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Les textes

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    A vos plumes ! Index du Forum -> Jeux de plumes -> Le jeu presqu'hebdomadaire -> Jeu 238
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tobermory
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Inscrit le: 06 Juin 2007
Messages: 6 923

MessagePosté le: 21/11/2016 16:59:10    Sujet du message: Les textes Répondre en citant

S. comme...

Luc, déçu d’avoir perdu deux heures à chercher la ou les perle(s) rare(s)dont il était friand, furetait sans entrain dans le dernier rayon de la banque du livre d’occasion dont le patron allait fermer boutique. Soudain, glissée entre deux revues en piètre état, une petite merveille lui fit un clin d’œil : un volume d’environ 10 cm sur 15, à la couverture de cuir rouge décorée de fils d’or. Il n’était pas grand lecteur mais s’acharnait à dénicher des livres anciens de belle facture qui mettaient de la couleur dans sa bibliothèque et impressionnaient ses visiteurs.
Il prit l’objet en main, peu importait le titre, le feuilleta, apprécia la qualité du vélin bistre, l’ourlet doré de chaque page. Il poussa un cri étouffé lorsque le livre se referma brutalement sur son index au bout duquel jaillit une vive douleur semblable à celle d’une piqûre de guêpe. Puis un profond malaise l’envahit tandis que s’abattait sur la salle une épaisse fumée. Celle-ci dissipée, il se retrouva en sueur, vêtements en lambeaux, dans un lieu inconnu, sombre, surchauffé par un énorme brasier et peuplé de créatures nues, gémissantes, que des dragons, yeux et oreilles lançant des flammes, frappaient et accablaient d’injures à intervalles réguliers.
Face à lui, royal sur son trône, un monstre au visage grimaçant, à la tête hérissée de rameaux ardents, flottant dans une toge noire imprimée de motifs rappelant des S, le fixait d’un regard sardonique. Lorsqu’il ouvrit la bouche pour s’adresser à Luc, de petits serpents s’en échappèrent.
– Le moment est venu de payer l’addition !
– Mais...
–Tu parleras quand tu y seras autorisé. C’est un plaisir de t’accueillir ici. Une sacrée recrue ! Tu sais ce qui t’amène ici, au moins ?
Luc, effaré, secoua la tête. Au même moment, apparurent comme par magie au pied du brasier cinq femmes blêmes, pieds nus, dos courbé, tremblant comme des feuilles mortes.
– Caro, Lina, Annie, Maud, Steph...
– Tout juste, celles avec qui tu trompes ton épouse depuis des années, railla la toge noire. Dans ma grande bonté, – un énorme rire lui échappa, répercuté par les cloisons rouge sang – je leur laisse une chance. Pas au point de les laisser entrer directement là...
Une sorte d’écran de télévision s’éclaira au plafond, révélant des anges voletant d’un nuage à l’autre pour distribuer caresses et douceurs à des êtres au sourire béat– il reconnut sa femme, Jane –, sous le regard bienveillant d’un vieillard auréolé de lumière.
– Mais peut-être, après un stage ici : un second écran s’ouvrit sur des hommes et des femmes à genoux, murmurant des prières. Les murs portaient l’inscription « Purgatoire. »
Le spectacle réveilla quelques échos chez Luc. Les bienheureux comblés de bienfaits, le Purgatoire,... et lui, les flammes, les tourments, le S comme... Satan ? Il était en Enfer ? Impossible, c’était un cauchemar. Il clama « Foutaises », ce qui déclencha l’ire du monstre : un geste de sa part et deux dragons se saisirent de Luc pour planter ses pieds dans le brasier. Il hurla de plus belle et se retrouva dans la halle aux livres, vidée de ses visiteurs. Ses doigts se détachèrent sans peine de la page où ils étaient restés scotchés. Sous leur empreinte, il put lire : 6 _tu ne commettras point l’adultère. Un coup d’œil à la couverture lui dévoila le titre du volume : « Les dix commandements ». Saisi de terreur, il se rua vers la sortie : le vieux libraire, sourire grimaçant, regard enflammé, encadré de deux dragons, lui barrait le chemin.

A livre ouvert

Arrivant au marché du livre du samedi, je songeais à ce qui avait changé en moi.

Auparavant c’était le romanesque qui me faisait vibrer. J’aimais les volumes oubliés, les couvertures patinées par le temps, comme des portes derrière lesquelles des personnages et des aventures, avaient traversé les ans pour enchanter mes heures de lecteur. Ces signes muets, ces chemins de mots, ces labyrinthes de lettres qui ne demandaient qu’à se réactiver me fascinaient. Ces évasions virtuelles m’avaient grisé, mais secrètement j’aspirais à davantage. Le livre qui serait un passage vers un autre monde. Nouvelle naissance, seconde chance, autre enfance, existence plus riche, autre destin.

