TU COMPRENDS RIEN ! J’AI ENGAGÉ LA PETITE ANITA À LA PLACE, CELLE QUI A FAIT UN ESSAI L’AUTRE SOIR. »

« Est-ce qu’elle n’est pas un peu banale, M. Tausend ? »

« SÛR ! ELLE A UN VISAGE FADE MAIS, JUSTEMENT, LES BONNES-FEMMES VONT S’IDENTIFIER ILLICO. ET PUIS, ELLE A DES NICHONS MAGNIFIQUES ! PAR CONTRE, ELLE PARLE COMME UNE CRÉCELLE, ALORS VA FALLOIR REVOIR TOUS SES DIALOGUES. PAS PLUS DE TROIS MOTS D’AFFILÉE, QUATRE SI TU PEUX PAS FAIRE AUTREMENT. »

« Mais… mes grandes tirades romantiques sur l’amour… »

« OUBLIE-LES ! D’AILLEURS TOUT LE MONDE S’EN FOUT ! MAIS LE VRAI PROBLÈME N’EST PAS LÀ. CE CON DE MINISTRE DE LA CULTÛÛÛRE A OFFICIALISÉ LA ‘TAXE CYAN’ ! »

« La taxe cyan, M. Tausend ?! Mais que va-t-on faire ?… »

« CE QU’ON VA FAIRE ? CE CONNARD TAXE LE BLEU ! DÈS QUE DU BLEU APPARAÎT À L’ÉCRAN, ÇA DOUILLE ! ON PEUT PAS SE PERMETTRE ÇA, DUBOIS. »

« C’est Dubain, Monsieur… »

« DONC PAS DE SCÈNES DÉBORDANT DE BLEU ! »

« Mais le film commence sur le yacht du milliardaire, avec plan panoramique sur la mer et le ciel pur. Et il offre un saphir à la fille ! »

« ON SUPPRIME ! »

« Ça pourrait débuter avec une prairie bucolique… »

« T’ES CINGLÉ, LE VERT C’EST DU JAUNE ET DU BLEU – TAXÉ À 50% ! T’AS QU’À METTRE DU ROUGE PARTOUT. LES PETITS MALINS DU MINISTÈRE S’Y SONT PAS ENCORE ATTAQUÉS. »

« Du rouge ? »

« JE SAIS PAS MOI, FAIS DANS LE GENRE ORIENTAL. C’EST TON BOULOT APRÈS TOUT. T’ES PAYÉ POUR QUOI, DUBOIS ? »

« Dubain, Monsieur. Et tant qu’on y est, il faudrait sans doute bannir le violet et le marron qui sont aussi des mélanges de bleu ? »

« TU TE CROIS MALIN, DUBOIS ? »

« Pourtant… »

« MAIS T’ES PAS TROP CON SUR CE COUP-LÀ. C’EST MÊME GÉNIAL. JE VAIS CARRÉMENT FAIRE UN FILM EN NOIR ET BLANC – COMME ÇA, MÊME LES INTELLOS AURONT QUELQUE CHOSE À SE METTRE SOUS LA DENT ! »

« En noir et blanc ? Cela ne va tout compliquer ? Plus personne ne sait filmer avec le vrai noir et blanc des grands classiques. Et les pellicules adaptées coûtent sans doute un bras. »

« OUAIS… BON, ON OUBLIE LE NOIR ET BLANC, ON N’A QU’À FAIRE TOUT ÇA EN DÉDRADÉS DE GRIS. »

« Heureusement que le dégradé n’est pas encore taxé ! »

« TU CROIS PAS SI BIEN DIRE. MAIS AU CAS OÙ CE BLANC-BEC DE MINISTRE EN AURAIT L’IDÉE, ON VA PRENDRE LES DEVANTS. FAUT LIMITER LE NOMBRE DE GRIS DIFFÉRENTS QU’ON VA UTILISER. »

« Et sans vouloir paraître sarcastique, M. Tausend, combien de teintes pourrons-nous employer ? Au moins quatre-vingts, j’espère. »

« TU RIGOLES, DUBOIS ! CINQUANTE NUANCES DE GRIS, ÇA SUFFIRA BIEN ! »

