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Les textes

 
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tobermory
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Messages: 7 246

MessagePosté le: 19/06/2017 19:54:35    Sujet du message: Les textes Répondre en citant

Zorblattisation

Je dois vous faire une confidence car vous ignorez qui je suis en réalité. Vous me trouvez sans doute un peu sèche, arrogante même, mais vous chercherez en vain à guetter un quelconque regret d’avoir ces traits de caractère. On me les prêtait déjà sur Zorblatt 9, ma planète d'origine, et vous savez ce que c'est, avec l'âge ils s'accentuent. Sur Zorblatt 9, les distinctions de genre n’existent pas. Nous ne connaissons pas la reproduction sexuée, en tout cas pas celle que vous pratiquez ici. Plutôt comme des fleurs, mais sans abeilles ou insectes pollinisateurs non plus. Je m’égare, c’est l’émotion. Donc voilà, en fait je ne suis pas une femme, ni un homme d’ailleurs. Je viens d’un autre système solaire, un monde cupide, avide, manipulateur, toutes ces choses que vous avez vues en moi sans peine tant je ne pouvais m’en cacher.
Nos Maîtres m’ont confié la préparation de l’assaut. Vous serez tous exterminés demain. Que je vous en fasse part a été débattu vigoureusement. On m’a reproché ma coquetterie. Mais j’ai enfin gagné. L’affaire est assez simple. Nous convoitons la Terre. Nous ne redoutons pas vos armes, certainement pas votre intelligence, mais plutôt tous ces virus inconnus de nous, auxquels vous avez d’ailleurs une résistance remarquable, je dois le concéder en toute équanimité. Vous tuer tous, pas de problème, mais si c’est pour que les forces d’assaut tombent malades et meurent le lendemain, cela ne servirait à rien. Mon principal objectif était d’infiltrer la banque de données épidémiologique d’Atlanta, pour recueillir toutes les informations permettant une vaccination efficace et une invasion sereine. Cependant, n’y accède pas qui veut. L’accès est protégé par un code qui change chaque jour. Il existe toutefois un métacode qui désarme les permutations et laisse ainsi le temps de déverrouiller le système.
J’ai pris des risques inouïs pour y arriver. Une réforme de santé, le Sénat, un poste en cabinet... Autant d'épreuves atroces où j'ai laissé des plumes. J’ai même essayé la Présidence, n'hésitant jamais à foncer tête baissée et à piétiner les autres sans hésiter. Mais tout ce qui fait de moi un/une Zorblattien(ne) d’élite, vous me l’avez reproché. Et puis Trump est arrivé. Le bon gros Donald. Une précision, car vous l’ignorez, lui non plus n’est pas un Terrien. Il est de Gulfur 7, un petit astre avec lequel nous faisons la guerre de temps en temps. Ils tiennent le commerce galactique, voyez-vous, ce sont les charlatans du cosmos. La peau orange, la coiffure de roquet ? C’est le style Gulfurien. Méprisable.
Alors nous avons conclu un accord avec Donald. En échange de la base de données, Zorblatt s’engageait à faire la paix avec Gulfur. Les tractations ont pris du temps, mais elles ont abouti. Ces gens-là n’ont confiance en personne. Trump m’a lâché le code, de manière assez habilement inattendue : « covfefe » a-t-il gromelé tout en savourant mon air choqué. Car c’est en fait de l’argot galactique horriblement grossier. Bref, unique dépositaire de ce vulgaire secret, j'ai récupéré les données et les ai confiées à nos savants. Il a fallu un peu de temps, mais c’est fait. Et demain, nos forces spéciales, bien armées, bien vaccinées, arrivent pour commencer la conquête. Je n’ai pas le détail des plans, mais ça devrait être assez violent. Et moi, Hillary Clinton, je me réjouis de vous avoir raconté tout ceci. Après ce que j'ai subi à cause de vous, cela fait si longtemps que je rêvais de vous dire enfin: « zut ! »