C’était devenu une obsession qui hantait mes nuits et les brodait de rêves roses ou de cauchemars. Ces ailleurs que le réveil décolorait ne faisaient qu’attiser mon impatience. Je commençais à me faire vieux, il était plus que temps que je me donne un espoir. Bientôt la voie me parut évidente : l’occultisme, ce raccourci de la connaissance, qui court-circuite la science. Maintenant au marché du livre, je délaissais les étals de romans pour ceux qui vantaient les savoirs secrets, les forces invisibles, les mystères antiques, l’hermétisme, les arcanes, le Grand-œuvre, le Grand Albert, le Grand secret.

C’était ce genre d’ouvrages que proposait un nouveau stand, tenu par un homme en noir, grand, sec, lunetté, aux allures de rat de grimoire. Son éventaire était remarquable et mes mains s’y plongèrent avec avidité. L’homme me gratifia d’une mimique approbatrice et susurra : « connaisseur, à que je vois. Je vais vous montrer une rareté que je réserve à un public choisi. » Il m’invita à monter à l’arrière du fourgon stationné derrière l’étal et tira un rideau pourpre tendu sur toute la largeur de l’habitacle. Sur une table ronde reposait un épais volume à la reliure noire, sans nom d’auteur, ni titre.

Je soulevai l’objet, d’une lourdeur de plomb, mais sans parvenir à l’ouvrir. On l’aurait dit coulé d’un seul bloc et non pas constitué de pages assemblées. Rien d’autre sur la table, à part un sachet transparent abritant de tout petits os. Sans doute ceux d’une bestiole sacrifiée dans quelque rite de sorcellerie. Sauf que vu de près, l’un de ces fragments ressemblait à un tibia humain, bien que minuscule – pas plus de 3 cm de long. Un frisson me parcourut. S’agissait-il d’un vestige de ces civilisations disparues, infiniment plus anciennes que notre humanité et dont parlent certains auteurs ? L’explication devait figurer dans les pages scellées du livre.

Je questionnai l’homme, qui eut un sourire :
– Je dois garder le secret. Ce livre, Il faut l’apprivoiser.

Désormais chaque samedi, je me précipitais au marché du livre pour m’engouffrer dans le fourgon, saluant à peine le propriétaire. Je restais des heures en tête à tête avec le livre, le questionnant mentalement. Et peu à peu il me parlait. A sa façon. Je ne me trouvais plus dans le fourgon mais dans une vallée sombre, éclairée d’un jour souffreteux. Je marchais difficilement parmi des rochers escarpés entre lesquels vivotait une végétation raréfiée.

Deux hautes falaises se rejoignant en un gigantesque V, me barrent le passage. Je m’avance. Sur leurs parois lisses et noires, des lettres, des mots, des phrases, deux pages qui dans fracas de séisme se referment sur mon corps figé d’épouvante.

***

Dans son fourgon l’homme soulève le livre, dont s’échappe le macabre marque-page d’un minuscule squelette en miettes.


Le début de la fin

La rue, son asphalte luisant, ses façades aveugles, ses réverbères éteints, s’étaient délités sous la bruine. J’avais échappé au néant en entrant dans la halle, appâté par une affiche gorgée de pluie sur laquelle on ne distinguait que la forme d’un livre ouvert et la date d’aujourd’hui.

La halle était un labyrinthe de petits stands qui, à la lumière chiche de globes empoussiérés suspendus aux poutres noircies, exposaient des livres d’occasion sur de simples planches posées sur des tréteaux.

Des milliers de livres. Cornés, usés, à la tranche jaunie, encore rangés dans des cagots ou empilés en tours à l’équilibre précaire, et ressemblant en tous points à leurs vendeurs, maigres escogriffes aux yeux chassieux, emmitouflés dans des nippes aux couleurs défraichies.

Là-dessus flottait une odeur indéfinissable, de poussière ou d’autre chose – peut-être que des souris mortes et desséchées reposaient au fond de certains cageots.

Je m’approchai d’un stand. Dans l’ombre, entre deux piles de livres, brillaient les yeux d’un boutiquier ou d’une boutiquière. Seuls des doigts de rapaces, aux articulations noueuses, émergeaient à la lumière et furetaient sur les livres pour en arranger la présentation ou ôter quelques résidus de toile d’araignée. Nous échangeâmes un regard, ou plutôt je regardai ses yeux éternellement focalisés sur un point flottant loin derrière moi. J’ouvris un livre au hasard. Il n’y avait rien écrit dedans.

L’odeur était plus nette maintenant. Elle me rappelait quelque chose que je n’arrivais pas à définir ; je savais juste qu’elle était censée me répugner.

Je m’approchai d’un autre stand. Sans un regard pour le boutiquier, j’ouvris un livre, puis un autre. C’étaient de misérables livres de poche dont les couvertures marron semblaient poisseuses au toucher ; ils étaient vierges de tout écrit. Et, levant les yeux pour chercher des toilettes où me laver les mains, je remarquai que j’étais le seul chaland.