Divin

- Bonsoir mon lapin d’amour !
- Raté, ce soir je n’ai pas mis le micro et ma femme n’est pas là ! Je suppose que tu m’appelles parce que tu as fini de corriger les épreuves ?
- Bien sûr, et aussi parce que j’ai gagné au loto et que là je suis en tutu dans la fontaine du Bellagio en train de boire un truc français pétillant.
- Beaucoup de trucs français pétillent.
- En fait, je t’appelle parce que j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle…
- …parce que t’as toujours pas fini de corriger ces putains d’épreuves. Et qu’on doit rendre la nouvelle version lundi au producteur.
- Non ! Enfin si, mais en fait, il n’y aura pas de rendez-vous lundi.
- Et ça c’est la bonne nouvelle. Qui te l’a dit ?
- Le prod.
- Dieu a daigné te passer un coup de fil ?
- Non, il m’a fait des signaux de fumée.
- Bon écoute, en parlant de fumée je vois bien que tu es dans un green day, tant mieux si ça te donne de l’inspiration, mais de mon côté j’ai aussi du taf alors…
- Des vrais signaux de fumée. Va à la fenêtre.
- Ouais. Magnifique vision nocturne de la ville. Toutes ces villas de Beverly Hills illuminées. Alors qu’on va me couper l’électricité à la fin du mois. Et que ma femme va se barrer.
- Mets-toi au balcon et regarde dans la direction des studios. De notre studio.
-…
- Alors ?
- Minute ! Essaie un peu d’ouvrir une porte-fenêtre en tenant un portable à la main…
- Allez !
-…mais…c’est…
- Oui c’est le nôtre qui finit de cramer. On m’a appelé tout à l’heure. Les pompiers sont sur zone mais bon…
- …
- T’es toujours là ?
- Oui crétin, en train rêvasser nonchalamment aux frais d’avocat pour mon divorce.
- La mienne était avocate, j’ai ramassé ! Enfin bon…maintenant tu sais pourquoi je t’appelle, mon biquet.
- Un signal divin, hein ?
- Ben, c’est pas comme si on était endettés jusqu’au trognon, que toute la ville nous hait parce que nous, les minables scénaristes, on a osé fonder notre propre studio et nous mettre à la réalisation…et que Dieu n’aime pas voir ses créatures jouer aux démiurges.
- Je n’ai retenu que « des murges » à ta phrase, ce doit être le manque.
- Ben ça va pas s’arranger mon lapinou, parce que bientôt tu n’auras même pas de quoi t’acheter la fausse Corona que les Pakis vendent aux touristes à Long Beach.
- Bon sang, mais le prod il nous avait déjà coupé la moitié du budget ! On fait quoi maintenant ? Va faire une reconstitution de la bataille de Bâton-Rouge avec une poignée de Latinos recrutés dans un gang !
- …et qui ne connaissent même pas cette bataille.
- Toi non plus, au début. Tu croyais qu’en français, Bâton-Rouge c’était un truc porno.
- Oui bon. Donc, l’incendie c’était la mauvaise nouvelle, tu me suis ?
- Je sais, et la bonne c’est qu’on n’aura plus à voir la trogne de ce cher prod, mi-dieu mi-Scarface.
- Et tu me demandes pas pourquoi, mon chou ?
- Parce qu’il en a marre de nos gueules et de nos dettes, qu’il essaie de nous couler depuis le début, que son contrat était rempli de trucs en tout petits caractères qui nous tiennent par les couilles, et qu’il vient de cramer notre studio, accessoirement.
- Pas que.
- …
- Nos figurants, je les ai appelés tout à l’heure. Juste pour leur annoncer la nouvelle. Le studio détruit. Notre grande fresque sur la guerre d’indépendance en Floride annulée. Ils n’étaient pas contents.
- …et ?
- Allume la télé, maintenant. Et souviens-toi de ce qu’on avait signé écrit en tout petit : si le prod n’est pas capable d’assurer son taf, il doit en fournir le budget prévu aux réalisateurs pour qu’ils produisent eux-mêmes. Lui ou ses ayant-droits.

Quel cirque !

J’adorerais écrire un western. Pour les chevaux. J’aime tout chez eux, élégance, beauté, puissance, fougue, sensibilité. Six purs sang n’était pas un western, mais les chevaux y jouaient un grand rôle, véritables personnages, autant que Jenny et Billy, le héros et l’héroïne. Mon scenario avançait bien. Mercenaire de la plume, je passais mes journées dans un bungalow des studios de la Bates ldt. Terry Bates, le producteur, tenait à m’avoir sous la main et moi je l’avais sur le dos trois fois par jour. Histoire de montrer qu’il était le patron et que je n’étais qu’un scribouillard.