Pilate

L’appel surprit ma mère alors qu’elle s’apprêtait à se rendre à son cours de Pilates. « C’est pour toi. Je file. » Rien n’aurait pu empêcher ma mère de se raffermir le corps en profondeur. La porte d’entrée claqua tandis qu’elle égrenait comme un mantra les cinq principes fondamentaux de sa gymnastique douce : Concentration, Ordre, Volonté, Fluidité, Énergie, les deux derniers lui paraissant tellement essentiels qu’elle les répétait à l’envi. Je portais le combiné à mon oreille. « Luke ? »
« Oui. »
« Dark Vador à l’appareil. Auriez-vous un moment à me consacrer ? »
« Non. »
Je n’avais aucun moment à consacrer à quiconque. La vie d’un hacker, toute en silence et réclusion, ressemble beaucoup à celle d’un moine, la bière et le fromage en moins. Toutefois, quelque chose dans la voix de mon interlocuteur m’interpella.
« Je n’ai pas bien saisi votre nom. »
« Peu importe. Le Président souhaiterait que vous lui rendiez un petit service. Une limousine est garée en face de chez vous. Je vous y attends. »
Entrebâillant la porte, je fus comme aspiré hors de la maison — le côté obscur de la force — et me retrouvai assis à côté d’un homme de haute taille, tout de noir vêtu.
« C’est un énorme malentendu, je vais tout vous expliquer. »
La nuit précédente, après trois mois d’effort, j’étais enfin parvenu à craquer le mot de passe du superordinateur de la NASA.
« Nous n’en doutons pas un seul instant. »
Le reste du parcours se fit en silence jusqu’au 1600, Pennsylvania avenue. Après plusieurs contrôles, je fus poussé par un gant ferme dans le bureau ovale. Le Président s’esclaffa en levant les deux pouces.
« Luke ! Fantastic ! C’mon, boy. »
Il me broya longuement la main. Dans mon dos, je sentais la présence magnétique de mon ravisseur. C’était comme être adossé à un transformateur triphasé.
« Winner or loser ? »
Croyant que l’auguste me proposait à boire, je lui répondis que l’un ou l’autre me convenait parfaitement. Intrigué, il contourna son bureau et s’approcha de moi.
« Covfefe, ça te dit quelque chose ? »
« Oh, ça… Vous m’avez fait peur. Concentration, ordre, etc. Vous aussi vous faites du Pilates ? »
« What the fuck… »
« Le principal, d’après ma mère, c’est de bien respirer. »
Conseil dont je pus apprécier la pertinence après que le Président m’eut porté un coup vicieux au foie.
« J’ai un job pour toi, fiston. Tu hackes ma cervelle et tu me dis ce que signifie ce foutu covfefe. Sinon… »
Il se passa un pouce sous la gorge. Vingt ans de vie commune avec ma mère m’avaient appris à improviser. Je relevai le défi et lui rappelai l’histoire de Ponce Pilate, le Préfet de Judée, un homme très porté sur l’hygiène. Je lui parlai des cinq piliers du Pilates et de l’acronyme dont usait ma mère pour les mémoriser. J’évoquai sa légitime décision d’empêcher notre terre d’être envahi par des hordes de Sarrazins et sa révocation par une obscure juge fédérale de Brooklyn ; son combat contre l’Obamacare, cette porte ouverte à tous les abus, retoqué lui aussi. Je lui révélai enfin que son inconscient, par un saut créatif inouï qui révélait une nature d’exception, avait associé les deux Pilates pour clore magistralement le bec à ses détracteurs dans ce qui resterait dans les annales comme le tweet le plus elliptique du siècle : « Despite the constant negative press covfefe », ce qu’il fallait évidemment traduire par le maintenant doublement fameux « Malgré les attaques incessantes de la presse, je m’en lave les mains. »

