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Les textes

 
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tobermory
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MessagePosté le: 19/12/2016 17:02:37    Sujet du message: Les textes Répondre en citant

Perte et tracas

Hier j’ai perdu mon ami César. Il m’avait adopté quand Lisa est partie. J’aimais bien Lisa, seulement je m’ennuyais dans le bocal où elle me gardait. Bien sûr, elle me donnait à manger et me racontait des histoires, des histoires où je ne comprenais pas grand-chose. Elle avait une jolie voix. Mais elle me laissait souvent seul à tourner en rond.
Quand César m’a recueilli, il m’a mis dans un endroit où j’ai beaucoup de place. Cela s’appelle un aquarium. Il a mis un lit de sable et des grandes feuilles vertes qui ondulent dans la lumière. Et un truc qui gargouille en faisant des bulles. Et puis des cailloux sous lesquels je peux me cacher. Il m’a dit : « Rubis, tu-as-un-bel-écrin ». Je n’ai pas trop compris, mais je trouve ça bien.
Oui, mais voilà, il n’est plus là. Il est parti d’une étrange façon. Tout d’abord c’était la nuit.
César était dans son lit et moi, je somnolais sous mon caillou, quand j’ai entendu un bruit bizarre. Puis j’ai vu un rai de lumière et une ombre est passée. César a bougé et a dit : « Qui-est-là ? ». L’ombre a dit : « Bouge-pas ». César a allumé. L’autre a tendu un truc que je n’ai jamais vu et qui a fait un gros « bang ». Et là, « ding-ploc », un machin rond est tombé dans mon aquarium. César a dit : « L’argent-est-à-côté, dans-le-buffet. ». L’autre s’est approché de lui et lui a donné un grand coup sur la tête. Puis il est sorti.
César n’a pas éteint. Je ne l’entendais plus bouger.

Quand le jour s’est levé, le soleil traversait les rideaux. César ne bougeait toujours pas. Ce n’est pas dans ses habitudes.
Comme tous les sept jours (je sais compter jusqu’à sept, un par nageoire), Josy a sonné à la porte. Je savais que c’était Josy car je l’ai entendue râler. Après plein de bruits de farfouillages, elle a ouvert la porte. Et là, elle a crié. Je me suis caché.
Puis, j’ai entendu des tip-tip-tip et Josy a parlé en bafouillant, pire que César quand il glougloute certains soirs.
Puis elle s’est posée près du lit en faisant bouh-ouh-ouh.
Je commençais à avoir faim mais je n’ai pas osé taper contre la vitre comme je fais parfois quand César m’oublie.
Cela a sonné de nouveau.
Josy s’est levée pour ouvrir la porte. Deux personnes sont entrées. Une grande avec la voix comme César et une plus petite comme Lisa.
Elles ont parlé très vite. D’autres personnes sont venues, ont regardé partout et fait des éclairs clic-clac. Puis mon ami a été posé dans une sorte de sac et on l’a emmené et Josy est partie avec.

Celle comme Lisa s’est approchée de moi et a dit : « Quand-je-pense-qu’il-a-tout-vu…»
« Ce-n’est-qu’un-poisson-rouge, a dit le grand, on-y-va. »
« Attendez-capitaine, je-vais-lui-donner-à-manger. »

Là, j’ai presque tout compris… Capitaine… Comme sur le bateau-cachette que César a mis près de mes cailloux.
Alors je me suis rappelé le ding-ploc. J’ai fouillé dans le sable pour chercher le machin rond.

« Regardez, il-y-a-un-truc-noir ! »
Celle comme Lisa a pris le machin rond avec l’épuisette et l’a montré à Capitaine.
Ils ont parlé de « balle-de-défense », de « ricochet » et ils ont cherché encore partout.

Capitaine a dit « Cette-fois-ci, on-y-va. »
J’ai cogné sur la vitre près de la boîte à granulés. J’étais fatigué.
L’autre s’est approchée en disant « J’allais-t’oublier. Tu-nous-a-bien-aidés. Je-reviendrai-te-voir. » Et le grand « Vous-n’y-pensez-pas. On-met-les-scellés.»
Alors la petite a secoué plusieurs fois la boîte à trous. Il y avait des granulés tout autour de moi.

Je suis inquiet. C’est quoi « les-scellés » ?

Le poisson borgne

Il va venir. Il le faut.
Maurice scrute chaque recoin de la chambre. Bien que plongée dans l’obscurité, il distingue chaque détail de la mansarde.
Puis, il le voit enfin. Il s’approche du lit à pas feutrés. Il est entièrement vêtu de noir et porte une cagoule qui ne laisse transparaître que ses yeux sombres et froids de dément.
Il lève le bras d’un geste rapide et la lame étincelante s’abat comme la foudre sur la masse inerte étendue sur le lit. Il frappe encore, de plus en plus fort, de plus en plus vite. Il semble en proie à une transe frénétique.