Terry, cerveau inculte coiffant un corps de gros lard, s’était mis au 7ème art grâce au pactole amassé dans le business des machines à sous. En tant que payeur il s’arrogeait le droit d’imposer ses idées sur le scénario, la mise en scène et le casting. Une calamité pour qui avait un brin de sens artistique.
Je supportais ces avanies en imaginant les chevaux que le film allait immortaliser. Leur galop fendant l’air brûlant donnerait son rythme à l’histoire, leurs silhouettes pétries de grâce et de force, leurs crinières agitées comme des herbes folles, enflammeraient l’écran. Je me les représentais aisément car j’avais accompagné l’accessoiriste au ranch Naked spur pour les choisir.

Mes chouchous pourraient figurer dans un maximum de scènes car Terry avait une règle d’or : le fric investi dans un film doit se voir sur l’écran. Et ces chevaux racés et dressés constituaient le seul luxe de la production. Hélas, je m’étais réjoui trop vite. J’arrivais au bout de mon travail quant Terry, très énervé fit irruption dans mon bureau :
— C’est la cata… notre Blockbuster d’Erotic fantasy sexy galaxy fait un bide. Faut faire des coupes dans le budget de Six purs sang.

— Des coupes sur quoi ?
— Sur le plus cher : les bourrins.
Ça me mettait en rogne quand il qualifiait ainsi ces superbes animaux. Mais cette fois le souci était ailleurs :
— Autant abandonner le film !
— Pas question. Trouvez d’autres bestiaux, des vaches par exemple.
— Vous voulez rire, toute l’intrigue tourne autour des chevaux. Par exemple quand Jenny tombe de sa monture et que Billy vient la relever ou bien quand ils échappent aux tueurs en se lançant dans un galop endiablé. Vous voyez ce que ça donne avec des bovins !

— A vous de voir hein, c’est vous le scribouillard, vous êtes payé pour.
— Pas scribouillard, écrivain ! Bon je vais réfléchir ; j’espère que j’aurai une idée plus intelligente que les vaches.

L’idée, ce fut les chiens, des lévriers. Bien sûr ça ne vaut pas les chevaux. Ils sont racés aussi, mais avec moins de naturel. Ils ont l’air d’en faire un peu trop avec leurs pattes interminables et leur élégance de mannequin anorexique, mais eux aussi courent vite et participent à des compétitions. Avec force acrobaties scénaristiques, j’avais réussi à rafistoler mon histoire. Le tournage allait commencer. Et voilà que Terry déboule à nouveau :

— Je vous rassure, pas de restrictions cette fois, tout le contraire, de l’or en barre pour le film.
On vient de boucler Panique au cirque et on a Patoof en location pour encore une semaine.
— L’éléphant ? Quel rapport avec notre film ?
— Avec ce qu’on l’a payé, faut le rentabiliser, faut le caser un max dans le scenar. Un éléphant blanc, qu’on a vu dans plein de grands films. Ça va en jeter !
— Mais c’est débile, ça ne colle pas du tout avec l’histoire !
— A vous de faire coller, c’est vous le scrib… l’écrivain ! On commence à tourner dans trois jours.