Je cherchai mon chemin dans le labyrinthe pour me rapprocher de la petite lumière rouge, vive, moderne, qui indiquait les toilettes. Je ne pus résister à l’envie d’essayer un troisième stand au passage : j’ouvris le livre le plus proche. Il était vide ; mais vieux, si vieux ! La couverture de cuir tombait en lambeaux rongés ; des tâches de moisi s’étalaient là où j’aurais dû trouver des caractères d’imprimerie. Et je découvris que l’odeur tenace semblait émaner des livres eux-mêmes.

Je reposai brusquement le livre. Il fit un bruit mou contre les autres cadavres de livre, et même ce bruit étouffé déchira la ouate du silence qui avait peu à peu épaissi l’atmosphère. Je me retournai pour voir l’effet que ce bruit avait pu avoir sur les boutiquiers amorphes ; ils étaient tous rassemblés autour de moi ; ils s’étaient rap rochés au f r et à mesure san que je m’en perç ive et m’ent ura ent en r ngs se r s.
La petite l mière rouge des t ile tes v cilla, tremblot , s’élo g a ; les glob s laiteux du p af nd rapeti sèr nt et, vec n t nt me t cri t ll n c ri u em nt alert t vivant, écl tèr n . L s b utiq iers se ra p o h rent e mo

E j e s v n de d sp raitre q e c étai t ça l f n an m e s et r s les mo s l s hr ses, l h st res s nt mu tt s et ue le m nde s recr qu vil e su l - ê av d hu l r h n y ne i s p q n ne, e i d rn t m r u ’ c a p n r j
a r t

Voyage immobile

Frédéric entra sous la verrière et retira sa capuche ruisselante de pluie. Quel temps ! Pourtant, il n'avait pas hésité à braver les intempéries pour venir au salon "Livres en voyage". Grand lecteur, il affectionnait tout particulièrement les ouvrages consacrés aux contrées lointaines.
Frédéric n'était jamais parti en vacances de sa vie. Ce qu'il connaissait des autres pays, il le devait à ses lectures. Les images qu'il avait dans la tête étaient calquées sur les photos qui illustraient les pages des livres et des magazines qu'il dévorait à la bibliothèque, tellement absorbé qu'il en oubliait l'heure de la fermeture. On pouvait dire que dans son domaine, c'était un spécialiste.
Ce salon était l'occasion pour lui de se faire un cadeau. Il avait économisé pour acquérir "Le voyageur immobile" de Jean Giono. Il l'avait déjà lu mais le voulait à lui, l'histoire lui convenait parce qu'elle lui ressemblait. Il chercha sur le plan affiché à l'entrée, puis il se dirigea vers le stand indiqué. Au passage, il en profitait pour feuilleter les ouvrages des autres éditeurs, emplir ses yeux de rivages dorés, de glaciers inaccessibles et de villes mystérieuses. Il constata qu'il connaissait presque tous ces endroits. S'il avait choisi un roman, c'était parce que son imagination s'y déployait bien plus largement.
Au bout d'une bonne heure, un peu engourdi, il échoua devant le stand qu'il recherchait et s'approcha du secteur consacré aux romans. Alors qu'il explorait un rayonnage, un coup de tonnerre fit trembler la verrière et la lumière s'éteignit, plongeant la halle dans les ténèbres. Surpris, Frédéric se retourna brusquement, glissa et tomba à la renverse. Il heurta le sol de la tête et perdit connaissance.
******
Il est allongé sur un lit. Un grand silence l'entoure. Il se lève et regarde autour de lui. Il est dans une chambre élégante et douillette. Le reste de l'appartement est entièrement équipé : une cuisine ultramoderne avec toute la domotique nécessaire pour vous faciliter la vie. Un salon immense, meublé avec goût. Frédéric n'en croit pas ses yeux. Le luxe de ce logement l'ébahit lorsqu'il pense à son petit studio sombre, à la limite de l'insalubrité. Une chose l'étonne cependant, il n'y a aucune fenêtre ni aucune porte. Pourtant, la lumière semble naturelle. Il entre dans la salle de bains et manque s'évanouir. Une double vasque en pierre, de la robinetterie dorée, du marbre au sol et une baignoire, une baignoire.... "De quoi avoir envie d'y passer du temps, un bon livre à portée de la main." Dans un tel environnement, la bibliothèque doit être fabuleuse. Il en frémit d'aise à l'avance, il imagine tous ces volumes, non plus empruntés à la bibliothèque mais à lui, oui, bien à lui. "Mais avant d'explorer ces trésors, il faut que j'aille acheter mon Giono." Frédéric cherche la sortie et ne la trouve pas. Tous ses pas le ramènent au salon.
En le contemplant de plus près, il ne voit pas un seul rayonnage, pas une seule brochure, pas un minuscule livret. Frédéric a beau chercher dans toutes les pièces, pas la moindre trace de documents écrits. "Un tel luxe et pas de livres ?" Frédéric se laisse tomber dans le canapé, découragé. Il aperçoit la télécommande et appuie sur les boutons. Incrusté dans le mur face à lui, un écran géant s'allume. Et là, comme par une fenêtre ouverte, il voit la halle du salon "livres en voyage" s'étaler devant ses yeux. Des livres, des tas de livres, manipulés par les visiteurs...