— Go ! crie la voix du commandant Legrand dans la radio.

Les membres du RAID se déploient à la vitesse de l’éclair. En quelques secondes, ils investissent la chambre dans un ballet répété des milliers de fois. Une grenade incapacitante détonne, inondant l’espace clos d’une lumière aveuglante.
L’homme vacille. Tout est blanc devant ses yeux, ses oreilles sont saturées de sifflements stridents. Par-delà les brumes de sa conscience altérée, il commence à percevoir le tumulte étouffé des ombres menaçantes qui se dressent devant lui.
— Bouge pas ! Bouge pas !
L’homme ne comprend pas. Il esquisse un geste et un tonnerre de claquements secs s’abat sur lui. Il s’écroule, touché par huit projectiles en caoutchouc. Deux des policiers fondent sur lui et le menottent avant même qu’il ait pu se rendre compte qu’il était par terre.

Dans la fourgonnette stationnée en bas de l’immeuble, Juliette est blême et tremblante. C’est sur elle qu’il s’était déchaîné, sur ce qu’il croyait être elle. Ses yeux hagards ne peuvent se détacher de l’écran. Elle ouvre la bouche, mais elle n’est capable d’émettre aucune phrase, aucun mot, pas même le moindre son.
Le commandant Maurice Legrand arrête l’enregistrement et pose une main rassurante sur l’épaule de la jeune femme.
— Le cauchemar est terminé, mademoiselle Henry.
— On ne distingue même pas son visage ! Il peut tout nier !
— Ils nient tous, vous savez… Mais il a été pris en flagrant délit, et un commandant de police et huit hommes du RAID assermentés témoigneront que ce type a tenté de vous assassiner.
— Mais aucun juge ne va le condamner pour avoir tenté de tuer… Un mannequin !
— Non, c’est vrai. Mais son intention était bien de vous tuer, vous, mademoiselle Henry.
Juliette frémit.
— Ça va nous permettre de le placer en garde à vue. On le traque depuis des mois. Croyez-moi, il va avouer les autres meurtres, on sait y faire.
La radio crépite.
— Le client est emballé, commandant. Vous pouvez envoyer vos gars.
— Bien reçu. Merci, super boulot.
Le commandant sort de la fourgonnette, suivie par Juliette qu’il confie à une patrouille. Elle a été très secouée et devra être suivie par un psychologue, mais elle s’en remettra.

Il monte dans la chambre. Ses hommes ont déjà emmené le suspect.
Sur le lit, le mannequin qui faisait office d’appât, n’est plus qu’une bouillie de latex informe. Il s’approche de l’étagère sur laquelle trône un poisson rouge en peluche de taille impressionnante. Il s’en saisit et lui ouvre le ventre, scellé par une fermeture éclair, et en extirpe la caméra infrarouge, propriété de la police nationale