Imbroglio

Une demi-heure déjà que je patientais, assis sur cette chaise face à une table du Pierre Gagnaire. Ce luxurieux restaurant est le lieu de rendez-vous mondain le plus prisé de Paris. Tout y était pensé pour épater ceux qui allaient y demeurer ne serait-ce que le temps d’un repas. Cette moquette écarlate, les immenses lustres au plafond qui dispersaient cette lumière tamisée et romantique, le bois aux apparences vieillies du comptoir et des tables circulaires placées minutieusement dans la salle. Et puis il y avait cet orchestre de couverts en argent disposés au millimètre près sur les nappes soyeuses. Ce spectacle rutilant enchantait le regard et donnait l’eau à la bouche bien avant qu’on vous serve un quelconque repas.
Mais je ne comprenais pas. On m’avait « convoqué » pour une « urgence » m’avait-on dis. Mon producteur ne m’avait rien précisé de plus et m’avait enjoint de le retrouver ici. Et il n’était toujours pas là.
Sans doute voulait-il parler de ma progression dans la rédaction du script. Un an que je le travaillais, de tout mes films ce serait sans doute mon chef d’oeuvre, j’y avait investi bien plus que dans tout mes autres scripts, j’y avais mis une part de moi-même. Je m’étais délesté parfois à contre-coeur de moments de ma vie et plus encore, sans le moindre scrupules, j’y avais jeté à plat tout mes regrets et tout mes remords. C’était un script écrit au coucher du soleil, sur des feuilles presque jaunies avec un verre de martini pas très loin. Je l’avait puisé dans le néant de la nuit; de toute mes muses elle était la seule à ne pas me juger. En fait, loin de l’activité dévoyante du jour. Mon histoire serait parfaite à mes yeux et je ne doutais pas qu’elle trouverait son public. Il commençait à se faire tard, les clients du restaurant dinaient à leur aise, la salle s’emplit du doux brouhaha des conversations et des cliquetis anarchiques de l’argenterie.
Comme appelé par cette douce et chaleureuse musique je vis mon producteur approcher. Enfin. Nous nous saluions. Je sentais une certaine tension émaner de lui qui ne faisait qu’accroitre mes propres doutes. Il était pressé et ne s’attarderait pas me dit-il. Il avait une chose grave à m’annoncer. Et de quelle gravité ! Je devais selon lui remanier mon script; trop long, inadaptable, trop couteux. Il y avait eu des coupes budgétaires, les financements n’étaient plus là…
J’avais peine à le croire, mon chef-d’oeuvre, tronqué ? Impossible. Je m’acharnais à le convaincre de revenir sur sa position ou de faire quelque chose. Il ne m’entendis pas et sans s’étaler d’avantage m’abandonna là, au Pierre Gagnaire. J’étais abasourdis. Je ne réalisais pas encore.
J’étais rentré chez moi. Affrontant le tumulte de pensées qui s’entre-choquent, cherchant à démêler cette imbroglio d’absurdité. Mon beau script, un script si beau ! Je le prenais, déterminé. Non ! Mon histoire sera ou ne sera pas ! Dans un mouvement de colère et sans une once d’hésitation je pris le tas de feuilles et le déchirais, réduisant à néant ce qui avait tout de mon futur chef-d’oeuvre. Mais je ne culpabilisais pas : Mon histoire sera ou ne sera pas !

Le chef d’œuvre

Le banquier s’était montré réticent devant le projet de Karl.
Le jeune homme avait pourtant travaillé dessus depuis plus de trois ans. Il avait tout d’abord noté ses idées puis rédigé la pièce. Enorme travail d’imagination, d’écriture et de correction. Il avait ensuite découpé la pièce en plans, composé chaque décor, pensé et dessiné chaque costume. Il avait voulu contacter certains acteurs connus dont les agents n’avaient même pas daigné répondre et avait écumé les centres d’arts dramatiques pour recruter. Une école d’architecture s’occuperait des affiches. Le studio qu’il avait réservé louait également le matériel et le technicien du son. Lui-même se chargerait de la caméra. Bien que film à petit budget, tout cela avait un coût qui dépassait largement les économies de Karl.

Il s’était tourné vers son banquier, persuadé que celui-ci serait enthousiasmé par ce projet grandiose. Il vanta le côté révélation artistique et insista sur l’impact éducatif de la pièce…Sans rencontrer l’émerveillement qu’il pensait susciter chez son interlocuteur. Celui-ci se contenta de promettre qu’il lirait attentivement le dossier et donnerait sa réponse plus tard.
Le dit-plus tard- se faisant attendre, Karl envoya une bonne trentaine de messages et de coups de fil avant d’obtenir une réponse définitive : Pas de prêt pour son futur chef d’œuvre.
Ce coup de frein à son envolée artistique fit chuter son moral de façon vertigineuse et dans un accès de désespoir il menaça de détruire le travail de tant d’années !
Mais son assistant ne l’entendait pas de cette oreille. Léo, fraîchement sorti d’une école d’animation 3D, avait hâte de mettre en application tout ce qu’il avait appris !
« Quoi ! Tu ne vas tout de même pas laisser tomber ! Donne-moi carte blanche et je m’occupe de tout. Je trouve le financement, le lieu, les acteurs et tout le reste. »