Les 20 000

Depuis que Léa Zeitman était arrivée, elle n'en croyait pas ses yeux... Aucun stand. Pourtant, la place était bondée, des individus se tenaient là, debout, partout, mais silencieux.
Elle s'apprêta à quitter les lieux imaginant qu'elle avait mal lu, mal vu... pourtant elle était sûre d'avoir observé l'annonce publiée sur internet :
« Marché aux Livres, place de l'Opéra, dimanche soir ». Un marché nocturne, pour ce genre de produit, ce n'était pas si courant.
C'est au moment où elle fit demi-tour qu'un voix l'interpella :
- Mademoiselle !
Lorsqu'elle se retourna, elle vit près d'elle, un homme.
- Cherchez-vous quelque chose mademoiselle ?
- J'ai dû me tromper, je croyais qu'il y avait un marché aux livres ce soir...
L'homme la regardait fixement. Puis elle distingua nettement les autres silhouettes alentour se mouvoir, d'abord lentement, pour se rapprocher d'eux. En quelques instants, on l'entoura. Mais c'était un cortège de silhouettes faméliques et comme déjetées par la nuit : de grands manteaux flous, des chapeaux d'hommes défaits, des robes de femmes diaphanes masquaient les visages et les corps des personnes attroupées. C'était étrange. On aurait dit des ombres. Elle eut peur.
- Cherchez- vous quelque chose de spécial mademoiselle ? reprit l'homme qui l'avait appelée.
Ses yeux creux et sombres ne la quittaient pas. Les autres se tenaient là, muets, resserrant un cercle devenu menaçant. Puis, à un signe mutuel, ils la regardèrent tous ensemble, en même temps. Et au moment où son cœur fut étreint d'angoisse, l'homme dit encore :
- Je crois que vous nous avez trouvés mademoiselle. Et que c'est nous qui vous attendions.
- Qui êtes-vous ? cria-t-elle, terrorisée.
Il recula et d'un geste, demanda aux autres de se présenter.
Le premier à s'avancer fut un homme, abondamment barbu, au regard posé.
- Je suis Le Capital, prononça-t-il.
Un autre, plus mince et gauche déclina son identité :
- Je suis Brûlant secret, réédité en 1945.
Un petit, finement barbu, aux binocles rondes et démodées, la salua de son chapeau :
- Psychopathologie de la vie quotidienne.
Et la jeune femme comprit. Un éclair rouge-sang creva son esprit, l'oriflamme nazie se déploya dans l'air : un oiseau géant, maléfique, mortifère. Devant un immense brasier, un récitant proféra, le bras levé en l'air : « Contre la valorisation excessive de la vie pulsionnelle qui dégrade l'âme ! Pour la noblesse de l'âme humaine ! Je jette aux flammes les écrits de Sigmund Freud. »

Léa les reconnut tous : ses travaux universitaires, son âpre recherche de la vérité et de la justice, ses origines juives, la Shoah qu'elle étudiait de manière si obsédante l'avaient menée ici et faisaient d'elle le dépositaire de la mémoire collective.
La foule ne s'arrêtait plus. Ils étaient là les 20 000 : Albert Einstein, Karl Marx, Thomas et Heinrich Mann, Stefan Zweig, Sigmund Freud... les brûlés de l'Histoire.
Oui... " Là où l'on brûle des livres, on finit aussi par brûler des hommes." disait Heinrich Heine.

Dans la quatrième dimension, il arrive que les vivants rencontrent les morts et les passeurs d'âmes, alors les contactés deviennent les messagers de l'au-delà.
Léa lança le projet « Babel» : l'édification d'un monument unique en son genre. En 1995, à Berlin, une plaque de verre fut incrustée dans le pavé. On peut voir une pièce dénudée avec des étagères vides à l’intérieur. C'est la place « Babel», mémorial de l’autodafé du 10 mai 1933, place de l’Opéra à Berlin.