Comme un poison dans l’eau

La première fois qu’il l’a fait, j’ai trouvé ça bon. Un peu amer, voire acide, mais pas désagréable et d’une blancheur qui me changeait du jaune marronnasse des wafers dont je faisais mon ordinaire. J’ai sondé le truc du bout du barbillon, genre si ça craint je le recrache, vous pouvez pas savoir ce qu’on balance dans mon bocal. Comestible, le machin ? Difficile à dire. L’attaque en bouche était minérale, ça ne ressemblait à rien de connu, en tout cas pas aux daphnies ou au germe de blé de ma cantine.
Au diable le risque ! Je gobai l’intrus et plongeai le digérer dans ma grotte perso. Du temps passa. Combien ? Une minute ? Une heure ? Je serais bien en peine de vous le dire, toutes les minutes se ressemblent ici. Toujours est-il que je me sentis bientôt tout chose. Je fermai les yeux et quand je les rouvris, j’étais devenu le roi du pétrole ; l’instant d’après, le grand négus, le roi des rois, l’Haïlé Sélassié du monde marin ! Une impression de toute puissance sillonna mes rayons dorsaux. Il fallait me donner du « Monsieur » et m’appeler par mon nom savant : Carassius auratus. Cela dura un temps merveilleux, puis je suis redevenu le minus que j’étais avant, un poisson rouge même pas exotique et d’une mémoire limitée, bien que sur ce sujet les avis divergent.
Bref, ma vie a repris son cours, essentiellement circulaire. J’attendais, l’opercule rivé à la surface de l’onde. Imaginez mon émoi quand une paillette translucide un soir s’y colla. Je me ruai vers elle tel un hippocampe et gloup ! Plus de paillette. L’effet fut immédiat. Mon aquarium doubla de volume, puis se déforma comme sous l’effet d’une très forte chaleur. Le nez de mon maître, plaqué au verre, en épousa la forme. Le chat qui me tenait parfois compagnie riait à s’en péter les vibrisses. Je voyais des cratères partout et les meubles de la cuisine se faisaient la malle. Terrifiant.
Et délicieux. Je ne pouvais plus m’en passer. Tourner en rond ne me procurait plus aucun plaisir, seuls comptaient les paillettes, flocons et poudres qui tombaient du ciel.
Jusqu’au jour funeste où, alors qu’il me regardait prendre mon pied, deux hommes surgirent derrière mon maître et le tabassèrent. Pif, paf, ou plutôt, d’où j’étais, piiif… paaaf, l’eau allonge les voyelles. Après l’avoir attendri, ils l’ont interrogé. Une histoire de clé de consigne de gare d’après ce que j’ai pu comprendre, défoncé comme je l’étais, j’avais du mal à suivre les échanges. À un moment, ils lui ont même plongé la tête dans l’aquarium. Faut pas se gêner, un mec qui se lave les cheveux la semaine des quatre jeudis !
Le lendemain, les flics sont venus. Je planais toujours. Sur le carrelage, mon maître gisait dans son sang, égorgé. À mourir de rire. Pas très loquaces, les keufs : dealers, règlement de comptes, trafics, il semblerait que le macchabée frayait dans la drogue et ne payait pas ses dettes. Une fliquette a posé son joli museau sur le verre, j’ai fait semblant de rien, juste un con de poisson rouge qui tourne en rond.
− Et lui, on en fait quoi, s’inquiéta-t-elle ?
Rien, ils sont tous partis. Ça fait un mois que je croupis dans ma grotte. Je suis tellement en manque que je n’ai même pas faim. On ne voit plus rien dehors, trop sale la vitre. L’eau est irrespirable, je me noie dans mes déjections. Tout ça pour une clé que je devine sous ma nageoire pelvienne, cachée sous les graviers de quartz bleu. C’est pas juste !

Gober n’est pas jouer

Mes écailles crissent, ma nageoire caudale frétille, mes ouïes vibrent et mes branchies sont prêtes à se remplir d’oxygène. Accélération sur 20cm, vitesse maximale durant 50, torsion rétroactive, blocage, demi-tour et je file dans l’autre sens.
Jean-Stephane, mon maitre aime bien. Quand il a fini sa journée, il passe devant l’aquarium, se détend, respire calmement, prend le temps de vivre l’instant. Brillant scientifique, il étudie la capacité de régénération des poissons-zèbres. Avec moi, il ne ramène pas de travail à la maison, mais je lui rappelle ses travaux dans la détente. Je suis son point intermédiaire, sa constante.
Ce soir est différent, il n’est pas tout seul. Je ne suis pas féru en conversation humaine, mais ce visiteur n’est pas très amène. Sa voix traverse et la vitre et l’eau ; et je n’aime pas les vibrations qui me parviennent.
Le ton monte, mon maitre ne lâche pas et l’autre devient aussi rouge que mes écailles. En nettement moins joli. Il a des yeux qui roulent, emplis d’un délire malsain.
J’ai compris, il est jaloux! Les dernières trouvailles sur la mémoire du poisson-zèbre ne lui ont pas plu. Celles-ci interrogent la régénérescence de certaines cellules du cerveau ; pourtant, je suis sûr que cet olibrius en aurait besoin. Autant, quelques nouveaux neurones injectés le rendraient moins aigri.
Il l’a chopé par le col. Mais il va l’étrangler! J’en suis tout retourné. Que puis-je faire ? Je saute au-dessus de l’eau, de plus en haut, espérant attirer et détourner l’attention ; je ne trouve pas mieux. Je ne suis que poisson rouge, je ne suis pas poisson-savant.
En un effort désespéré, je fais un gros floc, je ne sais par quel miracle mais voilà, il m’a vu. Ouf, il va penser à autre chose. Il s’approche de moi. Je fais la mijaurée : l’attendrir, l’amuser. Jean-Stéphane suffoque encore sur le canapé.
Derrière la paroi, les yeux s’agrandissent, le rictus l’enlaidit, le regard reflète une inspiration inédite. Il tourne la tête vers moi, vers mon maitre, qui halète toujours. Il a le corps tendu, secoué de tremblements, le ricanement satisfait, le faciès déformé. Il plonge le bras dans mon chez moi, provoque de multiples remous. Je m’esquive, mon mucus glisse entre ses doigts, je me faufile dans le bateau. Il le retourne, et je suis obligé de m’en échapper. Je profite d’un courant pour aller plus vite vers un anubia. Je suis sauvé quelques secondes. Zut, l’épuisette ! Pourvu qu’elle ne soit pas à portée, sinon je suis fichu.
Il a réussi à m’attraper, son pouce a coincé ma branchie gauche, il me sort de l’eau. Ses yeux sont plus globuleux que les miens.
J’entends : « Tu périras par ton travail ». Je suis serré dans son poing. Il attrape le menton de mon maitre, le force à ouvrir la bouche, et m’enfourne dedans. Je suis balloté entre gencives et palais, par la tête qui remue dans tous les sens espérant me recracher. J’ai le nez dans ses amygdales, les ouïes dans sa salive. Nous luttons chacun pour récupérer un peu d’oxygène. Le salaud lui a bouché le nez. Sa langue me chatouille désagréablement le ventre et je finis par m’oublier sur ses papilles gustatives. J’ai honte. Mes narines sont bloquées sur sa luette, et ses borborygmes angoissés me vrillent le système radar ; je démène toutes mes nageoires, peine perdue. Moi, Arthur, poisson-rouge du pacifique, je suis devenu arme par destination, et j’en meurs avec lui.