Tandis que Karl partait soigner son moral au fin fond de la campagne française, Léo déploya une énergie époustouflante pour mener à bien le projet de son patron. Remuant ciel et terre, ou plutôt collectivités locales, commerces et entreprises, il déchanta assez vite mais refusa de baisser les bras.
La seule subvention fut celle de la Mairie dans le cadre des activités de la MJC. Le seul lieu trouvé fut le vieux théâtre de l’ancienne école des filles, tenue il y a un ou deux siècles par les Petites Sœurs de la Sainte Miséricorde!
Cinq mètres carrés de planches mal jointes. Un rideau autrefois rouge, passablement mité et actionné par des cordons torsadés qui se rompaient dès que l’on essayait de les ouvrir. Pas de loges. Les acteurs étaient priés de se changer et d’entreposer leurs accessoires dans le couloir. Soixante-quinze chaises paillées mais surtout dépaillées, secondées par six bancs de sacristie, attendaient d’hypothétiques spectateurs. Une rampe d’éclairage de trois spots dont un seul fonctionnait, était fixée devant le trou du souffleur lequel contenait quelque rats desséchés et beaucoup poussière.

Karl, seul chez lui, hésitait à s’enfermer définitivement dans un monastère, s’engager dans l’armée de terre ou sauter du dixième étage lorsqu’un message s’annonça sur son téléphone. C’était Léo : « C’est bon, on a joué devant une salle comble. Il y avait ceux de la maison de retraite et les classes primaires. J’avais posé une corbeille à la sortie et on a eu soixante-cinq euros ! J’ai tout filmé avec mon smartphone et je l’ai posté sur YouTube. T’es content ? »

Coupez !

− Alors, il sort quand, ce film ?
Ma mère se tourna vers son voisin, un homme à barbe et papillotes qui ne se séparait jamais de son Shtraïmel, même à table.
− C’est mon fils, il fait du cinéma.
− Mame !
− Mange, mon fils, mange et dis au Professeur Lévi c’est quand qu’il sort, ton beau film. Oï, Oï, mon fils le cinéaste, il va parler. Écoutez tous.
J’appelai au secours ma sœur du regard, la seule dans la famille qui savait tenir tête à notre mère et lui faire comprendre qu’à trente ans, on ne prenait plus le sein. J’avais traversé tout Brooklyn pour honorer le dîner rituel du Shabbat à Borough Park, en me demandant combien de temps j’allais subir cette régression infantile tandis que mes amis faisaient la fête à Soho, à deux mille ans d’ici. Elle haussa les épaules en signe d’impuissance et se leva pour servir les hommes. La tablée, jusqu’ici bruyante de toutes les conversations simultanées, sembla remarquer ma présence et dix paires d’yeux chassieux se posèrent sur moi.
« C’est mon fils », crut bon de préciser ma mère au cas où mes tantes et ma grand-mère ne m’auraient pas reconnu.
Elôi, elôi, lama sabachthani ? Il était plus facile de s’évader de Rikers Island que de chez ma mère.
À contrecœur, je leur expliquai pour la dixième fois en quoi consistait mon travail.
− Je suis scénariste, pas cinéaste. J’écris une histoire à partir d’une idée qu’on me donne et...
− Mon fils n’a pas besoin qu’on lui donne des idées, il les trouve tout seul. Dis-nous plutôt de quoi il parle, ton film.
− En deux mots, c’est une relecture de la guerre de Troie.
− Un péplum, j’adore. Tous ces hommes en jupette, ça me donne le frisson. Plus de dix mille figurants et autant de chevaux, oï veï !
− Oui, enfin… non, un peu moins.
Les ambitions du réalisateur avaient été revues à la baisse suite au décès du mécène qui finançait cette fresque mythologique. En deux signatures, le producteur avait mis en déroute l’armée de Mélénas et d’Agamemnon, puis celle Pâris et Priam. Quant au cheval de Troie, on comptait sur la perspective pour lui donner de l’allure. À part filmer par une nuit sans lune ou cloner numériquement les quelques figurants survivants, je ne voyais pas comment insuffler de la vie à cette épopée. Comme les ennuis volent toujours en escadrille, le producteur décida que le film serait tourné en intérieur et me pria de revoir ma copie. Mon rêve de découvrir la Troade, ne serait-ce que sur le papier, se fracassait sur le mur de la réalité.
− Mon fils a réécrit l’Iliade. C’est comme qui dirait le Homère de Borough Park. Mange.
Faute de budget, j’avais réduit l’histoire à sa plus simple expression. Une tente qu’on imaginerait dressée devant la forteresse de Troie et dedans, seul, Achille en proie au doute dessinant sur un parchemin une esquisse de cheval de bois. De la tente, on entendrait l’armée se préparer au combat : hennissement des chevaux, épées qui s’entrechoquent par milliers, côté son, rien à reprocher au producteur. Son et lumière, car cette armée virtuelle serait projetée en ombres chinoises sur les parois de la tente. Deux heures trente de monologue intérieur pour public averti, d’une intensité digne des pièces de Berthold Bretch, achèveraient de restituer la clameur inaudible résonnant dans la tête du guerrier grec au terme de dix années d’assauts infructueux.
− Et tous ces chevaux, ils vont y aller comment, à Troie ?
− Métaphoriquement, Mame.
− Il est fort mon fils le cinéaste. Allez, mange !