Trump qui peut

Le Cocktail Time m’avait engagé pour élucider l’énigme de Covfefe, l’ovni posé au bout d’une phrase banalement trumpienne. A mes yeux c’était du babil enfantin et il fallait chercher dans le passé de son auteur. J’allai donc fouiner dans le quartier Jamaica à New York, où il avait passé ses jeunes années. Là j’interrogeai les vieux birbes que je croisais et qui avaient pu fréquenter le Donald ado. Un ancêtre occupé à téter sa gnole sur le pas de sa porte m’assura que c’était son cas. Covfefe ne lui disait rien, en revanche il me parla d’un entrepôt dans lequel Donald avait une cachette à cette époque et où il lui arrivait encore de se rendre. Je m’y précipitai. La bâtisse était sinistre et l’intérieur vide et crasseux.

Au fond pourtant se tenait un balèze au teint clair – cadeau de Poutine ? – armé d’un Kalachnikov pointé sur moi. Pris d’une intuition, je criai « Covfefe !» Le malabar s’effaça et une trappe s’ouvrit dans le sol, révélant un escalier. Le mystérieux vocable était donc un mot de passe à reconnaissance vocale ? Au bout des marche, une pièce flanquée de placards, une chaise, une table, et sur la table un appareil étrange, genre panoplie du savant fou des années 50.

Un bruit me fit sursauter. Je n’étais plus seul dans l’abri. La silhouette massive et la figure grimaçante de Trump me faisaient face. Bien sûr, il m’avait fait suivre. Il me lança :
– Scribouillard, tu ne sortiras pas vivant d’ici, alors je peux te révéler qui je suis.
– Heu vous êtes Do…
– Regarde-moi bien, imagine-moi plus jeune, je ne te rappelle rien ?

Devant mon manque de réaction, il ouvrit un placard, en sortit une écharpe jaune comme ses cheveux et l’enroula autour de son cou d’un geste vigoureux qui la fit flotter et onduler un instant. Incrédule, je balbutiai :
– Le Petit p…
– Lui-même. Je te dis tout. J’avais 15 ans et je m’emmerdais là haut. Rien à faire, pas de nanas ni de terrain de golf. Je suis à nouveau descendu sur Terre ; à force de chercher j’ai trouvé un ado blond, mon double parfait, Donald Trump. Fan de SF, il a accepté de changer avec moi. Il a filé là haut et j’ai pris sa place dans sa famille. Avec le businessman j’avais été à bonne école, j’en suis devenu un de première bourre.
– Mais alors, l’écolo en herbe, le garçonnet qui ramonait soigneusement ses volcans pour éviter le réchauffement de l’astéroïde, qui préservait la biodiversité en éradiquant la monoculture des baobabs ?
– Hé, sur terre, je me suis comporté comme les hommes. D’ailleurs chaque fois que j’avais un doute, je consultais Donald. On communiquait grâce à cet appareil que m’avait bricolé l’aviateur. Ça s’active avec le mot de passe…
Covfefe ?
Il extirpa un révolver de sa poche :
– Tu es doué, raison de plus pour te liquider.

A cet instant un genre de mini soucoupe volante traversa le mur et se posa devant nous. En sortit le clone de Trump/Petitprince brandissant deux colts. Il interpella son sosie :
– J’ai nettoyé la constellation : Monarque, Géographe, Vaniteux, Businessman et les autres, terminé ! A présent, je reprends ma place et toi tu montes dans la navette, tu files là-haut et tu y restes.

L’ex Petit prince, bien forcé, s’exécuta.

Trump-le-vrai se tourna vers moi :
– Toi, tu en sais trop
– Mais non, j’ignore l’origine de Covfefe.
– Petit nom de Fay, la vache fétiche de mon arrière grand-père écossais, cow fay fay.

Au moins s’il me tuait, je saurais. Et je saurais aussi ça : braves gens, le vrai Trump est de retour. Et il est encore pire que l’autre.