Monsieur est servi

Je hais les autres poissons et je pourrais même donner l’idée à un académicien de créer le terme « misichtrope ». Je veux juste vivre en paix dans mon aquarium et j’ai systématiquement éliminé tous les amis que mon maître a si aimablement achetés. Je leur ai tellement pourri la vie qu’ils se sont suicidés. Je suis un poisson rouge des plus communs mais certainement unique en mon genre parce ce que je suis carrément méchant. Comme je vis dans le salon, je regarde la télévision et j’attends avec fébrilité les polars aux scènes sordides ou, encore mieux, les films d’horreur bien sanguinolents. Je me délecte aussi des disputes entre l’homme et la femme qui vivent dans l’appartement. Leurs cris, leurs grands gestes, les pleurs de l’une, les grognements de l’autre, j’adore.
Aujourd’hui je sens que je vais m’ennuyer. Apparemment il y a de la réconciliation dans l’air et madame s’affaire en cuisine. Comme elle est ouverte et que mon logement est en hauteur, j’ai une bonne vision d’ensemble. Elle sort un plat du frigo sur lequel git un spécimen marin que je reconnais. C’est un fugu et je sais qu’un puissant poison se loge principalement dans sa peau, son foie et ses organes génitaux. Il faut des années d’expérience pour maîtriser la préparation de ce mets délicat. Alors pourquoi se lance-t-elle dans un sashimi en prélevant de fines lamelles ? De plus, je constate qu’elle ne prend aucun soin et qu’elle découpe le poisson globe comme un vulgaire maquereau. Mais quel âne je fais ! Il est évident qu’elle veut éliminer monsieur. Je ne connais pas ses raisons et cela m’indiffère car je vais assister à un meurtre en direct. Ce sera un vrai régal.
Frétillant d’impatience, je vois enfin le couple s’attabler. Elle est tout miel, il est tout nectar. L’entrée est vite expédiée et le plat mortifère aussitôt servi. Il commence à manger tandis qu’elle s’absente, marmonnant une excuse. Puis, quand elle se rassoit, son assiette tombe.
Stratagème.
Elle la ramasse et apporte le dessert sans tarder. Cependant mon maître commence à avoir des difficultés pour parler. Il ne cesse de gratter son visage et de se frotter tout le corps. La toxine produit son effet et la paralysie s’installe. Elle s’agite autour de lui et prend même le téléphone pour appeler les secours. Je suis certain qu’elle n’a pas d’interlocuteur.
Comédie.
Il vomit, s’étouffe, émet des râles pathétiques. Son agonie s’éternise mais il reste conscient et elle lui parle sans arrêt. J’y pense, c’est peut-être lié à cette autre femme qui est venue ici plusieurs fois. Si c’est le mobile, j’approuve le choix de l’arme du crime. Il a commis le péché de chair et c’est une chair corrompue qui le punit.
Verdict.
Au bout de quatre heures, il finit par mourir asphyxié. Elle reste quelques instants à le regarder sans émotion aucune et pousse même un soupir. Peut-être un regret des jours heureux. Mais elle reprend vite ses esprits et s’attèle à la mise en scène. Je serais bien curieux de savoir quelle sera sa version des faits. Elle nettoie consciencieusement le cadavre de toutes les souillures et l’allonge sur le canapé. Puis elle lave le sol, remet toute la pièce en ordre et termine en éliminant les reliefs du funeste repas. Elle avait bien pris soin de mettre tout ce qui restait de fugu dans une poubelle à part. Elle sort sur le balcon et allume le barbecue pour la faire brûler.
Dénouement.
Mais elle se ravise, revient, ouvre le sac et… se dirige vers moi. Oh, noooon ! Pitié !
Point final.