Voie out

J’écrivais enfin ce scénario qui me tenait tant à cœur. Toutes ces aventures je les avais vécues au travers des récits de mon grand-père que j’écoutais avec passion tandis qu’il construisait des modèles réduits de bateaux anciens. J’avais embarqué sur le Victory, le San Felipe ou encore l’Astrolabe et mon imagination n’avait que les limites d’un horizon sans cesse repoussé. Vingt ans plus tard je rendais hommage à mon aïeul dans ce récit rocambolesque. J’avais conçu, pour un jeune public, une chasse au trésor en mer des Caraïbes. Des frères jumeaux orphelins connaissaient chacun une partie du secret permettant de retrouver les coffres. Le méchant pirate en tenait un prisonnier et recherchait activement le second, devenu corsaire. Tempêtes tropicales, combats, naufragés, énigme à résoudre sans oublier une touche romantique, tous les ingrédients étaient réunis pour un bon moment en salle obscure.
Un matin, je reçus un appel du producteur. Sans détours il me dit que l’idée était séduisante, qu’il validait le projet et… que le budget serait très limité. Je savais ne pas avoir affaire à Jerry Bruckheimer mais quand même ! Tout le film serait tourné en studio, adieu les Antilles ! Passées la colère et la déception, et si je voulais voir mon projet aboutir, je devais trouver une issue qui ne fût pas une voie de garage. Comme il n’était absolument pas question de modifier l’histoire, des astuces s’imposaient.
D’abord le tournage. J’avais collaboré avec le réalisateur pour remplacer les deux répliques navigantes par une seule maquette, quasi grandeur nature. La proue jusqu’au grand mât où flotterait le Jolly Roger appartiendrait au bateau pirate ; la poupe à celui des corsaires. A bâbord elle serait reconstituée avec coque et canons ; à tribord elle serait ouverte pour laisser voir les ponts inférieurs et les cales ainsi que les cabines et le carré du capitaine. Quatre prises de vues possibles ! Elle serait placée dans une piscine avec tous les moyens techniques modernes pour donner l’illusion d’être en pleine mer. Pour les îles : décors reconstitués. Pour les villes : nous avions bataillé dur et obtenu d’aller en Espagne.
Ensuite le scénario. De guerre lasse j’avais supprimé trois passages mais il restait encore à respecter l’impératif d’un nombre réduit d’acteurs entourés de quelques figurants. Je n’eus d’autre option qu’une voix off narrant ce qui ne serait pas filmé. Les manuels pour scénaristes recommandent souvent de l’utiliser avec parcimonie, plutôt réservée à des créateurs paresseux. De nombreuses voix dans l’histoire du cinéma nous ont prouvé le contraire. Dans « Le nom de la rose », par exemple, elle s’exprime alors que l’écran est encore noir et crée immédiatement le suspens. La mienne serait celle de l’un des frères qui, tout comme Adso de Melk, raconterait sa vie. La variante étant qu’elle évoquerait aussi celle des protagonistes invisibles.
Voilà, je suis au fond de la salle et j’attends impatiemment les premières images. Air baroque, vue aérienne d’une côte, voix off :
12 novembre, an de grâce 1670.
C’était une belle journée d’hiver au bord de l’océan. Mes parents, mon frère jumeau Ricardo et moi, Pedro, vivions là. Nous y coulions des jours heureux. Pourtant, chez mon père, de nombreux signes trahissaient les affres d’un passé douloureux.
Je le rejoignis sur la plus haute falaise. Il regardait un navire qui approchait, au loin. Sans se servir de sa longue vue, il tourna la tête vers moi et, résigné, dit : « C’est lui ! ».