To cov or not to fefe

Comme d’autres, j’ai étudié le fameux covfefe échappé par Trump. Vu son Q.I., je me suis douté qu’il s’agissait d’un code mnémotechnique fourni par ses conseillers, peut-être même celui du séquençage présidentiel de lancement de missiles.

Toujours est-il que j’aime les défis et la symbolique. En me penchant sur la question, j’ai découvert des choses étonnantes ! Covfefe pouvait se décoder ainsi :
— en numérologie : 3646565,
— selon la kabbale (avec extrapolation consonantique) : 20 6 80 80,
— en cycles chiffrés : 3 60 400 6 5 6 5,
— en Unicode : 0043 004 0056 0046 0045 0046 0045,
— au Scrabble : 3144141 (que ce soit pour l’édition française, anglaise ou même espagnole !).

Tout cela me laissa sans voix. J’ai fini par dénicher sur la Toile un forum sérieux dédié à ce problème de sécurité publique : Covfefe Or Not? (abrégé par les habitués en CON?). Et là, une révélation ! Les participants étaient des milliers, et pas des hurluberlus ! Non, des gens logiques, des chercheurs comme moi.

Lorsque j’y ai appris qu’en gématrie du IIIe millénaire, le mot se déchiffre 27 135 198 54 45 54 45, je n’ai plus eu de doutes ! Il me fallait persévérer avec l’aide de cette précieuse communauté.

Tout à cette activité, je ne sortais plus guère de chez moi. Mais ce qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille, c’est lorsque ma voisine est venue m’offrir des makrouds pour la fin du Ramadan (j’adore les makrouds). Je lui ai arraché l’assiette des mains et quasiment refermé la porte au nez. Mieux, je suis certain qu’elle lorgnait par-dessus mon épaule pour s’approprier le secret que j’essayais de percer. J’ai fixé les pâtisseries, elles avaient un air étrange et une couleur à l’avenant. Et si elle voulait m’empoisonner ? Car, si cofveve en HTML-code disait vrai (&#67 79 86 70 69 70 69), alors tout était possible !

J’ai pensé à faire construire un mur entre mon jardin et le sien, mais j’ai dû y surseoir. Le décryptage primait, et sur CON?, les messages prenaient un tour alarmant, on y parlait de symptômes effrayants. La menace était imminente et chacun y allait de son interprétation. L’espoir naquit lorsqu’un internaute crut avoir percé l’énigme par le biais de la graphénoglyptographie, mais il n’en fut rien. Fort de cette amère déconvenue, j’ai redoublé d’efforts. J’affichais partout les différentes hypothèses, les chiffres envahissaient mon couloir, les arcanes tapissaient ma chambre, les symboles la porte de mon frigo.

Finalement, le jour fatidique arriva. Je me suis levé un matin et, devant ma glace, je n’en ai pas cru mes yeux. Mes cheveux étaient devenus jaunes, gonflés et permanentés à la manière d’un Liberace politique ! Immédiatement, j’ai contacté mes CON?pagnons et découvert l’étendue des dégâts. Je n’étais pas le seul dans mon cas, d’autres étaient dans un état encore plus avancé. Certains avaient soudainement une peau rose et huileuse. Les plus atteints postaient des messages incompréhensibles ; l’un d’eux sentait son cerveau se diluer, l’autre perdait ses mots à une vitesse effrayante, ne disposant plus que d’un vocabulaire minimal qu’il tentait de retenir en portant une casquette.

Je voulais tout abandonner mais le virus était dans le fruit. Que de pommes pourries en perspective ! J’ai pensé qu’il y avait peut-être un remède, mais j’ai compris que la maladie était incurable lorsque mon fondement a émis un pet cataclysmique et que, au lieu d’en être horrifié, j’ai éclaté d’un rire gras.
_________________
Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles mais uniquement par manque d’émerveillement (G. K. Chesterton)
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MessagePosté le: 19/06/2017 19:54:35    Sujet du message: Publicité

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