Hinageshi

Moi, Hinageshi (« coquelicot »), je suis sûrement le plus célèbre des poissons rouges japonais, summum des réussites du meilleur jardinier animalier de l’archipel. J’ai vécu mes premières années à la cour impériale. On m’appelait la Merveille, le Dieu des eaux. Mes nageoires en longs voiles vaporeux donnaient à mes évolutions aquatiques la grâce envoûtante des danseuses orientales. Les privilégiés autorisés à venir m’admirer restaient des heures face à la vasque où je demeurais, hypnotisés par cette silhouette virevoltante aux formes changeantes, flamme miraculeuse allumée au cœur de l’onde.

Au palais, on avait affecté trois domestiques à mon service exclusif. Une servante pour la nourriture, une autre pour changer mon eau, un officier chargé de veiller à ma sécurité. Car je suscitais bien des convoitises et plus d’un seigneur aurait payé un prix fabuleux pour m’acquérir. Mais cette vie de joyau vivant m’ennuyait. Tout changea lorsque l’empereur m’offrit en secret à Kenjiro, samouraï qui un jour lui avait sauvé la vie. A la quarantaine, Kenjiro avait délaissé les armes pour s’adonner à la peinture.

Entre nous deux, l’amitié fut immédiate. Je ne me lasse pas de regarder son pinceau effleurer le papier, faisant naitre fleurs, paysages, personnages. Kenjiro n’a pas oublié son passé, les valeureux guerriers reviennent souvent dans son œuvre. Il illustre leurs exploits, leur courage et ce code de l’honneur qui les pousse parfois jusqu’au terrible hara-kiri. Je m’identifie à ces héros fascinants et je me plais à les mimer, affrontant un ennemi imaginaire avec de brusques bonds et des envolées de nageoires en pans de kimono de combat. Pour rendre mes assauts plus réalistes, Kenjiro a placé devant l’aquarium la statuette de bronze d’un guerrier, sabre levé.

Tout est calme cet après midi d’été. Kenjiro se concentre sur son pinceau. L’air ruisselle de sérénité. Et voilà que d’une seconde à l’autre l’atmosphère a changé, s’est chargée d’une menace diffuse. Le verre de mon aquarium frémit, l’eau frissonne et je tremble de toute ma chair. Puis l’invisible se concrétise. Deux hommes surgissent dans la pièce. Ils avancent à pas furtifs, silencieux. Ils sont pieds nus et poignard à la main. Le plus grand m’aperçoit et me montre à son acolyte. Tous deux se fendent d’un rictus de satisfaction. C’est clair, ils veulent m’enlever pour me vendre et faire fortune. Mais auparavant ils vont tuer mon maître. Il faut que je l’avertisse. Les pensées se percutent et se mêlent dans ma tête. Faire du bruit… clapoter à la surface… me cogner contre la paroi de verre… bondir par-dessus… n’importe quoi pour attirer son attention. Mais la peur me fige, je suis comme pris dans la glace, incapable d’un mouvement. Les deux hommes se sont approchés de Kenjiro et le frappent dans le dos, à la tête. Une grêle de coups de poignard. Kenjiro s’effondre. Son sang noie les délicates formes qu’il venait de tracer sur le papier. Et moi, la honte me submerge. Je suis aussi lâche que ces hommes. J’étais : la douleur a balayé la peur. Ces assassins ne recevront pas le prix de leur crime, ils ne m’auront pas vivant. Mobilisant toute mon énergie, je m’élance, je transperce les eaux, je me propulse au-delà de l’aquarium. Je retombe, mon abdomen vient se déchirer à l’endroit précis que j’ai visé, sur le sabre de la statuette. Dans une extase atroce, je vois mes entrailles se répandre sous la lame. Une mort digne d’un samouraï. Kenjiro aurait été fier de moi.

Cyprinidae

Quand Lothaire de Krugne, le roi sanguinaire de la contrée d'Arthemb, eut massacré toute la population, il n'y eut plus rien sur la terre. Il s'enfuit, blessé par un Arseü. Il aurait dû mourir.
Les Dieux, très en colère face au désastre qui ruinait leur création, punirent alors l'univers entier.
Les plaines brûlèrent pendant des jours. Les montagnes écroulées se jetèrent pierre par pierre dans le vaste océan qui recouvrit enfin tous les continents. Sur un îlot désolé, vestige du royaume d'Arseü, demeura un seul homme. Et moi.
Je vivais dans un bénitier, ces grands coquillages des mers tropicales qu'on baignait d'eau douce et qui avaient orné les plus grands palais. Lévirthum était mon maître. Il était désormais condamné à la solitude la plus austère. Les premières semaines qui suivirent l'apocalypse furent destinées à amasser des provisions et à consolider la source d'eau pure qui assurerait notre survie. Puis les années passèrent.

