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Conscience professionnelle

 
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Auteur Message
Ouroz
Plume de Calao


Inscrit le: 02 Nov 2016
Messages: 97

MessagePosté le: 17/12/2016 14:22:13    Sujet du message: Conscience professionnelle Répondre en citant

Renaldo est le pire des collègues. Vous connaissez peut-être ce genre de loustic. Il se fiche du tiers comme du quart. Jamais à l’heure le matin, toujours parti en avance le soir. On lui demande quelque chose, on dirait qu’on le torture. Lui et moi sommes en charge de la gestion de tous les phares d’Oléron à Groix. Depuis qu’on les a automatisés, tout se gère depuis un bureau. On appuie sur un bouton et pop, toute la côte s’allume.
Ca, c’est la théorie. La réalité, c’est Renaldo. Neuf fois sur dix, il allume avec une heure ou deux de retard. La dixième, il oublie carrément. Ne parlons pas des visites d’entretien, il a dû en programmer une en trente ans. Le chef le convoque, l’engueule. Il s’en fiche : le délégué syndical est son beau-frère.
Et puis il y a trois mois…
Ce jour là j’étais fou de rage. Renaldo avait encore une fois oublié de déclencher l’allumage. Un pétrolier avait chaviré, la marée noire avait souillé des hectares de plage et tué des milliers d’oiseaux. Et comment avait-il réagit ?
Un haussement d’épaule.
« Bof tu sais moi, les piafs… »
Pour me calmer, j’étais sorti arpenter les rues de la ville. Et c’est là que je la vis. Une minuscule boutique crasseuse. Une grande enseigne « achète – vend consciences professionnelles, toutes qualités ». Un curieux personnage m’accueillit. Très grand, très maigre, vêtu d’une veste patchwork en lambeau et d’un pantalon de velours hors d’âge. En me voyant entrer, il brandit vers moi ses grandes mains décharnées. « Oh, un client ! Bienvenu, bienvenu ! C’est pour acheter, pour vendre peut-être ?
– Pour acheter enfin ! Pour qui me prenez-vous ?
– Oh, pour acheter ? Pour vous ? C’est bien ça !
– Mais non pas pour moi ! J’ai une conscience professionnelle et je ne souhaite pas m’en défaire, merci !
– Ah ! Pour offrir alors ? De la famille, un ami ?
– Hum, en quelque sorte… Disons quelqu’un qui pourrait ne pas goûter son cadeau, vous voyez ?
– Oh, parfait, parfait, j’ai votre affaire !
Et le bonhomme m’entraina vers un énorme tapis à fleur de grand-mère étalé au fond de la pièce.
– Essayez, vous verrez ! »
Hésitant, je posais un pied dessus. Aussitôt un formidable rugissement éclata, et je fis un bond en arrière.
« Va payer tes impôts tout de suite, abruti !»
C’était le tapis qui venait de hurler de la sorte !
Le marchand se pâmait d’aise.
« Tracez ce signe cabalistique dessus, et plus personne ne pourra le retirer du sol !
Je le regardais avec enthousiasme.
– Je le prends ! »
Quand il entra dans notre bureau le lendemain, Renaldo ne s’étonna même pas du tapis. Il eut l’air de prendre ça comme un hommage à ses mérites. Il mit un pied dessus, et le festival commença.
Pendant un mois j’eu les oreilles déchirées, mais cela en valait la peine. Renaldo ne pouvait plus faire un pas sans se faire agonir d’injure. Les hurlements du tapis le poursuivaient dans tout le bâtiment.
Il tenta de l’arracher, d’y mettre le feu, de le dissoudre à l’acide. Peine perdue. Le tapis ne faisait que l’insulter encore plus fort, en révélant toute la richesse de son vocabulaire. Je ne sais pas où il a été éduqué, mais il connait vraiment des mots atroces !
Maintenant, Renaldo est le meilleur des collègues. Pas un dossier ne traine. Les phares s’allument tous à la minute précise, et leur entretien est impeccable.

Un an plus tard.
Grâce à son comportement exemplaire, Renaldo vient d’être promu à la tête de notre service. Il change de bureau, et je n’arrive pas à décoller le tapis. Je tremble.
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MessagePosté le: 17/12/2016 14:22:13    Sujet du message: Publicité

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tobermory
Administrateur


Inscrit le: 06 Juin 2007
Messages: 6 988

MessagePosté le: 23/12/2016 07:27:25    Sujet du message: Conscience professionnelle Répondre en citant

Une histoire bien construite, bien menée et bien écrite, et avec, pour ce qui est de la mer, le contexte original du contrôle des phares. J’ai préféré d’autres types de tapis magiques, mais ça n’enlève rien aux qualités de ce texte. La voix sortie du tapis ne fait pas vraiment figure de « voix de la conscience ». Si elle pousse l’employé à travailler c’est plutôt parce qu’elle est énervante, ce qui n’est guère magique. Par contre je ne partage pas l’avis d’Orcus sur le dernier paragraphe : on comprend les craintes du narrateur face à la perspective d’être managé par un incapable.
_________________
Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles mais uniquement par manque d’émerveillement (G. K. Chesterton)
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MessagePosté le: 22/01/2017 17:15:03    Sujet du message: Conscience professionnelle

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