Le jour où le soleil se leva à l’est

Un matin en se réveillant, Pierre Delain constata que le soleil c’était levé à l’est.
Il n’y avait pas à s’y tromper. C’était un rayon de soleil tombant sur son visage qui l’avait réveillé. Or, il le savait bien, sa fenêtre donnait sur le couchant.
C’était un petit homme anonyme et calme, à qui personne n’avait jamais prêté attention. Il avait perdu sa famille tôt, au travail son chef savait à peine son nom parmi ses dizaines d’employés. Il avait un tempérament simple, pragmatique, résigné, qui lui avait permis de survivre à la solitude.
Un autre serait devenu fou, se serait rué dehors en hurlant. Mais il se contenta de se lever comme chaque jour de sa vie, de s’habiller et de manger un bol de céréales. Les choses étaient ainsi. Il les subissait, quand elles changeaient il s’adaptait.
Dehors, tout semblait normal. Les voitures roulaient, les gens vaquaient à leurs occupations. Personne ne semblait remarquer l’inversion de l’astre du jour.
Il fallait voir cela de plus près. Peut-être y avait-il quelque-chose qui expliquerait tout. Il sortit donc, à l’affut de quelque chose d’insolite.
Longtemps il marcha à travers les rues aux façades sales, les murs constellés de tags, les passants pressés. Tout était normal. Sauf le soleil.
Il commença à douter. Peut-être le soleil c’était-il en fait toujours levé à l’est, que l’erreur ne venait que de lui ? S’il posait la question dans un bar ou un magasin, on le prendrait pour un fou…
Et c’est alors qu’il la vit.
Elle marchait vite, malgré sa lourde robe à paniers de style victorien. Un chapeau d’où s’échappaient quelques anglaises brunes, sous le bras une délicate ombrelle à poignée d’ivoire. Tout en elle dénotait un raffinement et une élégance incongrue, dans ce quartier aux façades ternes et uniformes, agrémentées de troquets miteux. Où était-il d’ailleurs ? Il n’en savait rien. Il avait marché au hasard, et il n’était jamais venu par ici.
Sans réfléchir, il se mit à la suivre. Au bout d’une centaine de mètres, elle s’arrêta soudain. Et à sa grande surprise, elle se tourna vers lui et lui sourit.
« Il est tant d’y aller, n’est-ce pas ?
Elle désignait un grand bâtiment de style néogothique devant eux, dont l’entrée était surmontée d’une grande banderole. « Foire des livres d’exception ».
– Je suis vraiment en retard, Max va être furieux, reprit-elle. Mais c’est sa faute après-tout, il n’avait qu’à pas me traiter de la sorte ! »
Et d’un geste vif, ouvrant son gilet, elle lui montra un grand trou auréolé de sang dans son chemisier. Et avec un frais rire, elle disparut dans le hall.
Comme dans un rêve, Pierre la suivit.
C’était la plus étrange foire au livre qu’il n’ait jamais vu. On y croisait des chevaliers en armure, des indiens, des hommes préhistoriques. Des dames aux lèvres noircies par le poison riaient avec de jeunes élégants au crâne fracassé, ou un couteau planté dans le dos. Derrière les stands, des hommes et des femmes de tout âge les rappelaient parfois à l’ordre, les enjoignant à grands cris d’aller faire ce pour quoi on les avait écrits – du chiffre.
Longtemps Pierre erra à travers les stands. Et finalement il le trouva.
Derrière la table couverte de livres, le petit homme à l’air triste épongeait son front chauve.
« Je n’en ai pas vendu un seul ! Lança-t-il désolé à l’adresse de Pierre.
Et puis, d’une voix chargée de regrets :
– Mais aussi, qu’est-ce qui m’a pris de choisir un héros aussi minable que toi ! Et cette histoire de monde-miroir… »

Mario-book

Il vit, quelque mètre plus loin, un autre livre posé à terre au milieu du couloir formé par les longues étagères garnies de volumes.
Il le regarda un moment et l’enjamba. A cet instant même un petit bruit métallique résonna, comme un tintement de pièces de monnaie. Il avait déjà entendu ce bruit quelques minutes plutôt alors qu’il replaçait un livre sur le rayonnage. Franck était inquiet, depuis un long moment il essayait de regagner l’entrée de la boutique mais les hautes bibliothèques formaient un long chemin sans issue apparente. Quel endroit étrange.
Quelques heures plus tôt il s’était rendu à la foire aux livres, installée au parc des expositions. Les quatre immenses bâtiments abritaient plus de deux cents exposants. Livres anciens de grandes valeurs, livres de poche d’occasion et bandes dessinées de toutes époques occupaient trois halles ; dans la dernière se trouvaient les auteurs venu présenter leur œuvres avec séances de dédicaces.
Franck et ses amis avaient fait le plein de lecture pour les années à venir et se dirigeaient vers la sortie en commentant leurs achats lorsqu’ils aperçurent un petit hangar en retrait. Une banderole peinte à la main annonçait « Monde Perdu des Livres ».
– On y va ?
– Ça a l’air minable ce truc, ce n’est pas mentionné sur le prospectus.
– Je suis sûr que ce n’était pas là quand nous sommes arrivés.
– Vous êtes paranoïaques, les amis ! Je vais y faire un tour et on se retrouve au café du Pont.
Franck était entré, seul, dans un invraisemblable capharnaüm de bouquins en tout genre empilés au hasard. Il demanda à voix haute s’il « y avait quelqu’un ? », devant l’absence de réponse il commença à regarder les titres des ouvrages. Il n’en connaissait aucun.
Peu à peu, passionné par ses découvertes, il s’enfonça dans ce labyrinthe de livres mais sans fil d’Ariane il fut incapable de retourner sur ses pas.
Un nouveau volume était posé au milieu du chemin, très ancien avec une reliure de cuir à tranche dorée. Alors qu’il se baissait pour le ramasser, il entendit un rugissement. La première de couverture se plissa, découvrant des crocs pointus.
Franck se jeta en avant dans une course folle, essayant d’échapper au livre qui le poursuivait.
Chaque fois qu’il sautait par-dessus un obstacle, des pièces tintaient, chaque fois qu’il perdait du terrain un grondement se faisait entendre. Les hauts des étagères se rejoignaient jusqu’à former une voûte au-dessus de sa tête. Un couloir latéral se présenta, que choisir ? Sans réfléchir il bifurqua à droite et reprit sa course. En sautant par-dessus un livre, sa tête heurta un rayonnage ; aussitôt un énorme champignon vert s’éleva et les lettes « UP »apparurent. Ebahi, il relâcha sa vigilance. Immédiatement un roman de feu le percuta violemment, il se rattrapa de justesse et repartit de plus belle, toujours poursuivi par le livre fou.
Sautant par-dessus un torrent de lave il atterrit dans une cave sombre. Le couloir avait disparu. Aucun ennemi ne le suivait, il était enfin seul ! Seul avec un vieux coffre en bois qu’il connaissait très bien. Le message qu’il trouva à l’intérieur indiquait : « The big book is in another library ».
La petite porte latérale n’était pas fermée à clé. Il sortit. Il faisait nuit et il pleuvait. Il se dirigea en chancelant vers les grilles du parc des expositions. Une fois le seuil franchi, Franck se sentit en sécurité et se retourna. Comme il s’y attendait, le petit hangar avait disparu ; comme s’il n’avait jamais existé.