Taciturne et solitaire par la force du destin, Lévirthum s'adressait à moi comme à un ami, un proche, un frère. Par mimétisme, il finit par adopter mes expressions et je parvins à le comprendre. Les soirées dans la caverne étaient l'objet de longs monologues où Lévirthum pleurait son infortune et sur la cruauté du sort des Hommes. Je recevais, de toutes mes ouïes, le désarroi de mon compagnon.
Mes écailles s'étaient colorées du même rouge que les madrépores des fonds marins et parfois irisées par les parois de nacre du coquillage, mon maître disait qu'elles brillaient dans la lumière. Lorsque mes nageoires cessaient de s'agiter et s'animaient seulement d'un mouvement lent et doux, il savait que j'étais alors le témoin le plus attentif de ses crises d'affliction.

Après de longues années, nous acquîmes le même langage et nous sûmes que les Dieux nous avaient favorisés : nous étions les seuls êtres vivants demeurés sur la terre et nous nous aimions. Les humains aiment d'une autre manière que la sorte d'amour qui unit un mâle à un poisson domestique. Si leurs désirs sont charnels, les nôtres n'étaient que confiance et symbiose. Dans le chaos, nous avions créé l'équilibre.

Mais un soir ...
Une ombre monstrueuse se rua dans la caverne. Quand mon maître s'éveilla, il était déjà trop tard. Il reconnut l'ancien roi d'Arthemb qui, armé d'un poignard, lui trancha la gorge. J'assistai au crime avec impuissance ! Jamais animal marin n'a pu ressentir autant de fureur et de chagrin ! Ma détresse, immense, fut à la hauteur de ma colère. Dans une ire vengeresse, j'invoquais les Dieux, j'invoquais l'univers et ma déprécation fut un long hurlement qui parcourut les mers.
C'est au moment où Lothaire dérobait nos outres d'eau et notre nourriture, qu'un puissant tourbillon emplit le bénitier. Bientôt, une énorme vague fit déborder la vasque entière. Tous mes efforts pour y résister ne purent rien... tant que me jeter hors de l'eau et me laisser par terre. Mais curieusement, je trouvai mon souffle. En rampant au sol et mue par une force inconnue, je saisis le corps de mon aimé, nageai vers l'océan avant de nous perdre dans ses profondeurs.
C'est alors que, saisissant son pâle visage, je l'embrassai... et qu'il s'éveilla. Il en est ainsi des amours pures et sincères. Le pouvoir des Dieux et leur mansuétude avaient redonné vie à Lévirthum qui me regardait, médusé.
Je n'avais pas encore réalisé ce que j'étais devenue : mi-femme, mi-poisson, magie bienveillante ou malédiction, ma nageoire de sirène oscillait dans les eaux...

La femme parfaite

« Je suis un poisson rouge, je suis un poisson rouge, je suis un poisson rouge… »

Raymond n’en pouvait plus ; inlassablement, c’était la même femme arborant la même tenue et le même sourire de faux-cul qui lui ouvrait la porte. À chaque fois, c’était la même rengaine. « Tu as passé une belle journée ? Tu veux que je te serve un petit verre pendant que je termine le repas ? » Monica était désespérément parfaite. Elle l’aurait talqué et mis au lit s’il lui avait demandé. Répondant aux moindres de ses désirs culinaires et sexuels, Monica était l’épouse que tous ses copains lui enviaient. Et pourtant… toutes ces petites attentions délivrées jour après jour lui donnaient l’impression d’être un animal maintenu par sa maîtresse dans un état semi-larvaire. Parfois il sentait la rage lui monter dans les veines et quand ça lui arrivait, il devait faire un effort terrible sur lui-même pour ne pas casser la gueule de la ménagère.

S’il avait pu la surprendre un jour à califourchon sur un de ses collègues de travail – ou, mieux, sur un de ses amis – ou bien si on l’avait appelé au bureau pour lui dire que sa légitime avait été interceptée à la sortie d’un magasin les poches remplies d’articles non payés, ça aurait au moins eu le mérite d’animer son ordinaire. Mais à son grand regret, sa femme n’était ni une catin ni une cleptomane. « Mon chéri, tu n’as pas l’air bien, veux-tu que je te fasse couler un bain chaud ? ».