Retraité de la fonction publique (à vélo) contre sardines à l’huile.

— Mike ?
— Ouais.
— Salut, c’est Franck. On est en pleine réunion de prod, là. Ça t’embêterait pas trop de nous rappeler ?
— Qu’est-ce qui se passe ?
— On a bientôt plus de crédit, ici… On a pris un forfait à 2 euros, chez Free. Toute la boite est dessus.
— Merde. A ce point ?
— En fait, le comptable vient de se défenestrer sous mes yeux.
— Les bureaux sont au rez-de-chaussée, Franck…
— Oui, mais quand même. On est tous bouleversés, ici. En plus, le type s’est foulé le poignet.
— Bon, alors, qu’est-ce qu’on fait ?
— On ampute.
— Pour une foulure ?
— Non, je veux dire le budget.
— Ah, le budget. Ouais…
— On taille. On élague, si tu préfères.
— Je vois.
— On dépouille, on épure. On passe en mode ECO +
— J’ai compris, ça va.
— Tu me suis ?
— Putain, mais oui, je te suis. Qu’est-ce qui vous arrive, là-bas ?
— On est bouleversés.
— Ressaisissez-vous ! C’est pas la première fois qu’on aura à couper une scène ou deux.
— Tu te rends pas compte. On s’éclaire à la bougie. Y’a de la cire partout.
— On se calme et on réfléchit, ok ?
— On dégraisse. On allège. On…
— La ferme, Franck !
— D’ac.
— Voyons. T’as mon script sous les yeux ?
— Oui. Simon est en train de le retranscrire à la main.
— La scène de poursuite, tu y es ?
— Voyons. Scène 38. Extérieur Nuit. Deux Lamborghinis se tirent la bourre dans les rues de Dubaï. L’une est conduite par John, l’autre par un androïde mutant hyper-sensible qui détient les codes de lancement d’une demi-douzaine d’ogives nucléaires orientées vers la ville de Castres.
— Bon. On pourrait peut-être opter pour des bagnoles moins tape à l’œil, pour commencer.
— Des vélos, Mike.
— Comment ça, des vélos ?
— La poursuite se fera en bicyclette, finalement. Et oublie Dubaï, tant qu’on y est. Pense à un bled en Moselle. Je sais pas. Une route départementale un peu escarpée. Ce serait pas mal.
— Des putains de vélo ?
— Voilà.
— John est censé pédaler comme un dingue aux trousses d’un androïde hyper sensible ? Entre deux villages lorrains ?
— On va devoir aussi remplacer l’androïde par… ben je sais pas en fait. Un postier à la retraite. N’importe quel type en VTT. Tes histoires de cyborgs vont nous foutre sur la paille. Je suis désolé.
— Mais y’a plus d’histoire, sans les androïdes hyper sensibles.
— Chacun son boulot. Je suis sûr que tu trouveras quelque chose. T’es un scénariste épatant, Mike.
— Bordel, mais le film s’appelle « Androïdes contre calamars géants » ! Vous déconnez !
— Tiens, j’ai une autre idée : on pourrait virer les calamars et les remplacer par des sardines à l’huile.
— Non mais, qu’est-ce que tu…
— Ça coute presque rien, les sardines en boite. C’est ce que je file à mes gamins, pour le gouter de l’école.
— Et les ogives nucléaires orientées vers Castres, je suppose qu’on oublie, aussi ?
— Peut-être une menace moins exubérante.
— Super…
— Mais on peut garder la ville de Castres.
— Genre, un missile russe de moyenne portée, fauché à l’Etat Islamique ?
— Non. Ça va être encore trop cher. Pourquoi pas une lettre de relance ?
— Une lettre de relance contre la ville de Castres ?
— Ouais. Mais filmée en gros plan, et tout. Sur du beau papier.
— Il va rien rester de mon foutu script…
— Et si on rebaptisait le film « Retraité de la fonction publique à vélo contre sardines à l’huile » ?
— Je vous préviens que si vous continuez à….
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Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles mais uniquement par manque d’émerveillement (G. K. Chesterton)
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MessagePosté le: 10/10/2016 10:20:20    Sujet du message: Publicité

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