Autodafé

J’examinais distraitement quelques livres sur un stand lorsque je n’en crus pas mes yeux : le second tome du Richelet ! l’édition de 1680 du fameux Dictionnaire françois – de M à Z ! L’homme murmura un prix exorbitant, je négociai, puis acceptai sa nouvelle offre. Je lui tendis les billets quand une voix forte s’éleva dans mon dos :
— Au nom de la Loi, je vous arrête !
Le bracelet d’une menotte se referma sur mon poignet tandis qu’on m’arrachait le précieux ouvrage.
— Et pris en flagrant délit avec ça !
« Mais de quoi parlez-vous ? J’ai simplement acheté ce volume qui fait suite à celui que j’ai déjà chez moi ! »
— Un autre tome ? Vous avouez la récidive ? Votre compte est bon !
« Mais vous plaisantez ! Relâchez-moi ! »
Le policier se tourna vers son subalterne qui entreprit de me lire mes droits.
— Nous vous arrêtons pour achat illégal de dictionnaire, possession délictueuse d’encomium, suspicion de récidive. Tout ce qui vous pourrez dire, etc.
Autour de nous, badauds et vendeurs me regardaient sans mot dire mais leur expression ne trompait pas : je n’avais que ce que je méritais. Les policiers m’entraînèrent, je tentai de défendre ma cause.
— Mais c’est un outil de travail ! J’en ai besoin, je suis écrivain.
« Ooooohhhhhhh………… » Tout le monde s’était figé avec cet unanime cri d’horreur. Les passants s’écartaient, une femme voila les yeux de son enfant avec pudeur.
— Un écrivain ? souffla un sbire à son confrère, c’est plus sérieux que ce que je pensais.
Je fus bientôt jeté sans ménagement dans une cellule où se trouvait déjà un autre compagnon d’infortune.
— On t’a arrêté pour quoi ?
« Je suis écrivain » fut tout ce que je pus prononcer, comme si ceci expliquait cela. Ce qui sembla d’ailleurs être le cas.
— Ben mon gars, t’es cuit ! C’est le cas de le dire, fit-il en éclatant de rire.
Il attira mon regard vers la minuscule fenêtre qui donnait sur une sombre cour.
— Tu vois le bûcher ? Pas plus tard qu’hier, il y a eu un gigantesque autodafé. Il faut dire que l’écrivain en question conservait chez lui quelques centaines d’exemplaires invendus de son roman. Quelle idée aussi…
« Un autodafé ? »
— Et oui. Mais tu sors d’où ? En soi, ce n’est pas grave, il n’avait qu’à pas avoir ces bouquins révoltants. Évidemment, le problème, c’est que le type était attaché au poteau que tu vois, là, au milieu. Je n’aurais pas cru qu’il gueule si longtemps avant que le feu ait raison de lui.
Et il me coula un regard de fou.
— Tu vois, t’es cuit, conclut-il avec amusement.
« Mais ce n’est pas possible… »
— Il y a bien un moyen. J’ai entendu dire qu’on pouvait acheter le bourreau. En échange d’une petite gâterie, il peut t’épargner cette souffrance. Il t’étranglera ni vu ni connu et tu ne sentiras pas les flammes.
Je ne sais pas de toutes ces images laquelle me parut la plus insoutenable, mais je fus pris d’un vertige et m’effondrai, inconscient.
Quand je repris connaissance, des visages étaient penchés vers moi, une femme me souriait et un vigoureux gaillard m’aida à me relever, me demandant poliment si je me sentais suffisamment bien. J’acquiesçai et comme je faisais quelques pas, le bouquiniste me rattrapa et me tendit mon Richelet.
— Vous n’allez tout de même pas partir sans votre achat.
Je saisis le précieux dictionnaire et me retournai. Face à moi se trouvait l’individu :
— Au nom de la Loi, je vous arrête !