Elle avait prononcé sa petite phrase comme une actrice de pub de lessive. Ma pauvre, De Beauvoir aurait troqué son vagin contre un manche à balai si elle t’avait connu. Sais-tu seulement que tes dents parfaitement alignées appellent les coups ? Quand je suis seul avec toi, je me sens comme un tagueur laissé sans surveillance au musée du Louvre ; j’ai envie de détruire ta beauté – cette beauté qui n’alimente que les rêves des autres. J’ai envie de te cogner comme on cogne sur un morceau de viande pour l’attendrir. Bon dieu, ce que je te hais. Tu amidonnes ma vie alors que je ne rêve que de faux-plis. Quand vas-tu crever ? Comme j’aimerais me faire baiser par une poufiasse ramassée gare du Nord sans avoir dans la tête ton image de vierge en tablier… Emporté par le flot de ses pensées, Raymond saisit son épouse à la gorge. Saloperie ! La pauvre créature, bien qu’effrayée, se défendait à peine. Mais tu vas crever, oui ? Et elle se plia une dernière fois à sa volonté.

Tandis qu’il regardait la dépouille sans vie, les lèvres de Raymond se mirent à trembler de colère et de honte tout à la fois. À peine était-il libéré qu’il eut aimé rembobiner le ruban des événements. Pas pour ressusciter la connasse, non, mais bien pour ne pas à avoir à supporter le mépris des « propres-sur-eux », ceux qui diront : « Une sainte… comment avait-il pu ? » Hélas, la vie n’était pas une VHS et on ne s’en tirait pas en poussant sur un bouton ; la mort était inexorable et définitive, n’importe quel enfant savait ça.

Peut-être qu’en faisant un effort, il pourrait prendre la place de ce stupide poisson rouge nageant dans le bocal posé sur la cheminée. Il lui serait alors facile d’oublier et de faire comme si rien de tout cela n’était jamais arrivé. Oublier pour effacer et ne pas faire face au qu’en dira-t-on des bien-pensants, c’était là l’unique porte de sortie.

La tête entre les mains, il commença à murmurer en se balançant d’avant en arrière :

« Je suis un poisson rouge, je suis un poisson rouge… »

Cléopâtre

« Je dois y arriver, sinon un autre va payer pour elle. Que c’est lourd un gravier coloré pour poisson rouge ! Allez, encore trois et ce sera bon. »
Cléopâtre, ravissante Shubukin de quinze ans, régnait sur l’aquarium qui occupait tout un pan de mur du salon d’Edmond-Philibert de X…
Ce vieil homme, dont le charme était uniquement composé de sociétés immobilières, écuries de courses et tableaux de maître, ne s’humanisait que devant son poisson rouge.
Chaque soir son valet- chauffeur installait le voltaire de son maître près de l’aquarium avec, à portée de main, whisky, havane et publications boursières de l’après-midi. Avant de se plonger dans ces délices terrestres, l’ancien banquier entamait un long monologue avec Cléopâtre.
Ce petit poisson, après de nombreuses années, maîtrisait parfaitement les quotas, les Implantations Directes à l’Etranger, les taux boursiers et les graphiques d’inflation de la BCE. Elle avait encore quelques lacunes en compta analytique mais espérait bien les combler et, chaque fois que son maître abordait le sujet, était toute ouïe.
En cette fin de journée la reine d’Egypte ondulait gracieusement entre les plantes aquatiques et les cailloux de son domaine tout en surveillant l’arrivée de son cher Edmond-Philibert.
Il n’était pas rare de le voir en compagnie de quelque demoiselle attirée par sa fortune à défaut de son physique ou sa gentillesse. Une fois extorqués bijoux, week-end à Monaco et Porsch, les demoiselles se volatilisaient et d’autres arrivaient.
Mais depuis deux mois il y avait la même !
Celle-ci avait déplu immédiatement à Cléopâtre. Trop sûre d’elle, trop cajoleuse, trop flatteuse et trop belle !
Elle avait pris possession de la maison en quelque jours et, comble de l’horreur, portait à présent une superbe bague ornée d’un rubis entouré de petits diamants.
Finies, les discutions sur l’économie à travers la vitre. Il n’avait d’yeux que pour elle.
Le poisson rouge observa le valet préparer la table avec goût et allumer des bougies. Il posa au milieu un plat d’argenterie contenant l’entrée ; le jardinier installait des fleurs de la serre et l’ambiance de fête était palpable. Les deux serviteurs se retirèrent.
Tandis qu’Edmond-Philibert allait leur donner quelques ordres, en particulier de ne le déranger sous aucun prétexte, la demoiselle envahissante souleva la cloche d’argent et versa fort discrètement quelque chose sur le homard. Après tout, l’assurance vie à son nom était assez conséquente pour qu’elle cesse cette pénible comédie.

Ce fut avec un visage éploré qu’elle reçut la police le lendemain. Sa panoplie de veuve, le chagrin factice qui l’accompagnait et sa grande beauté brouillèrent un peu les sens du médecin légiste et de l’officier venu faire les constatations d’usage.
Mais Cléopâtre veillait. Arpentant à grands coups de nageoires son royaume, elle remuait le sable qui garnissait le fond et déplaçait les petits cailloux colorés.
« J’ai réussi ! À présent il faut qu’ils le voient ! »
Les deux enquêteurs, ayant fini par remarquer son manège, s’approchèrent.
-Bon sang chef, regardez ce que le poisson a écrit avec le gravier de l’aquarium, c’est extraordinaire !
« C’est Homard qui l’a tuer »
-Bof, pas si extraordinaire, il y a une faute d’orthographe !

Assassinat d’un ange

Oui, M. le commissaire, j’ai sauté par la fenêtre. Une chance que l’appartement soit au rez de chaussée. Vous pouvez me regarder de travers, penser que j’ai manqué de courage, mais avec mes soixante-cinq kilos, mes mains nues ou presque, j’étais complètement démuni face à un individu revolver au poing. Et mon désarroi, mon chagrin, vous y pensez ? Ne rien pouvoir faire pour la femme qu’on aime, la voir s’effondrer sous ses yeux et maintenant subir des regards méprisants, suspicieux...
Que je relate encore l’agression ? Je l’ai déjà fait deux fois, trois fois, sur place, pour votre lieutenant. Ça s’est passé si vite, alors pour les détails... Enfin, si vous le voulez... Ma version ne changera pas dans votre bureau.
Il était donc près de vingt heures. Je préparais le repas dans la cuisine en attendant que Lucie rentre de son après-midi de bénévolat au Secours populaire. La clé a tourné dans la serrure. Ma toute belle s’est avancée dans l’entrée, dans son manteau blanc à capuche, son manteau de « fée des neiges – dire que plus jamais je ne pourrai la nommer ainsi – ! Elle commençait à le déboutonner lorsque la porte a été poussée violemment par un grand type cagoulé. Elle s’est retournée, a poussé un cri de surprise, un autre de frayeur. J’ai saisi le tisonnier dans l’intention de me précipiter à son secours. Je n’en ai pas eu le loisir : deux détonations ont retenti et Lucie s’est effondrée. Le voyou pointant son arme dans ma direction, j’ai sauté par la fenêtre entrouverte en appelant « Au secours, à l’aide ! »
Deux minutes plus tard, l’agresseur filait à toute allure vers la bouche de métro. J’ai rejoint l’appartement en compagnie d’un voisin alerté par le bruit : Lucie gisait sur le sol, blême : sur son manteau blanc, juste à la place du cœur, il y avait comme une fleur, comme un gros coquelicot... Elle ne respirait plus. L’amour de ma vie s’en était allée. J’ai hurlé comme une bête.
Que voulez-vous que je vous dise d’autre à propos de l’homme ? Il était grand, costaud, cagoulé, c’est tout ce que j’ai pu voir, je vous le répète.
Que quiconque puisse en vouloir à la vie de Lucie, je ne peux l’imaginer. C’était un ange. Un fou ? Un ex-ami jaloux ? C’est vrai, nous vivions ensemble depuis trois ans – un coup de foudre, une lune de miel qui aurait dû durer éternellement – mais elle ne m’avait rien confié de ses amours passées : juste qu’elle attendait son prince charmant. Avec moi, elle l’avait trouvé.
Moi ? Par intérêt ? Parce que Lucie avait hérité de cet appartement, de la maison entière et de biens en province au décès de ses parents ? Nous n’étions ni mariés, ni pacsés. Tout va revenir à ses oncles, tantes et cousins. Et voyez-vous, M. le commissaire, le pire pour moi est à venir. Parce que ses proches sont de fieffés snobinards et culs-bénits qui n’ont jamais pu m’encaisser, m’ont toujours méprisé à cause de mon boulot de correcteur pour une maison d’édition qui ne me rapporte pas énormément mais me permet de me consacrer à l’écriture de mon roman. Lucie y tenait, elle croyait en moi. Eux m’accusent de vivre à ses crochets et me haïssent. Leur méchanceté va jusqu’à se moquer de mon patronyme qu’ils jugent vulgaire, de mon physique : mon teint pâle, mes taches de son, mes cheveux. Aucun d’entre eux ne consent à m’appeler Gilles.
Ils vont s’empresser de le virer de l’appartement, voire de tenter de lui coller le crime sur le dos à celui qu’ils ont toujours nommé « le Poisson rouge ! »
_________________
Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles mais uniquement par manque d’émerveillement (G. K. Chesterton)
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MessagePosté le: 19/12/2016 17:02:37    Sujet du message: Publicité

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