Folie douce

Chaque mardi j’accompagne ma femme au marché de notre village, l’attraction principale de la semaine. Elle choisit, discute, marchande ; je porte ses emplettes. En dix ans de pratique, je n’ai toujours pas compris pourquoi on ne pouvait pas acheter les légumes ou les fruits au premier vendeur qui semblait faire l’affaire. Il fallait se procurer les tomates ici, le persil là, la ciboulette ailleurs, comment, s’étonnait ma femme, pouvait-on se tromper en permanence d’étal et aller invariablement vers ce qui se faisait de moins bien sur le marché ?
Et puis un jour je suis tombé sur Roger, masqué par une vendeuse d’huiles essentielles et un joueur de flûte de pan grimé en Inca. Pas d’erreur possible, c’était le seul marchand de livres du marché. Deux euros l’exemplaire qu’il vous rachetait la semaine suivante un euro pourvu que vous lui en preniez un autre, ce n’était pas cher payé pour échapper à la corvée des courses. Pendant que ma femme faisait la tournée de ses fournisseurs attitrés, je discutais littérature avec Roger.
« Aimez-vous le fantastique ? » me suggéra-t-il le premier jour alors que j’hésitais entre un Jean Bruce vintage et un San Antonio millésimé. Sans attendre ma réponse, il me tendit un petit livre dont le titre me plut aussitôt : Troisième à partir du soleil. Le nom de l’auteur, en revanche, ne me disait rien. « Slind ? » « Américain », précisa-t-il. « Il en a écrit d’autres. Vous aimerez, j’en suis sûr. »
Il avait raison. La semaine suivante, je repartis avec Un monde à soi  ; la semaine d’après, avec L’autostoppeur . C’était devenu un jeu entre nous, à chaque Slind que je lui ramenais, il m’en exhumait un autre. « Mais combien en a-t-il écrit ? », m’exclamais-je. Il se contentait de sourire en me confiant mon fascicule hebdomadaire et demandait systématiquement ce que j’avais pensé du précédent. Au 92ème livre, il m’annonça qu’il devait s’absenter et me souhaita bonne chance. Je n’y prêtais pas attention, il disait parfois des choses étranges.
La semaine suivante, le bouquiniste qui m’accueillit ne connaissait ni Slind ni Roger. Pas plus que la vendeuse d’huiles et l’Inca : ¿ que Royeur ? De retour chez moi, je googlai Slind : ni Michaël ni Lars ni aucun des autres Slind recensés n’étaient écrivain. Je passai aux titres et découvris qu’ils correspondaient tous à des épisodes d’une vieille série américaine imaginée par un certain Rod Serling. Comble de malheur je n’arrivais pas à remettre la main sur le dernier ouvrage que m’avait confié Roger. « Tu n’aurais pas vu mon Slind, par hasard ? », demandai-je à ma femme. Non, je suppose que non.
Je retournais alors au café où j’attendais régulièrement, les jours de marché, d’être bâté. On fouilla partout, le patron, les serveurs, les clients et moi, en vain.
Je n’ai jamais revu Roger, mais je cherche toujours son ultime offrande. C’est plus fort que moi, périodiquement, je mets la maison sens dessus dessous pour la retrouver au grand dam de ma femme. Pour lui faire plaisir, je me suis inscrit à une thérapie de groupe. Je leur parle de Roger, de Slind, de la quatrième dimension. On me regarde avec compassion. Le fait d’acheter pendant un an et demi des livres d’un auteur qui n’existe à pas à un libraire qui a disparu ne les surprend pas. S’il savait, les pauvres, que le libraire en question ressemblait comme deux gouttes d’eau à Rod Serling ! Je n’en ai jamais parlé à personne, je ne suis pas fou à ce point.

Vivre fatigue et lire tue

A Callelongue ce dimanche, Manu espère une moisson d’histoires, de truculences, de voyages, de plongée dans des mondes qui ne sont pas les nôtres. A la calanque des Goudes, le sel et l’iode a rendez-vous avec les lettres et les mots. Les filets des pêcheurs, comme ceux des écrivains tissent des toiles fouineuses, insidieuses, prenantes. La foire aux livres 2012 prend le soleil du printemps. Sur les étals les livres noirs aux bords jaunes l’attirent. L’aura de l’un le pénètre et il repart bien vite avec son larcin. Il s’installe sur un banc, tandis qu’une ombre fait de même au-dessus de sa tête.
La lecture le passionne, Il distingue bien vite le protagoniste enquêtant sur ces crimes étranges qui s’accumulent. Il vit aux côtés de ce petit homme myope, avec moustache et tête ronde, il cherche à infiltrer certains gangs marseillais. Fabio sort du cabanon, englobe la fine branche de mer, où les bateaux se lovent. Son indic est bien là, sous l’arbre du rond-point, près des caisses et des tréteaux d’exposants. Bien joué pour se couler dans le paysage.
Manu ne souhaite pas qu’on l’importune, et aperçoit à peine l’homme jovial aux lunettes rondes qui s’approche. Il profite avec délectation de la description nonchalante et pourtant crucial du moment de bascule. Sera-t-il suffisamment résistant pour entrevoir la vérité alliée aux fantômes du passé qui refont surface ?
On lui adresse la parole
– Vous devez vous battre. Contre la pègre, soupçonnée de ces meurtres? La police qui reste passive ? Vous verrez bien.
Manu voudrait morigéner l’importun, mais la voix de celui-ci l’en dissuade On la dirait sorti d’un flm d’horreur. D’ailleurs, il regarde autour de lui, repose les yeux sur la page, se secoue. Il doute. Et finit par prononcer :
- Je suis où, là. Je croyais être à la brocante du livre
- Vous êtes dans la 4e.
- Quatrième quoi ?
- Edition, de couverture, dimension, à vous de choisir. Je me présente, Jean-Claude IZZO. Vous allez mourir dans quelques pages.

Comme dans un rêve

Des ronds blancs clignotent sur un fond noir pendant qu’un bruiteur caché du public souffle dans une flûte de pan faite avec des morceaux de bouteilles en plastique. Un homme en pyjama est allongé à l’horizontal sur ce qui semble être un fauteuil de coiffeur, il dort profondément sous l’effet d’une drogue qu’on lui a administrée. Un second individu en costume-cravate s’approche de lui, le regarde en silence pendant un bref instant avant de se tourner face caméra. Adoptant un air mystérieux, il débite un petit discours alambiqué mêlant morale et relativité de l’espace-temps. Bienvenue dans la quatrième dimension.

Après la petite musique flippante et la traditionnelle spirale hypnotique, on s’en vient zoomer sur le visage du type couché. Ses yeux bougent et son front est plissé ; son sommeil est agité. Après quelques secondes d’observation au plus près, la caméra recule. Des infirmières en cornette s’agitent en poussant chariots et appareils en tous genres. Derrière des vitres, des clones de Max Planck vêtus de blouses blanches prennent des notes et montrent divers écrans en hochant la tête ou en fronçant les sourcils. L’activité cérébrale de leur patient est enregistrée, les différents signaux sont intégrés, analysés et véhiculés par des câbles jusqu’à un robot traceur.

Un mois plus tôt, Germaine était revenue « toute en affaire » de son travail. Elle avait fait un détour par la somniscriptothèque pour faire un cadeau à son époux. La chose coûtait cher mais son mari était un homme dont les qualités valaient bien la peine qu’on se démenât pour lui. Surprise ! avait crié la femme en franchissant le seuil.

De nombreuses connaissances avaient parlé à Maurice de leurs expériences littéraires et il avait eu maintes fois envie de s’y soumettre. Seul le coût de l’aventure l’avait empêché de passer à l’acte ; sa femme avait dû se saigner aux quatre veines pour lui offrir un tel cadeau…

Après avoir docilement suivi les instructions contenues dans l’enveloppe remise par sa femme, Maurice s’était retrouvé allongé dans un fauteuil de coiffeur. Shampouiné ? Non ; disséqué, inventorié avant d’être reconstitué sur papier par le miracle de la technologie. Du sang, du sexe et du pouvoir selon les proportions inscrites aux confins de sa matière grise. Avant, il aurait dû se farcir des salons et faire la file pour papoter à des scribouillards au talent incertain. Ses attentes auraient été le plus souvent déçues. Cette ère de pêche hasardeuse avait heureusement touché à sa fin ; on écrivait plus que pour soi, avec l’assurance de se satisfaire.

La bobine du speaker réapparaît à l’écran pour la scène de clôture. Démarche lente. Ton grave. Il débite : « Pour l’instant, Maurice somnole. Le livre qui s’écrit grâce à l’influx nerveux qui lui parcourt le cerveau va révéler chez lui une nature déviante. Les services des renseignements seront appelés d’ici quelques minutes. Le jugement sera sans appel. Maurice ne se délectera jamais de la lecture de son ouvrage. Demain, à l’aube, son corps sera découvert calciné dans sa voiture. On attribuera l’incident à un obstacle apparu inopinément sur la route, histoire de ne pas ternir son souvenir dans la tête de sa charmante épouse. Chaque médaille a son revers et chaque porte sa face cachée. Prenez garde car il suffit d’un rien pour que votre vie bascule dans un univers dont l’horreur cachée surpasse bien souvent la douceur apparente, un univers que d’aucuns nomment « la quatrième dimension ».
_________________
Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles mais uniquement par manque d’émerveillement (G. K. Chesterton)
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MessagePosté le: 21/11/2016 16:59:10    Sujet du message: Publicité

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